Strasbourg, 20/11/2002 (Agence Europe) - Tout en reconnaissant qu'il existe des divergences au sein de son groupe sur l'adhésion de la Turquie, le président du groupe PPE-DE, Hans-Gert Pöttering (CDU), a répété mardi, lors d'une conférence de presse, que son groupe est unanimement opposé à la fixation, à Copenhague, d'une date pour l'ouverture de négociations avec ce pays, parce qu'il « ne remplit pas les critères ». M. Pöttering a estimé qu'aucune décision ne devrait être prise à Copenhague, même pas sous la forme d'une date dont on conviendrait pour fixer automatiquement à ce moment-là une autre date pour l'ouverture des négociations. Il a souhaité qu'un débat approfondi s'engage sur les frontières de l'Union, sur l'adhésion de la Turquie et sur la proposition du PPE (qui fait l'objet d'un amendement au rapport Brok) concernant l'élaboration d'une forme particulière de partenariat pour les pays voisins de l'UE.
S'agissant de la Bulgarie et de la Roumanie, il a indiqué que son groupe n'est pas favorable à la mention de 2007 pour l'adhésion, car ces pays ont des efforts importants à réaliser et il ne faut pas préjuger d'une date qui pourrait être différente selon leurs progrès, et intervenir en 2006, 2007 ou après.
M. Baron insiste sur la nécessité de donner la suprématie au pouvoir civil
Lors de sa conférence de presse, le président espagnol du groupe socialiste, Enrique Baron, a noté que son groupe est favorable à l'entrée de la Turquie mais il a estimé, à titre personnel, que la fixation d'une date pour l'ouverture des négociations est prématurée. En rappelant que son propre pays avait dû passer par là, il a estimé qu'il faut développer la société civile en Turquie et assurer la suprématie du pouvoir civil sur le pouvoir militaire. M. Baron a aussi noté qu'il avait suscité des applaudissements nourris, même au sein du groupe PPE, lorsqu'il avait souligné, lors de la séance extraordinaire avec des parlementaires des pays candidats (voir EUROPE des pages 4 et 5), que "l'UE est laïque et n'est pas un club chrétien".
Pour M. Cohn-Bendit, le kémalisme intégriste n'est pas compatible avec l'adhésion
Tout en affirmant que la perspective de l'adhésion reste ouverte, le coprésident allemand du groupe Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a souligné que l'adhésion dépend de l'évolution en Turquie. Réaffirmant que l'UE doit établir une "souveraineté européenne", il a estimé que "une conception de la souveraineté nationale fondée sur le kémalisme intégriste n'est pas compatible avec le transfert de souveraineté à l'UE".
Le chef de file du parti qui a remporté les récentes élections législatives en Turquie, Recep Erdogan, sera jeudi au PE à Strasbourg, où il interviendra devant la conférence des présidents des groupes politiques.
M. Watson: négocier dès que la Turquie respectera les critères politiques
Devant la presse, le président du groupe libéral, Graham Watson, a réaffirmé que l'UE « n'est pas un club chrétien », que les négociations avec la Turquie devraient débuter dès qu'elle remplira les critères de Copenhague. En estimant que le plan de l'ONU est "la meilleure base" pour la réconciliation à Chypre et a souhaité qu'un accord puisse se dessiner avant Copenhague. Quant au débat de lundi sur la concentration des médias (voir EUROPE d'hier, p.16), il a appelé la Commission européenne à présenter un Livre vert révisé (par rapport à celui de 1994) et un cadre législatif, dès que l'Union disposera d'une base juridique (à l'issue de la révision en cours des traités). Ce cadre devra garantir le respect du pluralisme conformément aux dispositions de la Charte des droits fondamentaux.