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Bulletin Quotidien Europe N° 8200
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques considérations sur les résultats des élections présidentielles en France d'un point de vue européen

Que le lecteur se rassure: je ne vais pas lui infliger un énième commentaire sur les résultats des élections françaises. Je me limite à quelques considérations du point de vue européen.

Un mauvais calcul. Une fois de plus, le thème "Europe" a été peu utilisé par les candidats à la présidence de la France. Leurs conseillers politiques, leurs experts en tactique électorale et leurs conseillers publicitaires les ont sans doute convaincus que le sujet européen n'est pas "porteur", ni en termes de popularité ni en termes de voix. Est-ce si sûr? J'ai le souvenir d'un ministre français qui avait quitté pendant dix ans la vie politique de son pays pour devenir président de la Commission européenne; il était donc, selon la sagesse des fonctionnaires des partis et des publicitaires, complètement "hors jeu" face à l'opinion publique nationale. Sauf que l'on s'est aperçu ensuite qu'il aurait eu beaucoup de chances de devenir président de la République, s'il avait accepté de se présenter comme candidat! Toute sa popularité, et l'estime qui l'entourait dans son pays d'origine, il les avait conquises de Bruxelles, en se battant pour l'Europe unie, en s'efforçant inlassablement de la faire progresser. Certes, on ne s'improvise pas paladin de l'Europe en quelques semaines de campagne électorale et l'on n'acquiert pas de crédibilité européenne par un discours isolé qui ne s'appuie pas sur une action constante et efficace. Mais pour qui l'ose et y croit sincèrement, le thème "Europe" peut être payant aussi en termes électoraux. Jacques Delors l'a prouvé de manière éclatante en France, d'autres l'ont prouvé ailleurs.

Un peu de passion et de conviction… En France, Jean-Marie Le Pen n'a pas caché son jeu ni pris des voies de traverse pour annoncer ses intentions: pour commencer, "faire sortir la France de l'Europe de Maastricht", et donc de la monnaie unique. Tant mieux: aucune équivoque n'est possible. Nous savons en même temps qu'aussi bien la droite classique que les socialistes ne manquent pas d'Européens convaincus, disposés à agir. Chacun de nous en a connu. Regardez le parti socialiste, le grand battu des élections de dimanche. Quand on pense qu'il dispose dans ses rangs d'Européens de la trempe et du prestige de Jacques Delors, Michel Rocard, Pascal Lamy, Elisabeth Guigou, etc, on aurait pu s'attendre qu'il fasse de l'Europe l'un des arguments de pointe de son projet politique et de sa campagne électorale. Nous en sommes loin. La situation est à peu près analogue du côté de la droite classique. De part et d'autre, quelques envolées rhétoriques si l'occasion s'y prête, mais en général un langage frileux, plein de réserves et de réticences, justifiant et excusant les préjugés et les faux arguments qui, dans tous nos Etats, flétrissent le soutien à la construction européenne. Déjà en vue du second tour de l'élection présidentielle, mais surtout en prévision de la prochaine campagne pour les élections législatives, les stratèges électoraux pourraient peut-être s'interroger sur l'opportunité de mettre un peu de passion et de conviction dans l'appui à l'Europe, face à la démagogie galopante de ceux qui ne cachent pas leur projet de détruire un demi-siècle d'intégration.

Les raisons d'un espoir. Qu'est-ce qui nous fait espérer qu'un sursaut de conscience européenne est possible? Deux éléments: le premier est qu'il pourrait être électoralement rentable (considération décisive pour la classe politique). Le second est que l'on a déjà constaté par le passé un grand désintérêt et même un certain dédain à l'égard de la construction européenne, tant qu'elle était assurée et acquise; mais dès qu'elle est contestée, dès qu'elle apparaît en danger, la raison reprend ses droits et les bienfaits de l'Europe unie sont perçus un peu mieux, y compris par l'opinion publique. Seul un cerveau malade peut s'imaginer que la France, ou n'importe quel autre pays de la zone euro, pourrait tirer un avantage de sa sortie de la monnaie unique. La démonstration en est même assez aisée, pour quiconque est de bonne foi. Globalement, il y a place pour un regard plus équitable sur la réalité européenne, y compris sur ses institutions si volontiers malmenées. Mais pour défendre avec vigueur l'Europe, ses réalisations et ses objectifs, il faut les connaître, y croire et prouver qu'on n'est pas un paladin factice, improvisé dans le seul but de battre le grand méchant loup de l'extrême droite. J'aurais même, au bout de ces doigts qui tapent en ce moment ces lignes, une suggestion plus précise et opérationnelle à formuler, susceptible peut-être de rassembler les Français pour une relance de l'Europe. Mais je considère que ce n'est pas mon rôle, et je me tais.

Une gêne absurde. Le deuxième sujet que je voudrais évoquer concerne l'espèce de gêne que certaines forces politiques ressentent face à la demande de sécurité qui monte de plus en plus puissante des citoyens vers les autorités. Cette demande semble embarrasser pas mal de monde, qui craint qu'elle puisse être interprétée comme visant les immigrés. C'est absurde. La réalité est que la sécurité des citoyens représente la base de toute coexistence civile, et que l'insécurité frappe surtout les petites gens. Il ne faut pas craindre de situer la sécurité en tête des priorités, là où la situent les opinions publiques. (F.R.)

 

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