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Bulletin Quotidien Europe N° 8844
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/chine

De substantielles avancées sur la réadmission et la levée de l'embargo sur les armes ont marqué le 7ème Sommet UE-Chine - chinois et Européens s'entendent pour un accord-cadre bilatéral futur

La Haye, 08/12/2004 (Agence Europe) - Le Président du Conseil de l'UE Jan Peter Balkenende, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, et leur hôte, le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, se sont félicités du caractère "cordial et fructueux" du 7ème Sommet UE-Chine qui s'est tenu mercredi à La Haye, et à l'occasion duquel Européens et Chinois ont pu signer pas moins de 8 accords de coopération, dont une déclaration commune sur la non-prolifération et le contrôle des armements et un accord de coopération douanière. Les deux parties ont pu échanger leurs vues et parvenir à de solides avancées en vue, d'une part, d'un accord que les Européens estiment nécessaire pour la réadmission par le gouvernement chinois des citoyens chinois qui ont émigré illégalement en Europe, et, d'autre part, de l'éventuelle levée à terme de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine. Quant à l'épineuse question du respect des droits de l'homme en Chine, pas explicitement posée par les Européens comme étant une condition essentielle à la levée de l'embargo, mais sous-entendue, l'UE a salué les avancées chinoises en matière de droits économiques et sociaux mais a de nouveau appelé à davantage de progrès en matière de droits civils.

Ce septième Sommet a "clairement contribué à renforcer le partenariat stratégique entre l'UE et la Chine", a indiqué M. Balkenende lors de la conférence de presse finale. « Les différents accords que nous avons signés aujourd'hui montrent combien nos relations sont étroites », a-t-il estimé. Européens et Chinois ont en effet profité de l'occasion pour signer 8 accords de coopération, les plus importants étant: - une déclaration commune sur la non-prolifération et le contrôle des armements qui devrait contribuer, dans le cadre de la Résolution 1540 du Conseil de sécurité au processus multilatéral de non-prolifération des armes de destruction massive; - un accord de coopération douanière essentiel pour la facilitation du commerce et la lutte contre le piratage et la contrefaçon. L'UE et la Chine ont aussi conclu quatre accords financiers sur un programme de coopération pour la réforme du système chinois de sécurité sociale, un programme de formation et d'échange de managers, un projet sur la société d'information et un programme d'échange universitaire Erasmus Mundus. Enfin, deux accords sectoriels ont été signés, le plus important étant l'accord Euratom sur l'utilisation pacifique de la recherche nucléaire, et l'autre un accord de coopération dans le domaine de la recherche scientifique et du développement de nouvelles technologies.

Européens et Chinois ont eu un échange de vues sur des questions économiques et commerciales, et notamment sur l'élimination des quotas d'importations de textiles au 1er janvier 2005. Dans ce contexte, craignant une explosion massive des exportations de textiles et d'habillement chinoises "dommageable" en particulier pour les pays en développement les plus vulnérables et les pays asiatiques voisins de la Chine, l'UE a appelé Pékin à la "modération". Toujours dans l'attente que l'UE garantisse son statut d'économie de marché, la Chine a pour sa part salué la mise en place par la Commission européenne d'un groupe de travail chargé d'analyser la formation des prix en Chine, et a de nouveau invité les Européens à prendre en compte les progrès qu'elle a accomplis en matière de respect des règles anti-dumping et de vérité des prix. Interrogé sur la réforme du régime de changes du yuan renminbi, le Premier ministre chinois a indiqué qu'il s'agissait de "un processus complexe et progressif qui repose sur quatre éléments essentiels: la stabilité macroéconomique en Chine, l'amélioration du système d'économie de marché, l'amélioration du système financier et la prise en compte de la responsabilité de la Chine envers ses pays voisins". "Lors de la crise financière asiatique de 1997, nous avons maintenu (…) notre monnaie pour ne pas aggraver la situation de nos voisins asiatiques" frappés de plein fouet par les dévaluations en chaîne. "C'est pourquoi nous prenons en compte cette responsabilité dans le cadre de la réforme du régime de changes de notre monnaie, que nous voulons plus flexible mais contrôlable".

L'essentiel des discussions politiques a porté sur l'accord pour la réadmission des clandestins, la levée de l'embargo sur les armes et la question des droits de l'homme en Chine. "Nous avons déployé des efforts pour parvenir à un accord pour la réadmission et nous avons avancé sur ce terrain", a déclaré M. Balkenende. Les Européens attendent toujours de la Chine qu'elle accepte l'ouverture de négociations formelles en vue d'un accord permettant à l'UE plus de souplesse pour lutter contre l'immigration illégale en provenance de Chine sans avoir à négocier au cas par cas avec les autorités de Pékin (voir EUROPE du 7 décembre, p. 4).

Concernant la levée de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine, en place depuis 1989, la Présidence néerlandaise a souligné qu'elle était "très sensible aux attentes chinoises" qui "méritent toutefois de plus amples considérations". "L'UE est disposée à travailler pour lever, à terme, l'embargo sur les ventes d'armes (…). Il est important que nous donnions ce signal positif à notre partenaire. Ceci exige toutefois le renforcement du code de conduite européen sur les exportations d'armes", a indiqué M. Balkenende à la presse. Interrogé sur l'éventualité d'une levée de l'embargo sous présidence luxembourgeoise, M. Balkenende a répliqué: "S'il y a une possibilité, ce n'est toutefois pas une garantie". M. Wen a commenté pour sa part: "j'apprécie que l'UE nous ait lancé un signal positif. Je tiens toutefois à vous exposer mes réflexions sur ce sujet. Premièrement, l'embargo est le fruit de la guerre froide. Il ne correspond plus à notre partenariat actuel. Deuxièmement, la levée de l'embargo n'implique pas forcément que la Chine achètera des armes à l'UE en grandes quantités. Elle signifierait au contraire l'abolition de la discrimination internationale envers la Chine (…). Un poème chinois dit: "si on monte très haut, on peut avoir un panorama plus large". Je suis sûr que l'UE montera très haut pour avoir une meilleure perception de cette question".

Se gardant de lier conditionnellement la levée de l'embargo au respect des droits de l'homme, la Présidence néerlandaise s'est félicitée d'avoir pu discuter avec « franchise » de cette question. « Reconnaissant les grandes avancées sur le plan des droits économiques et sociaux » en Chine, la présidence du Conseil de l'UE et la Commission, conscientes de la sensibilité de l'opinion publique européenne à ces questions et de la position ferme du Parlement européen (voir plus loin), ont souligné leur "attachement à davantage de progrès en matière de droits civils" chez leur partenaire chinois.

Européens et Chinois se sont par ailleurs accordés sur la nécessité d'ouvrir des négociations formelles pour conclure à terme un accord-cadre couvrant l'ensemble de leur coopération et toutes les avancées obtenues dans leurs relations bilatérales. "La Chine, acteur majeur sur la scène mondiale, est désormais notre deuxième partenaire commercial, et l'UE est son premier partenaire commercial. Nous devons donc développer un accord-cadre nous permettant de renforcer nos avancées en matière commerciale et d'investissement et de couvrir les échanges culturels et les droits de l'homme", a souligné le Président Barroso. M. Wen a par ailleurs annoncé la création d'une task-force pour assurer, du côté chinois, la coordination à haut niveau dans les relations bilatérales, et il a invité M. Barroso à faire une visite officielle en Chine en 2005.

Les questions de politique internationale (Birmanie, Afghanistan, Iran) étaient au menu des discussions lors du déjeuner. A quelques jours du scrutin législatif à Taïwan, les Européens n'ont pas hésité à présenter leur vision du conflit qui brouille les relations entre les deux Chine. Interrogé sur la position européenne à ce sujet, M. Barroso a simplement souligné: "nous avons toujours défendu l'idée d'une Chine unique".

Mise en garde de parlementaires européens et de ONG

Raül Romeva, rapporteur du PE sur le code européen sur les exportations d'armes (Verts/ALE, espagnol), rappelle dans un communiqué que le Parlement européen vient de réaffirmer que l'embargo à l'égard de la Chine ne saurait être levé (EUROPE du 12 novembre, p.7). La verte allemande Angelika Beer renchérit: "pas question de lever l'embargo (...). La sécurité et la stabilité dans la région diminuent chaque jour (…), il y a une escalade des tensions entre la Chine et Taiwan, et aussi la menace permanente d'une guerre entre l'Inde et le Pakistan dans laquelle la Chine pourrait être (…) impliquée. Ces trois pays développent tous des arsenaux d'armes nucléaires (...). Je regrette (…) les remarques du Chancelier Schröder (…) qui a dit que l'embargo devrait être levé (…). Je comprends que France et Allemagne veulent promouvoir le consortium Airbus, mais l'UE ne devrait absolument rien à voir avec cela".

Quant à Reporters Sans Frontières, ils disent dans un communiqué aux "Messieurs de la délégation chinoise" présents au Sommet: "tant que vous êtes à La Haye, faites un tour à la Cour pénale internationale (...). Le gouvernement de Wen Jiabao (...) est responsable de crimes contre la liberté d'expression. C'est donc devant la CPI que les dirigeants devraient se présenter - une justice internationale dont la Chine populaire a tenté d'empêcher la naissance par tous les moyens".

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