Cardiff, 29/11/2002 (Agence Europe) - "Le leadership en Europe est trop faible. Les chaises musicales de la présidence du Conseil entraînent de l'inefficacité et de l'incohérence. La mise en oeuvre du droit communautaire est trop hasardeuse", a affirmé le 28 novembre à Cardiff Tony Blair dans un discours sur l'avenir de l'Europe. Quelle doit être la position britannique sur cet avenir? s'est il demandé, en répondant: d'abord, nous devons mettre fin à la bêtise, "jusque là et pas plus loin". Il y a des domaines où l'Europe devrait s'intégrer davantage, et elle le fera". Le Premier ministre britannique a cité là la lutte contre la criminalité et l'immigration illégale, la réforme économique et la sécurité et la défense (sur l'euro, il a répété que "nous allons, bien sûr, adhérer si les conditions économiques sont justes", et que "une monnaie unique avec un marché unique pour l'Europe est économiquement raisonnable"); -"nous devons comprendre que notre opposition à l'Europe comme une sorte de super-Etat fédéral n'est pas une obsession britannique" mais est partagée par "la plupart des membres de l'UE"; - la réponse ne doit pas être de "rechercher l'intergouvernementalisme comme arme contre les institutions européennes (...), mais de reconnaître que l'Europe est et doit rester une alliance de gouvernements européens et nationaux". Mais il faut des "institutions européennes supranationales", admet M. Blair, qui note que "sans vote à la majorité qualifiée et sans une Commission forte", le programme de réforme économique auquel Londres tient tellement "ne se matérialisera jamais (...), étranglé par les intérêts particuliers opposés au changement. Une Commmission faible est donc contraire à nos propres intérêts".
Que faut-il attendre de la Convention européenne ? Pour M. Blair, il faut d'abord une Constitution formulée en un "langage simple", précisant qu'il s'agit bien d'une "union de nations et pas d'un super-Etat". Ensuite, il faut un "renforcement radical du principe de subsidiarité". Quant à la Charte des droits fondamentaux, "nous saluons évidemment une déclaration des droits fondamentaux commune à tous les citoyens européens", mais "nous ne pouvons pas appuyer une forme d'incorporation dans le traité qui élargirait la compétence de l'UE par rapport aux législations nationales (...), surtout dans des domaines comme la législation industrielle, où nous avons des souvenirs de longues et difficiles batailles menées pour mettre de l'ordre dans la loi britannique".
Au sujet de la réforme du Conseil, M. Blair répète que, selon lui, "il devrait y avoir une présidence fixe du Conseil européen", tout comme la Commission et le Parlement ont des présidences "stables". Cependant, puisque certains pays craignent que ceci entraînerait une domination des grands pays, il suggère une sorte de "présidence en équipe", dans laquelle "les présidences des principaux Conseils seraient partagées entre Etats membres pour des périodes d'une longueur suffisante, avec la présidence plus permanente du Conseil européen qui coordonnerait cette équipe". Selon lui, "il y aurait à tout moment une majorité de petits Etats membres dans l'équipe, parce que dans l'Europe à 25 il y aura 19 petits pays et 6 grands".
Quant à la Commission européenne, M. Blair est pour un renforcement de son autorité afin d'assurer que "les règles de l'Europe sont respectées et qu'on peut intervenir rapidement en cas de violation du droit" européen. Cependant, il confirme son opposition à l'élection du Président de la Commission par le Parlement européen, car la Commission ne doit pas devenir "prisonnière de la majorité du Parlement". Je ne suis pas "pour une Commission apolitique, mais pour une Commission impartiale", dit-il, en estimant que, à cet égard, il ne faudrait pas "s'éloigner de manière spectaculaire du modèle européen tel que nous le connaissons".
Au sujet de la politique de défense, M. Blair insiste une fois de plus sur sa complémentarité par rapport à l'OTAN, alors que pour la politique étrangère, il se prononce pour son renforcement "pas à pas", en soulignant que la responsabilité principale devra "rester auprès du Conseil". Selon lui, il faudra renforcer les pouvoirs du Haut Représentant, qui devrait présider le Conseil Affaires étrangères, avoir un "droit d'initiative indépendant" et "être représenté à l'étranger dans des délégations européennes communes, et pas seulement de la Commission". En revanche, il rejette l'idée d'une "double casquette" Haut Représentant/Commissaire aux relations extérieures: on ne peut pas essayer ainsi de "communautariser la PESC par la porte de service", avertit M. Blair (alors qu'il pense qu'il « est temps de communautariser beaucoup du pilier Justice et Affaires intérieures »).