Bruxelles, 21/09/2004 (Agence Europe) - Une fois de plus et sans surprise, les Etats membres de l'UE se sont montrés peu enclins, lundi, à se prononcer sur une proposition de la Commission visant à autoriser dans l'UE la mise sur le marché d'un nouvel OGM: le maïs MON 863, génétiquement modifié par le groupe américain Monsanto. Cet OGM a été notifié par les autorités allemandes (réceptrices de la demande initiale) auprès de la Commission européenne en février 2003 en vue d'être importé dans l'UE aux fins de la transformation, de l'alimentation humaine et animale, mais non de la culture.
Au sein du comité réglementaire de la directive 2001/18/CE (relative à la dissémination volontaire des OGM dans l'environnement), l'examen des experts a porté exclusivement sur l'importation aux fins de l'alimentation animale. Un vote indicatif a suffi pour constater que la majorité qualifiée requise ne serait réunie ni pour ni contre la proposition. Certains Etats membres (notamment la France, la Belgique et la Suède) ont demandé à connaître, avant de se prononcer, les résultats d'une étude complémentaire de toxicité que réalise l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur deux autres lignées de maïs (le maïs hybride MON 863x et 810).
Le 19 avril dernier, l'EFSA avait jugé que le maïs MON 863, génétiquement modifié pour lui conférer une protection contre certains insectes, est aussi sûr que le maïs conventionnel et ne présente aucun effet indésirable pour la santé humaine, animale, et pour l'environnement. Les scientifiques de l'EFSA étaient en revanche divisés quant à la sécurité du maïs hybride MON 863x et MON 810, également notifié par Monsanto. L'EFSA n'avait donc tiré aucune conclusion de son évaluation, attendant pour émettre un avis les résultats d'une étude supplémentaire de 90 jours chez l'animal afin de fournir des garanties complémentaires de sécurité. Ce sont ces résultats qu'attendent les Etats membres les plus récalcitrants à l'égard d'un OGM très controversé - y compris par des scientifiques - pour ses effets sur la santé animale au vu des réactions observées chez les rats utilisés comme cobayes (anomalies au niveau du sang des reins). La commission française du génie moléculaire, notamment, s'est alarmée de ces effets.
Un collectif d'ONG (dont Greenpeace, Friends of the Earth, et Oxfam) qui, à la veille du vote, avaient dénoncé dans une lettre ouverte à la Commission le manque de transparence entourant les procédures d'autorisation, voit dans les divisions des Etats membres la confirmation de ses critiques.
«Les désaccords à propos de ce maïs mettent en évidence le manque, en Europe, de procédures d'évaluation des OGM dignes de ce nom. Les entreprises fournissent les données de qualités médiocres et les Etats membres ne conduisent pas des évaluations des risques approfondies. Il est scandaleux que les autorités allemandes, qui ont réalisé la première évaluation - la plus importante -, aient émis un avis. Les nouvelles études présentées par le gouvernement allemand montre clairement que les données soumises par Monsanto étaient d'une qualité médiocre. Elles confirment également les doutes qui entourent la sécurité de ce maïs. Ni l'EFSA, ni les autorités nationales n'auraient jamais dû recommander ce produit pour la commercialisation », affirme Eric Gall, conseiller politique de Greenpeace.
Janet Cotter, de l'Unité scientifique de Greenpeace, ajoute: « Nourrir les rats avec ce maïs génétiquement modifié a des effets sur leur sang et leurs reins qui devraient être pris au sérieux. Les animaux nourris avec du maïs conventionnel n'ont pas eu de telles réactions. Nos analyses scientifiques montrent que Monsanto utilise des tours de passe passe statistiques pour occulter les faits ».