Bruxelles, 04/06/2002 (Agence Europe) - En ce début de semaine à Bruxelles, Chypriotes grecs et turcs ont appelé à la restauration de la confiance mutuelle, mais ils l'ont fait séparément et en s'accusant l'un l'autre de ne pas jouer le jeu. Ergün Olgun, sous-secrétaire à la Présidence de la "République turque de Chypre du Nord (RTCN)", a fait un discours lundi soir dans les locaux du Parlement européen à l'invitation du député Andrew Duff. Ioannis Kasoulides, ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre, était l'invité mardi de l'European Policy Centre. Chypre, qui est divisée en deux parties, grecque au sud et turque au nord, depuis 1974, fait partie du peloton de tête des pays candidats à l'adhésion, avec 27 chapitres clos sur 30.
Ergün Olgun a reproché à l'Union européenne et plus particulièrement à "un Commissaire" leur "parti pris", s'insurgeant contre le fait que l'UE "considère les Chypriotes grecs comme les représentants de toute l'île (...), comme ses seuls interlocuteurs". Selon lui, en l'absence de pressions de l'UE, les Chypriotes grecs ne négocient peut-être que pour "faire croire" qu'ils ont fait "tout ce qui était possible" pour arriver à un accord alors que les Turcs restent "intransigeants", ou pour obtenir des accords intermédiaires (sur le territoire ou la propriété), pour entrer sans problèmes dans l'Union. Le sous-secrétaire auprès du leader chypriote turc Rauf Denktash a longuement énoncé la position des Chypriotes turcs, en rappelant que la "RTCN" souhaite un "Etat de partenariat" avec une seule personnalité internationale, formée par deux "co-fondateurs", avec une répartition des pouvoirs entre cet Etat de partenariat et les deux Etats fondateurs. Ergün Olgun a pris exemple sur le modèle belge de répartition des pouvoirs entre différentes communautés et avec l'Union européenne, et a dit que la solution passe par une légitimation de la "RTCN" (qui n'est jusqu'à présent pas reconnue par la communauté internationale). Alors, les deux parties soutiendraient l'adhésion à l'UE "à condition qu'il y ait un maintien de l'équilibre" dans les relations avec la Turquie et la Grèce. Chypre ne peut pas être membre d'une organisation internationale à laquelle ces deux pays n'appartiennent pas à la fois, a-t-il déclaré, avant d'estimer que les Chypriotes turcs font preuve d'une certaine flexibilité sur l'adhésion à l'UE, mais toujours à la condition de maintenir un tel "équilibre".
Interrogé mardi sur ces propos, Ioannis Kasoulides a répondu que "si c'est effectivement (cela), c'est-à-dire plus ou moins le modèle de la Constitution belge, avec un seul Etat souverain, alors l'accord pourra être signé demain, mais je crois que la situation n'est pas résolue". Pour le faire, il faudrait une "volonté des deux côtés de dissiper la méfiance", volonté qu'il ne reconnaît pas aux Chypriotes turcs. Le ministre chypriote des Affaires étrangères en veut pour preuve que la République de Chypre reconnaîtrait les préoccupations des Chypriotes turcs en matière de sécurité et sur le principe de l'égalité politique (mais en insistant sur le respect de la majorité numérique des Chypriotes grecs), tandis que les Chypriotes turcs ne prendraient pas en considération les préoccupations de la partie grecque pour la partition de l'île et la nécessité d'un seul Etat souverain, basé non pas sur un traité international, mais sur une constitution. Tout en souhaitant que le problème soit réglé avant l'adhésion de Chypre à l'UE, Ioannis Kasoulides a assuré que dans le cas contraire, les effets de l'élargissement ,"bénéfiques pour tous", et les progrès du processus d'adhésion de la Turquie à l'UE permettront de le résoudre. Avant d'évoquer le "problème chypriote" en répondant à des questions, M. Kasoulides avait consacré son discours à la position chypriote dans le débat sur l'avenir de l'Europe. Nous y reviendrons demain.