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Bulletin Quotidien Europe N° 8561
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Les « racines chrétiennes » dans la Constitution? Oui à une condition - Recette pour vaincre la rivalité artificielle entre grands, moyens et petits pays - Contre la démagogie en agriculture

Respecter l'histoire. Pourquoi n'ai-je jamais pris position, dans cette rubrique, sur la querelle relative à l'inclusion ou à l'exclusion d'une référence aux racines chrétiennes dans le préambule de la Constitution pour l'Europe? Parce que j'estime que le débat en cours est biaisé et désagréable, fait davantage pour diviser que pour unir les Européens. Ceux qui prennent position n'opèrent pas suffisamment, à mon avis, la distinction entre l'aspect historique et l'aspect idéologique. Or, j'estime que cette distinction est décisive. Je suis "contre" la référence en question si elle assume une valeur idéologique, car l'Europe en tant que telle n'a pas à choisir entre les différentes religions ou orientations philosophiques: c'est une affaire privée de chaque citoyen, et la Constitution ne doit comporter aucune indication de préférence. Je suis "pour" la référence s'il apparaît clairement, sans équivoque possible, qu'elle se réfère à l'histoire de l'Europe, et si elle cite en même temps, sous une forme ou l'autre, les racines, grecques, romaines et des lumières.

Il est indéniable, et évident pour quiconque, que le christianisme a en grande partie façonné l'Europe: ses villes (avec les églises romanes, gothiques et ensuite baroques et néoclassiques, et les centres historiques), ses paysages (avec les monastères et abbayes), ses routes (en fonction des itinéraires religieux), et encore plus le mode de vie des habitants: la vie sociale annuelle était organisée autour des quatre "tempora" de l'Eglise, la vie quotidienne était rythmée par les cloches annonçant les différentes cérémonies religieuses. Est-il besoin de parler de la création artistique? De citer Monteverdi ou Bach? Ou les siècles de peinture et sculpture essentiellement inspirées par l'Histoire sainte? Ne me faites pas dire des banalités. D'ailleurs, même les sujets profanes ou érotiques prenaient l'occasion de passages de la Bible ou des Evangiles pour être dédouanés, voir les épisodes de Suzanne et les vieillards, ou de Salomé.

Si ceci est la raison de la référence aux racines chrétiennes, je ne crois pas qu'il faille y ajouter l'adjectif "juive", car en fait la civilisation est européenne et notre manière de sentir et de penser a été, à mon avis, surtout façonnée justement par ce qui n'existait pas dans la tradition juive: l'histoire du Christ et de sa passion et résurrection, et le personnage de sa mère Marie. Si on me demandait en définitive si je suis pour ou contre, je répondrais que, dans le sens que je viens de décrire, je serais pour la référence aux racines chrétiennes, comme je le suis pour les racines grecques et latines; mais ceci demanderait une autre analyse.

M. Juncker et M. Dehaene. Si je devais indiquer un moyen pragmatique pour noyer la rivalité artificielle entre les pays grands, moyens et petits de l'Union, j'inviterais simplement les princes qui nous gouvernent à annoncer dès aujourd'hui que le premier président de longue durée du Conseil européen sera Jean-Claude Juncker, et le prochain président de la Commission Jean-Luc Dehaene. Ce serait la preuve que ces fonctions ne sont pas créées pour les ressortissants de grands pays mais pour des personnalités dont l'expérience européenne est riche et les convictions européennes indiscutables. Et elle ouvrirait la porte à des évolutions analogues en faveur de ressortissants des pays adhérents, dès qu'ils auront eux aussi fait leurs preuves (notamment au sein des institutions communautaires).

Voilà, je me réveille. C'était un joli rêve, n'est-ce pas?

Un slogan idiot. En célébrant son 50ème anniversaire, le groupe socialiste du Parlement européen a fait une large place aux jeunes de son équipe (voir notre bulletin du 9 octobre page 5). En particulier, la plus jeune de tous, Catherine Stihler, était parmi les orateurs, à côté de Jacques Delors, du prix Nobel John Hume et d'autres personnalités de la même envergure. L'intervention de Mlle Stihler a été sincère, généreuse et courageuse, avec, à mon avis, un dérapage: elle a repris le slogan idiot sur l'UE qui dépense deux euros par jour pour chacune de ses vaches, alors que des millions et millions de personnes dans le monde ne disposent même pas d'un euro quotidien. Or, il est évident que les deux euros que la démagogie ambiante utilise de manière polémique contre l'agriculture européenne, ne vont pas aux vaches mais aux agriculteurs qui s'en occupent, afin qu'ils aient la possibilité de vivre comme les autres citoyens, d'envoyer leurs enfants à l'école, de bénéficier des assurances sociales et même, si possible, d'avoir des vacances payées. Ou bien Catherine Stihler estime-t-elle que les agriculteurs n'y ont pas droit? Il existe une alternative aux subventions aux paysans: renoncer à l'agriculture en Europe, détruire nos traditions et nos paysages et nourrir nos populations avec l'alimentation importée. Je ne pense pas que ce soit le choix des parlementaires socialistes.

(F.R.)

 

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