Strasbourg, 10/04/2002 (Agence Europe) - En adoptant par 269 voix, contre 208 et 22 abstentions, une résolution des groupes PSE, ELDR, Verts/ALE et GUE/NGL, le Parlement européen a demandé mercredi la suspension immédiate de l'accord d'association qui lie Israël à l'UE.Il est ainsi allé beaucoup plus loin que ce que proposait le texte initial, qui se bornait à demander à la Commission et au Conseil d'examiner comment utiliser au mieux tous les instruments dont ils disposent, y compris la suspension de l'accord d'association. A la suite de plusieurs votes séparés, le texte finalement adopté (246 pour, 216 contre et 13 abstentions) est le suivant: le Parlement "demande à la Commission et au Conseil de suspendre l'accord euroméditerranéen UE-Israël". Le Parlement demande aussi la convocation d'urgence du Conseil d'association.
Le Parlement appuie les résolutions 1397, 1402 et 1403 du Conseil de sécurité de l'ONU demandant le retrait de l'armée israélienne des territoires palestiniens, y compris Ramallah. Il exige leur mise en œuvre complète et immédiate et l'arrêt de toute violence. Il condamne vigoureusement tous les attentats-suicides perpétrés par des terroristes palestiniens et demande à l'Autorité palestinienne de redoubler d'efforts pour prévenir les actes de terrorisme. Le Parlement "condamne l'escalade militaire du gouvernement Sharon, qui viole les lois internationales et humanitaires et qui n'apportera aucune solution réelle aux attaques terroristes, et condamne l'oppression de la population civile palestinienne par l'armée israélienne ainsi que la destruction systématique des infrastructures en Cisjordanie". Il affirme que M. Arafat doit pouvoir bénéficier de la liberté de mouvement. Quant au refus de M. Sharon de permettre à une délégation de l'UE de rencontrer M.Arafat, le PE estime que "le traitement injurieux réservé à la délégation de l'UE marque un tournant dans les relations entre Israël et l'Union . Il se prononce pour l'envoi d'une force internationale d'interposition et d'observation et demande aux Etats membres de préparer, dès à présent, leur contribution à cette force. Le Parlement demande au Conseil d'instaurer un embargo sur les livraisons d'armes en Israël et en Palestine. Il se félicite de l'acceptation par la Ligue arabe de la proposition saoudienne qui devrait constituer une base de discussion pour un accord de paix durable". Il condamne vivement les actes d'antisémitisme perpétrés récemment en Europe, et exprime son soutien aux Israéliens, aux Palestiniens et aux organisations internationales qui oeuvrent pour la paix à tous les niveaux, y compris les réservistes israéliens qui refusent de servir dans les territoires occupés (amendement de Mmes Frassoni et Morgantini et MM. Wurtz et Cohn-Bendit). Il demande à Israël de garantir le libre accès des médias aux territoires occupés et de permettre aux autorités diplomatiques et consulaires de l'UE de prendre contact avec les ressortissants de l'Union dans la région.
Avant le vote, Hans-Gert Pöttering (CDU) a indiqué que le groupe PPE/DE voterait majoritairement contre la résolution, même si certains de ses collègues lui ont annoncé qu'ils allaient voter pour. Il a estimé que la résolution était déséquilibrée notamment parce qu'elle ne demande pas à M. Arafat de condamner en langue arabe le terrorisme et qu'elle ne demande pas de surveiller l'utilisation de l'aide apportée par l'UE aux Palestiniens. EUROPE rappelle que M. Arafat a déjà fait ce type de déclaration et que l'aide communautaire est pour l'essentiel versée dans le cadre de programmes auxquels participent d'autres organisations comme l'UNESCO et le FMI.
"Comment en sommes-nous arrivés là?", s'était demandé mardi lors du débat le Commissaire Chris Patten, en rappelant que les accords d'Oslo remontent à il y a presque dix ans. Les attentats suicides sont "totalement inacceptables (...) à tout moment (...), partout (...), toujours", et j'aurais souhaité que les leaders arabes empêchent plus activement "les jeunes d'entreprendre de telles actions extrêmes", a-t-il dit, tout en ajoutant qu'Israël, un "Etat démocratique qui est fier de sa démocratie ", se comporte d'une manière qui contredit beaucoup de principes pour lesquels il se bat. Sa réaction actuelle semble viser l'abolition non seulement du terrorisme, mais de l'Autorité palestinienne et de tout ce qu'avaient pu obtenir les accords d'Oslo, a-t-il déploré. M. Patten "implore" Israël de respecter le droit humanitaire international, et en particulier la Quatrième Convention de Genève, et, en particulier, de "cesser de refuser les services médicaux à ceux qui en ont besoin". "Israël ne semble écouter aucun avis de l'extérieur", regrette le Commissaire, qui note que le Conseil Affaires générales de lundi prochain examinera "comment faire sentir notre préoccupation en Israël" . "Nous voulons garder ouverts les canaux de dialogue avec Israël - c'est à cela qu'a pensé le Président Prodi", assure le Commissaire.
En ce moment, on ne peut qu'appuyer la ferme position du président des Etats-Unis, le seul à pouvoir peser sur l'attitude d'Ariel Sharon, a affirmé le général Philippe Morillon (UDF), qui invite le Conseil et la Commission à mettre en œuvre tous les moyens, sans exclure une éventuelle suspension de l'accord d'association, et invite les gouvernements des pays membres à "préparer sans attendre" la participation nationale à la mise en œuvre d'une force d'interposition, si le Conseil de sécurité de l'ONU en décide ainsi. La suspension de l'accord est souhaitée par la majorité des socialistes français, a précisé Pervenche Berès. Jannis Sakellariou (SPD) demande aussi le rappel des ambassadeurs et l'embargo sur l'envoi d'armes à Israël, comme la libérale suédoise Cecilia Malmström, et Nelly Maes (ALE, belge), qui ajoute: un embargo n'est pas suffisant, les Palestiniens ont besoin d'eau, de pain, de dignité. Israël ne semble pas se préoccuper pour sa réputation, s'étonne Ulla Sandbaek, Danoise membre du groupe Europe des démocraties et des différences, qui ajoute: j'ai vécu deux ans en Israël (en 66 et 67) et je sais que les Israéliens respectent l'argent, il faut donc les sanctionner économiquement. Il faut tout de suite envoyer des troupes de protection, mais aussi des civils, a dit le vert suédois Per Gahrton en se demandant: "De quoi avons-nous peur?" Sharon a la guerre dans la tête et il est en train de radicaliser toute une génération de Palestiniens, constate avec amertume le socialiste espagnol Emilio Menéndez del Valle. Sharon a promis la sécurité à son peuple, c'est le contraire qu'il lui a donné, reconnaît le démocrate-chrétien allemand Hartmut Nassauer, tout en attribuant à Yasser Arafat la responsabilité de cette escalade. Arafat est le seul leader palestinien avec lequel Israël peut négocier en ce moment, estime Gerard Collins (Fianna Fail, irlandais), qui plaide pour une mission de médiation, et condamne aussi les attentats antisémites (comme Pasqualina Napoletano, DS italienne, et Mariotto Segní, Patto Segni). Nous sommes face à la lutte pour l'existence de deux peuples, conclut Elmar Brok (CDU), président de la commission des affaires étrangères, pour qui il ne faut pas essayer de déterminer qui a jeté la première pierre, mais essayer de convaincre les parties que le moment d'arrêter est venu, que des possibilités d'assurer la sécurité de l'un et de l'autre existent encore.
M. Solana insiste sur la nécessité d'une présence internationale
En répondant aux députés, Javier Solana a dit que la réunion de Madrid de ce mercredi devrait adopter une stratégie pour faire appliquer pleinement les résolutions de l'ONU, mettre un terme à l'anéantissement de l'Autorité palestinienne et assurer une présence internationale efficace. M. Solana, qui n'a pas caché ses "doutes" et son "pessimisme", a constaté que les plans Mitchell et Tenet et toutes les formules visant à progresser, pas à pas, vers une solution n'ont pas abouti, justement parce que les deux parties n'ont pas réussi à les appliquer seules. Tout en reconnaissant qu'il n'a "pas de solution miracle" dans sa poche, il a plaidé pour un plan plus rapide à mettre en œuvre. Evoquant la résolution de Beyrouth, il a jugé indispensable que "cet engagement, cette main tendue du monde arabe, devienne aussi une résolution du Conseil de sécurité".
Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Ramon de Miguel, a indiqué que l'objectif de la réunion d'urgence du Conseil d'association souhaitée par M. Piqué était une "révision de nos relations avec Israël". Mais, rappelant qu'il faut l'unanimité au Conseil pour suspendre ce type d'accord, il a ajouté: "J'espère que votre résolution sera un appel à la conscience de tous les gouvernements".