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Bulletin Quotidien Europe N° 8392
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Les divergences entre les Quinze à propos de l'Irak n'ont aucun lien avec les travaux de la Convention sur la PESC et ne doivent pas les influencer

Un lien artificiel. Il est indispensable de rompre le lien artificiel, établi par de nombreuses personnalités politiques et par plusieurs commentateurs, entre les travaux de la Convention relatifs au développement de la politique étrangère commune (PESC) et de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), d'une part, et les positions des Etats membres à propos de l'Irak, d'autre part. Les attitudes différentes des Quinze à l'égard des intentions américaines sont trop souvent interprétées comme la preuve de la faillite de la PESC et, pire encore, comme un symptôme de la vanité des efforts de la Convention en faveur d'une politique étrangère de l'Union. De telles interprétations négligent quelques vérités essentielles:

a) la PESC n'existe pas encore. Il existe quelques positions communes des Quinze, parfois rhétoriques et inutiles, parfois efficaces et appropriées, sur telle ou telle question spécifique et, en plus, les efforts diplomatiques de coordination déployés par Javier Solana et Chris Patten (avec les pouvoirs limités dont ils disposent), ce qui est loin de constituer une politique étrangère européenne;

b) la Convention ne s'occupe pas du contenu de la PESC. C'est l'évidence même qu'une Constitution ne peut pas et ne doit pas définir des positions quelconques sur l'Irak, sur le Zimbabwe ou sur n'importe quel autre sujet. Elle définit des principes, des compétences et des procédures;

c) l'attitude consistant à dénoncer l'absence d'une politique étrangère européenne, et à en tirer argument pour rejeter les projets de la Convention ou pour les dénigrer, manque totalement de cohérence. La création d'un "ministre européen des Affaires étrangères" et les autres mesures envisagées visent à doter l'UE des instruments qui rendront justement possible, un jour, cette politique que l'on invoque.

Certaines récriminations à propos de la situation actuelle sont vaines et même dangereuses.

Ceux qui le savent et qui le disent. Valéry Giscard d'Estaing a déclaré: "Le problème central est de savoir si l'on peut mettre en place un mécanisme capable de produire une politique étrangère commune. Pour l'instant, cette politique n'existe pas (...). Que peut-on faire ? La meilleure façon de procéder est d'introduire dans le système un élément fédérateur. Cet élément pourrait être le ministre des Affaires étrangères de l'Union. Ce sera un grand événement pour l'opinion publique. Le travail de ce ministre dans les années à venir devra être un travail d'impulsion et de recherche pour la mise en place d'une politique commune" (interview au Figaro du 23 janvier). Quelques jours plus tard, il commentait: "Notre politique étrangère n'existe pas encore. Par conséquent, le comportement des gouvernements diffère (…). Ceci est dû à des raisons historiques et culturelles, et aussi à la différence des intérêts. Ce n'est pas une situation idéale. Mais je suis convaincu que nous réussirons progressivement à trouver un point de rencontre" (interview à Die Zeit et La Repubblica du 30 janvier).

Jacques Delors a développé de son côté des considérations fondamentales sur les raisons historiques, culturelles et autres qui font que les positions des pays européens ne coïncident pas, en soulignant que les rapprochements en direction d'une véritable politique étrangère commune seront lents et progressifs, et que, au départ, seulement une partie des Etats membres actuels et futurs y participeront. En 2020, l'UE pourrait être composée de 35 pays. Si elle consolide la paix, la stabilité et le progrès économique dans un tel espace, tout en respectant les identités nationales, ce sera un succès historique. Mais la PESC et la PESD (ainsi que d'ailleurs l'UEM) ne pourront pas se construire à 35 dans un délai prévisible, et la "différenciation" entre Etats (qui ne signifie pas coopérations renforcées, et encore moins avant-garde) jouera son rôle.

Éloge de ce qui existe et se prépare. Les considérations qui précèdent ne signifient pas que le stade actuel de la PESC soit inutile et inefficace: l'existence de M. PESC (Javier Solana) a apporté un "plus" considérable et la création d'un ministre européen disposant du droit d'initiative représenterait en lui-même un nouveau progrès très significatif. Il serait fastidieux de faire une liste des cas où les Quinze sont parvenus à des positions communes et où l'action de M. Solana a été efficace. Mais il faut souligner que même dans le cas de l'Irak, où les divergences intra-européennes ont éclaté au grand jour, c'est la diplomatie européenne qui a rendu possible "le retour du dossier dans le giron des Nations unies et l'adoption de la résolution n.1441" (voir la déclaration de M. Solana dans notre bulletin du 31 janvier, p.5). Tous ceux qui souhaitent une véritable politique étrangère européenne appuyée sur des capacités militaires qui la rendent crédible, afin que la voix de l'Europe soit à nouveau respectée et entendue dans le monde, doivent appuyer les orientations qui sont majoritaires au sein de la Convention, tout en étant conscients que la véritable politique commune sera une oeuvre de longue haleine. Je ne suis pas sûr que ceux qui en déplorent aujourd'hui l'absence seraient disposées à accepter de bon gré une position unique sur l'Irak si elle ne correspond pas à leurs convictions. (F.R.)

 

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