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Bulletin Quotidien Europe N° 8694
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/libye

Tripoli accepte l'acquis du processus de Barcelone mais n'a pas encore formalisé sa demande d'établissement de relations avec l'UE

Bruxelles, 27/04/2004 (Agence Europe) - Le colonel Kadhafi, en visite en Belgique, a rencontré le 27 avril à Bruxelles le président de la Commission européenne Romano Prodi, avant un entretien élargi à d'autres membres de la Commission, à savoir MM. Lamy, Vitorino et Almunia, auxquels se sont joints ensuite, pour le déjeuner, MM. Patten, Kinnock et Byrne. Lors de leur déclaration face à la presse, MM. Prodi et Kadhafi ont tous deux affirmé leur engagement commun à établir de bonnes relations et à tourner la page de plus d'une décennie de relations difficiles, à oeuvrer pour la construction de l'espace euro-méditerranéen, que ce soit dans le cadre du processus de Barcelone ou du "5 + 5" (Méditerranée occidentale) et du soutien du développement de l'Afrique. Le colonel Kadhafi a affirmé au sujet des armes de destruction massive (ADM) que son pays y renonçait, en appelant les Etats-Unis et la Chine à faire de même. Le président Prodi a redit le souhait que soient réglés les deux derniers obstacles à la normalisation (l'affaire de la discothèque berlinoise "La Belle" et la détention en Libye de personnel soignant bulgare accusé d'avoir favorisé la contamination par le virus du sida de malades à l'hôpital de Benghazi). Le colonel Kadhafi a tenu à le rassurer en s'engageant à ce que le procès soit conduit dans un strict respect de la loi libyenne.

S'agissant de la nouvelle la plus attendue, l'engagement et, surtout, la demande formelle de la Libye à coopérer bilatéralement avec l'UE et à accepter les acquis - essentiellement politiques (droits de l'homme, démocratie, etc.) - du processus de Barcelone, "nous avons compris qu'il (Kadhafi) acceptait cet acquis", a affirmé le porte-parole de Romano Prodi, mais il a précisé que "formellement", les deux parties travaillent à la rédaction d'une lettre par laquelle Tripoli scellera son respect des principes de base énoncés dans la déclaration de Barcelone. Cette lettre devrait être finalisée mardi soir ou mercredi, a ajouté Reijo Kemppinen, sans exclure que MM. Prodi et Kadhafi puissent se revoir à ce sujet durant le séjour bruxellois du leader libyen.

Face à la presse, Romano Prodi a qualifié ce mardi de "grand jour" et s'est félicité de l'engagement libyen à oeuvrer en faveur de la promotion de la paix, de la stabilité et de la prospérité à la fois en Méditerranée et sur le continent africain. Il a souligné l'importance accordée par l'UE et Tripoli au développement et à l'intégration de l'Afrique, précisant que "nous avons décidé de pousser plus avant nos consultations sur une coopération conjointe au profit de l'Afrique subsaharienne". Le président de la Commission a par ailleurs indiqué que la Libye devait trouver sa place dans le cadre de la nouvelle politique de voisinage de l'UE et du "cadre privilégié pour le dialogue et la coopération" que constitue le processus de Barcelone. "Nous nous engageons à faire de la Libye un membre à part entière du processus de Barcelone dès que possible", a-t-il ajouté.

Rappelant que son pays a été le chef de file des mouvements de libération nationale en Afrique et qu'il s'était confronté aux Etats-Unis, le colonel Kadhafi a estimé à son tour qu'il était temps de "tourner la page". La Libye, a-t-il affirmé, est décidée à jouer un rôle d'avant-garde dans la recherche de la paix et à contribuer pour cela à revitaliser le processus de Barcelone et le dialogue "5 + 5".

Sur l'immigration illégale, le chef de l'Etat libyen a indiqué qu'il valait mieux comprendre le phénomène avant qu'il ne devienne explosif. La libre circulation des peuples est une chose à laquelle il fallait s'attendre, car le monde est devenu un village, a-t-il expliqué, soulignant qu' "il est de l'intérêt d'une Europe vieillissante de recevoir ces migrants, mais cela doit être contrôlé". Le colonel Kadhafi a regretté que les pays de l'Afrique du Nord (en particulier la Libye et l'Algérie, qui ont des frontières communes avec l'Afrique noire) soient devenus des pays de transit. Sur ce point, il a évoqué la fragilité des frontières sud de l'Europe. Si l'Europe souhaite combattre ces flux migratoires, elle doit coopérer avec nous et offrir son assistance pour mieux contrôler nos frontières, a-t-il dit, précisant que les Maghrébins ne doivent pas devenir les garde-frontières de l'Europe.

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