Bruxelles, 23/09/2002 (Agence Europe) - L'échange de vues concernant le système autrichien d'écopoints pour le trafic des poids lourds qui a eu lieu au sein de la commission transports du Parlement européen a permis de faire l'unanimité sur deux points: le trafic de transit dans les Alpes est un problème alpin, pas seulement autrichien, et il faut encourager le passage du transport routier au transport ferroviaire. Sur le reste, les ministres italiens et autrichiens des Transports ont maintenu leurs positions respectives, et ne sont donc pas d'accord, sur la manière de résoudre le problème.
Matthias Reichhold, ministre autrichien des Transports, a souligné que son gouvernement continuera d'appliquer le système d'écopoints jusqu'à ce que la Commission européenne présente des propositions claires sur la manière de financer le projet de construction d'un tunnel ferroviaire de 50 km sous le col du Brenner (région qui reçoit 60 % du trafic de transit à travers l'Autriche), tunnel dont l'importance a été reconnue par toutes les parties présentes, mais dont le coût est estimé à 3,8 milliards d'euros. Son homologue italien Pietro Lunardi, soutenu par la ministre des Transports allemande Angelika Mertens, a critiqué le système autrichien. L'Allemagne estime que c'est à l'Autriche de débloquer les fonds nécessaires pour construire le tunnel de Brenner. Pour le ministre italien, le système écopoints ne fonctionne pas et les demandes permanentes de le prolonger constituent "une source de discrimination et d'injustice". Pour l'élu européen de Forza Italia Giacomo Santini, le système aurait déjà dû être supprimé pour deux raisons: il limite la circulation des personnes dans l'UE, et des accords bilatéraux signés entre l'Autriche et l'Italie étaient justifiés par le caractère provisoire du système. Pour le président de la commission transports, et rapporteur sur le dossier, Luciano Caveri (ELDR, italien), si des préoccupations environnementales ont justifié la mise en place du système, la clause des 108% limite son effet positif sur l'environnement. M. Caveri indique que ce système a amené des poids lourds à contourner l'Autriche, optant pour des itinéraires plus longs, et donc "à reporter le problème de la pollution sur d'autres régions". En outre, il coûte beaucoup d'argent à l'Autriche même si, selon le rapporteur, "la pression interne y est grande pour maintenir ce système".
Provisoirement, la Commission européenne a proposé de prolonger ce système jusqu'en 2004, avec des possibilités d'extension jusqu'en 2005 et 2006, sans la clause des 108 %. Cette proposition sera à l'agenda du Conseil Transports du 3 octobre.
Pour rappel, le trafic de transit des poids-lourds (d'un poids supérieur à 7,5 tonnes) à travers l'Autriche est régi par un système d'écopoints, autorisé sur la base du protocole d'adhésion de l'Autriche à l'UE, qui vise à limiter le nombre de camions y transitant. Et pour cause: la région du Brenner, qui relie le Sud de l'Allemagne à l'Italie, reçoit 60 % du trafic de transit à travers l'Autriche dont les 2/3 sont des poids lourds italiens et allemands. Chaque poids lourd doit payer un certain nombre d'écopoints proportionnellement à la quantité de pollution émise pour chaque transit à travers l'Autriche. Le nombre total d'écopoints à la disposition des Etats membres est fixé annuellement avec l'objectif de réduire de 60 % la pollution au terme du système, initialement prévu pour fin 2003. Outre cette réduction annuelle, le système prévoit un mécanisme de réduction supplémentaire, "la clause des 108%": si le nombre total de trajets en transit effectués au cours d'une année est supérieur à 108% du total de l'année de référence (l'année 1991), soit supérieur à 1.610.172 trajets en transit, le nombre d'écopoints octroyés aux Etats membres est réduit pour l'année suivante.