Séville, 21/06/2002 (Agence Europe) - Le Sommet du Parti des libéraux démocrates européens présidé par Werner Hoyer, à la veille du Conseil européen de Séville, s'est déroulé en présence du prochain président du Conseil européen, le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, du président de la Commission européenne, Romano Prodi, et du président du Parlement européen, Pat Cox. Interrogés par la presse, avant leur réunion, sur les idées de M.Prodi sur la réforme de la Commission (voir EUROPE du 19 juin, page 13, et "Au-delà de l'information" des 20 et 21 juin), M.Rasmussen et son homologue belge Guy Verhofstadt ont critiqué ces propositions. Tout en estimant, tous les deux, que le président de la Commission « a le droit » de faire des propositions sur l'organisation du travail de son institution, ils ont dit clair et net: nous ne sommes pas favorables. Nous n'avons pas besoin d'une Commission avec deux types de Commissaires, s'est exclamé M.Verhofstadt, en précisant qu'il serait éventuellement favorable à une Commission restreinte, pourvu que l'égalité entre Etats membres soit préservée. M.Rasmussen a renchéri: je suis tout à fait dans la même ligne, il faut éviter de créer des divisions entre Etats membres. Et le Premier ministre de Lettonie, Andris Berzins, qui participait à la même conférence de presse, s'est dit d'accord avec eux. (Après le sommet libéral, un participant nous a dit que Romano Prodi avait fait un brillant exposé sur l'avenir de l'Europe). Sur les questions institutionnelles, M.Verhofstadt a aussi déclaré: j'espère que le Conseil européen adoptera des conclusions sur le rapport Solana, mais « je ne suis pas prêt à discuter de questions qui impliquent des changements du traité », car c'est la responsabilité de la Convention européenne. Nous ne devons pas « empiéter » sur le travail de la Convention européenne, mais il est clair que la réforme interne de la Commission, du Conseil et du Parlement européen sont des pièces du même puzzle, a estimé pour sa part Graham Watson, président du groupe libéral au PE, lors de la même conférence de presse. Le président Cox, pour sa part, a indiqué qu'il allait assurer aux chefs d'Etat et de gouvernement l'engagement du Parlement européen d'être un « partenaire actif » du Conseil et de la Commission dans les efforts à entreprendre en vue d'une « meilleure réglementation » et d'une meilleure mise en oeuvre de la législation européenne.
Anders Fogh Rasmussen, une semaine avant la présentation du programme de la Présidence danoise, a insisté sur la « première priorité » de l'imminente présidence, l'élargissement. En lançant un avertissement: je crains que la « fenêtre d'opportunité » du prochain semestre ne se referme et que même « un petit retard » ne retarde tout le processus, parce qu'en 2003-2004 l'Union se concentrera sur la Convention européenne et la CIG, et en 2005-2006 sur les nouvelles perspectives financières. Et il a assuré: la Présidence danoise veut respecter le calendrier, nous devons prendre une décision au Sommet de Copenhague, et nous devons parvenir à une « conclusion claire » sur les aides directes aux agriculteurs au plus tard fin octobre ou au « tout début » de novembre. J'appelle mes collègues, a martelé le Premier ministre danois, à ne pas prendre l'élargissement en otage de « leurs ambitions de réformer la PAC ou d'éviter une telle réforme », nous en avons besoin mais notre présidence « n'est pas prête à faire de cette réforme une nouvelle condition pour l'élargissement ». Nous ne devons pas permettre que la querelle sur les aides directes aux agriculteurs « fasse dérailler » le processus d'élargissement, a insisté Graham Watson, qui a rappelé que, au cours des quinze dernière années, les membres libéraux du Parlement européen ont toujours voté en faveur de la réforme de la PAC. Quant à M.Rasmussen, il a cité d'autres difficultés du processus d'élargissement: le problème de Chypre, le référendum irlandais, et aussi les questions à régler au sujet de Kaliningrad.
En ce qui concerne l'un des grands thèmes du Conseil européen, l'immigration et l'asile, le président de l'ELDR, Werner Hoyer, a dit espérer des conclusions du sommet qui s'attaquent aussi aux causes du phénomène (et il a aussi évoqué le problème du Proche-Orient, en rappelant que le parti avait proposé en mai dernier de convoquer, pour essayer de le résoudre, une conférence calquée sur la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe).Le débat sur l'asile et l'immigration nous intéresse beaucoup, car après notre adhésion nos frontières seront les frontières orientales de l'Union, a noté le Premier ministre letton. Quant au président Cox, il a espéré que le Conseil européen de Séville parviendra à des conclusions « équitables et équilibrées », fondées sur « des valeurs ». Depuis la fin des années 80, le nombre d'immigrés légaux en Europe a augmenté de 50%, a-t-il tenu à rappeler. Je suis pour une approche « positive », a affirmé Guy Verhofstadt à propos de la possibilité de sanctions européennes contre les pays tiers « non coopératifs »: selon lui, l'élargissement, en créant de la « prospérité » dans les pays candidats, contribuera en partie à résoudre le problème (l'Espagne, le Portugal, la Grèce, l'Irlande étaient des pays d'émigration avant d'entrer dans la Communauté, a-t-il rappelé). Selon le Premier ministre belge, « les échanges « sont une autre solution: nous devons discuter d'une des causes de l'immigration chez nous, « le protectionnisme du monde occidental », a-t-il lancé. Et il a répété: si les pauvres ne peuvent pas exporter sur nos marchés, ils viennent eux-mêmes sur nos marchés, « on ne peut pas dire non aux importations et non à l'immigration ». Je suis tout à fait d'accord avec Verhofstadt quant au rôle positif que peut avoir le commerce, car « si les biens ne traversent pas les frontières, les gens le feront », a commenté M.Rasmussen, tout en se disant favorable aux propositions espagnoles sur l'immigration et l'asile et en estimant que les pays tiers doivent s'engager à « reprendre leurs citoyens ».
Pat Cox a été aussi interrogé sur le deuxième référendum irlandais sur le Traité de Nice qui devrait avoir lieu dans la première moitié d'octobre. Est-ce démocratique de reposer la même question aux citoyens si on n'était pas satisfait de la première réponse ? En répondant comme député irlandais, et pas comme président du Parlement européen, Pat Cox a commenté: je suis heureux de venir d'un pays démocratique où on peut interroger les électeurs et leur permettre de pratiquer une « citoyenneté active » . Quant à la déclaration attendue du Conseil européen de Séville afin de rassurer en particulier les Irlandais au sujet du maintien de leur neutralité, M.Cox a dit: il s'agira essentiellement de dire à des gens qui ne sont pas forcément des spécialistes de droit constitutionnel, dans un « langage simple », que rien n'obligera l'Irlande à abandonner sa neutralité.