Bruxelles, 20/09/2002 (Agence Europe) - Quelque 250 personnes impliquées dans la recherche et le traitement du cancer étaient réunies jeudi au Parlement européen dans le cadre d'une conférence organisée par la Commission européenne afin de dégager des pistes pour mieux coordonner les activités de recherche en Europe, tout en les orientant davantage vers les besoins des patients. Cette conférence devait aussi permettre de développer le dialogue entre les milieux scientifiques, industriels, les professionnels de la santé et les associations de patients afin de réduire le fossé persistant entre les activités de recherche fondamentale et de recherche appliquée. Cette recherche de cohérence, comme le souci d'offrir aux patients un accès plus rapide à des traitements innovants et mieux adaptés, sont partagés tant par la Commission que le Parlement qui ont tenu à ce qu'ils figurent dans le Vième programme-cadre de recherche, doté d'une enveloppe de 400 millions d'euros pour le cancer. La Commission a déjà reçu près de 300 manifestations d'intérêt pour le cofinancement de projet de recherche dans le domaine du cancer.
Après avoir rappelé que le cancer tue plus de 750 000 personnes chaque année (240 000 nouveaux cas sont détectés annuellement en France et 24% des décès sont dus à cette maladie au Royaume-Uni), le Commissaire Philippe Busquin a insisté sur la nécessité de combattre les faiblesses structurelles de la recherche européenne et il a cité la dispersion des ressources, le cloisonnement des systèmes nationaux, la diversité des politiques et des stratégies ainsi que la séparation forte entre recherche fondamentale et recherche clinique. Il a souligné que pour la première fois le programme-cadre couvrira explicitement la recherche clinique. "Chercheurs de base et cliniciens pourront donc se réunir dans de grands réseaux d'excellence et des projets intégrés afin de traduire plus vite les avancées scientifiques dans des applications et des interventions au bénéfice des patients", a-t-il estimé. Mais pour le Commissaire, "l'aspect le plus novateur et le plus proche de nos préoccupations aujourd'hui est que le 6ème programme-cadre pourra soutenir la mise en réseau de programmes nationaux et régionaux et les efforts de coordination entre gestionnaires de recherche, qu'ils soient du ressort d'administrations nationales, agences de recherche, fondations ou instituts de recherche".
« Je suis convaincu qu'un effort commun ainsi qu'un regroupement des initiatives nous permettront de faire plus et mieux en Europe », a déclaré le démocrate-chrétien néerlandais Wim Van Velzen, qui n'a cependant pas manqué de souligner, lors d'une conférence de presse, l'énorme différence de moyens financiers dont disposent les chercheurs de part et d'autre de l'Atlantique: un peu plus de 1 milliard d'euros est pour la recherche en oncologie dans l'UE alors que le financement public de la recherche dépassera les 5 milliards de dollars aux Etats-Unis en 2003. Et il a, lui aussi, plaidé pour une meilleure coordination des recherches menées en Europe, et a surtout insisté sur la nécessité de réduire la durée (dans certains cas près de trente ans) entre la description d'une découverte fondamentale et son développement clinique.
La sociale-démocrate allemande Karin Jöns a préconisé une stratégie en dix points comprenant: (1) l'élaboration de lignes directrices européennes pour le diagnostic précoce, le diagnostic et le traitement des formes de cancer les plus communes ; (2) le développement de modèles d'examen ; (3) une approche multidisciplinaire pour la recherche ; (4) des recherches permettant d'améliorer les traitements déjà mis au point ; (5) un renforcement des recherches sur les problèmes psychologiques liés aux traitements ; (6) une meilleure prise en compte des différences (symptômes, réactions, etc.) entre les sexes ; (7) des études comparatives sur le rapport coût/efficacité des méthodes de détection et des traitements ; (8) le développement de modèles européens de formation continue du personnel soignant ; (9) l'appui aux réseaux performants ; (10) une meilleure implication des associations de patients. Pour remédier au déficit d'image de la recherche européenne et des activités de l'UE dans le domaine de la santé, Mme Jöns a aussi suggéré la création d'un site Internet sur le cancer, commun aux DG recherche et santé de la Commission européenne.