Nyborg, 10/09/2002 (Agence Europe) - La France et l'Espagne ont révélé, en marge de la réunion informelle des ministres de l'Agriculture à Nyborg, qu'ils souhaitaient convaincre un maximum d'Etats membres de rédiger ensemble une tribune à paraître d'ici trois semaines dans la plupart des journaux européens sur les vertus et principes de la politique agricole commune (PAC), mais aussi sur les contours de son avenir. Mais ce projet de texte ne semble pas faire l'unanimité au sein de certains pays traditionnellement plutôt favorables au maintien des acquis et équilibres de la PAC, comme l'Italie ou la Belgique.
Paris et Madrid ont envoyé un projet d'article à dix Etats membres (à l'exception du Danemark, de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède et du Royaume-Uni) et ont profité de cette réunion informelle pour tenter de peaufiner ensemble ce texte qui comporterait deux parties: une première, qui semble plus consensuelle, consisterait à balayer du revers de la main les critiques et idées reçues sur la PAC (formulées notamment par la Commission européenne ou encore plus récemment par certains pays ou ONG lors du Sommet de Johannesburg); dans une seconde partie serait dépeinte une vision d'ensemble d'une PAC rénovée, sans mentionner les termes et mécanismes actuellement discutés avec âpreté dans le cadre de la révision à mi-parcours de ce secteur (découplage, modulation, dégressivité des aides).
Pour le ministre français de l'Agriculture, Hervé Gaymard, "ce papier ne constitue pas un brûlot anti-Commission et ne présente pas une réaction aux propositions de Franz Fischler". Selon lui, il s'agit d'un texte "de doctrine" sur les principes d'une PAC qui répondrait aux critiques caricaturales et à un certain courant de "pensée unique" qui "ne souffre d'aucune contradiction", du type: "la PAC est responsable de la vache folle et de la faim dans le monde, ou encore: la PAC risque de faire exploser le budget".
"La position française sur la réforme de la PAC, à savoir qu'elle souhaite des ajustements mineurs mais absolument pas une révolution, est bien connue", a commenté le ministre italien Giovanni Alemanno, qui a précisé que son pays signerait cette lettre "uniquement si des profondes modifications y sont apportées". Pour le moment, a-t-il estimé, la France "défend la PAC d'une manière très conservatrice", ce qui ne correspond pas à la position italienne qui souhaite revoir en profondeur certains aspects de cette politique. "La lettre dit que la PAC n'est pas une chose diabolique, comme certaines personnes le prétendent", a indiqué la ministre belge Annemie Neyts. Il ne s'agit pas d'une "alternative aux propositions de M. Fischler. Elle dit que nous avons besoin d'une réforme mais que nous devons le faire progressivement", a expliqué aussi Mme Neyts qui a signalé que "cela ne veut pas dire que nous la signerons".
Du côté de la Commission, on indique que cette alliance pour s'opposer à la réforme n'a que très peu de chance de se constituer, même en tant que stratégie pour retarder les négociations. Selon une source de la Commission, toute coalition sérieuse d'opposition à la réforme prendrait du temps avant de pouvoir prendre son envol. "Nous devons attendre de voir ce qu'il va se passer. Je ne vois pas dix Etats membres opposés aux propositions (de la Commission), et s'ils viennent avec de véritables bonnes idées, nous les examinerons. Mais pour le moment, je ne vois pas de signe montrant que ceci se produira", a déclaré le Commissaire Franz Fischler. La ministre britannique Margaret Beckett a répété que son pays restait persuadé qu'il faut saisir l'occasion pour réaliser des vrais changements et a estimé que la vague sans cesse grandissante d'opposition aux aides agricoles, qui s'est manifestée lors du Sommet de Johannesburg, a confirmé la nécessité d'une réforme. "Je me demande si l'intention de ces pays n'est pas de faire durer aussi longtemps que possible les discussions" (sur la révision à mi-parcours), a soupçonné la Présidente du Conseil Agriculture, Mariann Fischer Boel, qui a confirmé que ce sera à la Présidence grecque que reviendra la mission de continuer les discussions en 2003. "Nous ne serons en aucun cas en mesure de finaliser ces discussions sur la révision à mi-parcours de la PAC sous Présidence danoise", a-t-elle dit.
L'idée de cette tribune est née lors d'un dîner privé, en juillet à Bruxelles, entre les ministres français et espagnol, puis a mûri au cours d'une réunion qui a suivi entre les six Etats membres du groupe des "Amis de la pêche" (Espagne, France, Irlande, Italie, Portugal et Grèce).