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Bulletin Quotidien Europe N° 8711
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/amerique latine

Les négociations de libre-échange UE/Mercosur, la cohésion sociale et le multilatéralisme seront au centre du IIIème Sommet UE/Amérique latine/Caraïbes, les 28 et 29 mai à Guadalajara

Bruxelles, 24/05/2004 (Agence Europe) - Le troisième Sommet entre l'Union européenne, l'Amérique latine et les Caraïbes se tiendra les 28 et 29 mai à Guadalaraja, au Mexique, sous la présidence du président mexicain, Vincente Fox, et du président du Conseil européen, Bertie Ahern. Ce premier sommet extérieur avec les nouveaux Etats membres réunira en principe 58 chefs d'Etat et de gouvernement: 33 latino-américains et 25 européens.

La cohésion sociale et le multilatéralisme sont les deux grands thèmes choisis pour cette rencontre. Les relations commerciales entre les deux continents devraient toutefois dominer les débats, au moment où les négociations pour un accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur entrent dans leur phase finale et où l'UE vient de présenter ses nouvelles orientations en matière agricole pour les négociations à l'OMC. Les pays d'Amérique centrale et andine tenteront en outre d'arracher aux Européens une date pour l'ouverture de négociation d'un accord commercial. Le Sommet sera également l'occasion de faire le point sur les accords de libre-échange en vigueur avec le Mexique (2000) et le Chili (2003).

Selon la Commission européenne, la plupart des chefs d'Etat européens devraient être présents. Le président de la Commission, Romano Prodi, sera accompagné des Commissaires au commerce, Pascal Lamy, aux relations extérieures, Chris Patten, et à l'agriculture, Franz Fischler. Du côté latino-américain, reste à confirmer la présence notamment du président cubain, Fidel Castro, après le différend diplomatique qui a conduit le Mexique à rappeler ses représentants à La Havane.

Le Sommet se réunira en session plénière le 28 mai et sous forme régionale le 29 mai entre l'UE et le Mercosur, la Communauté andine, le système d'intégration centre-américain, le Chili et le Mexique. Il sera précédé les 24 et 25 mai par des réunions préparatoires des hauts fonctionnaires chargés de mettre la dernière main au projet de déclaration commune. Les ministres des Affaires étrangères achèveront les préparatifs le 27 mai. Une réunion de négociation entre l'Union européenne et le Mercosur pourrait se tenir en marge du Sommet.

Des réunions bilatérales sont en outre annoncées en marge du Sommet. Le président bolivien Carlos Mesa devrait, par exemple, rencontrer son homologue chilien Ricardo Lagos, pour aborder la question de l'accès à la mer de la Bolivie, qui oppose les deux pays depuis 1879, a-t-on annoncé à La Paz. Les présidents mexicain et des pays du Mercosur devraient évoquer les perspectives d'entrée du Mexique dans le Mercosur, avant le Sommet Mercosur du 13 juillet, ont indiqué des sources diplomatiques à Buenos Aires.

Le Sommet de Guadalajara devra "donner une définition claire de ce qu'est une alliance stratégique entre l'Union européenne et l'Amérique latine", espère l'ambassadeur du Mexique auprès de l'UE, Porfirio Muñoz Ledo. "Au moment où l'Union européenne est prise par d'autres préoccupations, son intégration, la Constitution, nous verrons si elle est prête à considérer l'Amérique latine comme un partenaire", précise-t-il, en assurant qu'"il n'y a pas de doute que s'il doit y avoir un nouvel équilibre mondial, l'Amérique latine doit en faire partie". L'une des ambitions des pays latino-américains sera de définir lors du Sommet un calendrier pour une "association stratégique bi-régionale" d'ici 2010, comme l'a demandé le Parlement européen.

Le Commissaire Chris Patten réfute pour sa part les arguments mettant en avant le désintérêt de l'Union européenne pour le continent latino-américain. Devant un groupe de journalistes, la semaine dernière à Bruxelles, il a rappelé que durant le mandat de la Commission actuelle, des accords de libre-échange ont été conclus avec le Mexique et le Chili, de nouveaux accords de coopération ont été signés avec l'Amérique centrale et andine et "des progrès considérables ont été faits avec le Mercosur". Depuis le précédent sommet, à Madrid en 2002, des programmes de bourses universitaires et des projets concernant les technologies de l'information ont été mis en place, insiste-t-il. "Avec l'enveloppe limitée dont nous disposons, l'aide à l'Amérique latine a cru de 20%", fait-il valoir en soulignant que la Commission a réduit de 8 à 4 ans le délai de paiement de ses engagements en matière d'aide.

A quelques jours de la rencontre, les principales divergences sur le contenu de la future déclaration, d'une quinzaine de pages, portaient sur les signes que l'UE est prête à donner à l'Amérique centrale et andine, et les engagements que les pays latino-américains sont prêts à prendre en matière de cohésion sociale. Sur fond de crise irakienne, les deux parties étaient en revanche globalement sur la même longueur d'onde à propos du rôle des Nations unies pour maintenir la paix internationale et la sécurité. Voici les principales lignes des débats prévus:

Cohésion sociale: selon le Commissaire Patten, le sommet devra "affirmer la volonté de progresser sur le thème de l'exclusion sociale". Actuellement, "45% de la population latino-américaine se trouve en dessous du seuil de pauvreté et, surtout, les disparités entre les plus riches et les plus pauvres sont plus grandes qu'ailleurs". Dans une communication préparant le Sommet, la Commission soulignait que, à la fin des années 90, en Amérique latine, 60% des revenus allaient au 20% de la population la plus riche (voir EUROPE du 15 avril, p. 13). Ces inégalités ont des conséquences sociales mais aussi politiques, souligne le Commissaire Chris Patten. "Selon un sondage du PNUD, une part croissante de la population serait en faveur de régimes autoritaires s'ils permettaient d'améliorer les conditions de vie", fait-il valoir. Sur le plan économique, les inégalités "réduisent les perspectives de croissance, la taille des marchés", ajoute-t-il. La Commission propose la mise en place d'un programme d'action fondé sur le renforcement des institutions, l'échange d'informations entre les administrations publiques et un programme social de 40 millions d'euros, a indiqué M. Patten. Selon lui, il ne s'agit pas, pour l'Union européenne, "de donner des leçons, mais de travailler ensemble sur un problème essentiel".

"Nous voulons mettre au centre du débat une question essentielle pour l'Amérique latine", souligne l'ambassadeur Porfirio Muñoz Ledo. "L'UE a adopté des politiques pour réduire les disparités en Europe à travers les fonds de cohésion et structurels. La solution pour l'Amérique latine reste encore à définir", note-t-il.

Les pays européens ont soumis un projet de déclaration qui porte l'accent sur la responsabilité des gouvernements et de la société civile pour conduire le processus de réforme destiné à améliorer la cohésion sociale, sur la base de "plans nationaux" stratégiques. Dans sa communication, la Commission plaidait pour que les pays latino-américains s'engagent notamment à réformer leur système fiscal. "Il n'est pas normal que les finances publiques reposent sur les classes moyennes pendant que les capitaux continuent à s'échapper", notait le Commissaire Patten la semaine dernière.

Les pays latino-américains ont insisté de leur côté sur la "responsabilité partagée" et le "rôle fondamental" du soutien de la communauté internationale. Ils souhaitaient notamment que la Déclaration de Guadalajara soutienne explicitement des initiatives financières, telles que la création d'un fonds humanitaire international et l'initiative du président français Jacques Chirac et du président brésilien "Lula" da Silva, en vue de la création d'un groupe de travail sur le financement du développement. Une formule de compromis devrait rappeler conjointement le rôle des gouvernements nationaux, d'une politique fiscale équilibrée, et les engagements pris par la communauté internationale.

Amérique centrale et andine: la Communauté andine (Colombie, Bolivie, Equateur, Pérou et Venezuela) et les pays centraméricains (Costa Rica, Salvador, Honduras, Guatemala, Panama) souhaitent obtenir un engagement de l'Union européenne d'ouvrir des négociations commerciales en janvier 2005. La Commission et en particulier les services de Pascal Lamy comptent s'en tenir à la formule du Sommet de Madrid en 2005: d'abord l'intégration et la fin du cycle de Doha, ensuite l'ouverture des négociations. Elle pourrait tout au plus s'engager à entamer une analyse des échanges qui servira de base pour une future négociation. Cette formule avait servi d'antichambre avant l'ouverture de négociations avec le Mercosur. L'UE sera disposée à dire qu'elle est prête à entamer les négociations, "mais cela dépendra beaucoup des progrès de l'intégration" et de la fin des négociations de Doha, a commenté le Commissaire Patten, la semaine dernière. En l'état du processus d'intégration andin, "nous ne pouvons pas dire à nos exportateurs que s'ils vendent en Colombie ils ont directement accès au marché vénézuélien", a-t-il souligné. Au sein du Conseil, la France et l'Allemagne appuient la position de la Commission. En revanche, l'Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni, la Suède, la Grèce plaident pour une plus grande ouverture.

Associées dans leur plaidoyer, les deux régions ont toutefois suivi un processus d'intégration inégal. Après les années de guerre civile, le "système d'intégration centre-américain" (SICA) a connu un nouvel élan. Créé en 1993, il a abouti récemment à une union douanière entre le Salvador et le Guatemala. Le Honduras et le Nicaragua devraient s'y joindre dans le courant de l'année. D'ores et déjà, 92% des lignes tarifaires ont été harmonisées et les chefs d'Etat de la région se sont engagés en décembre 2003 à lever les barrières non tarifaires, établir une administration douanière commune et mettre en place une politique de normalisation. Un plan de réforme des institutions communes a été lancé.

Fondée en 1969 sous la forme du "Pacte andin", la Communauté andine devait en principe aboutir à la création d'un marché commun en 2005. Confronté aux crises intérieures en Colombie, au Venezuela ou en Bolivie, à l'absence de volonté politique et au manque de complémentarité économique, le processus s'est toutefois bloqué. Le commerce régional ne représente actuellement que 10 à 12% des échanges intérieurs, rappelait la Commission dans sa communication.

Mercosur: l'UE et le Mercosur devraient confirmer à l'occasion du Sommet leur intention de conclure en octobre prochain les négociations d'association et de libre-échange (voir autre nouvelle). A quelques jours des nouvelles négociations, le ministre brésilien du commerce extérieur, Luiz Fernando Furian, affichait son optimisme, en déclarant à l'agence Reuter que "il existe une fenêtre d'opportunité pour conclure un accord en 60 jours". "Il y a une conviction des deux côtés que nous nous approchons de la possibilité de conclure un accord qui sera bénéfique autant pour le Mercosur que pour l'Union européenne", a-t-il précisé. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, avait estimé lors du Conseil Affaires générales la semaine dernière que "il faut être prudents, mais il existe une grande volonté pour créer un espace d'échanges économiques et commerciaux qui ait une dimension politique".

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