Strasbourg, 09/04/2002 (Agence Europe) - C'est une première pour le Parlement européen, a déclaré d'emblée le Président Cox lors de la plénière de mardi après-midi à Strasbourg: un ministre de la Défense participe à un débat sur la politique de sécurité commune et de défense de l'UE. C'est le ministre espagnol Federico Trillo-Figueroa, qui, après avoir rappelé les antécedents et les principes qui gouvernent cette politique (notamment les principes de la subsidiarité, au sein de l'Union, et de la complémentarité, au sein de l'OTAN), a affirmé: "davantage d'Europe" veut dire aussi "davantage de sécurité et défense commune". Ceci est, pour lui, une nécessité existentielle (mais dans le respect des structures nationales existantes).
Quant aux objectifs de la Présidence espagnole, ils peuvent être ainsi synthétisés: (a) les objectifs opérationnels. Il s'agit en premier lieu de combler les lacunes qui entravent la mise en œuvre de la déclaration d'opérationnalité de Laeken: dix-sept groupes de travail s'en occupent actuellement. Quant à la transparence par rapport à l'Alliance atlantique, des rencontres ont eu lieu avec les experts de l'OTAN, a rappelé M. Trillo. En matière de prévention et gestion des crises, il faut dire clairement que des solutions au cas par cas ne suffisent pas, a-t-il ajouté; (b) les objectifs institutionnels. Faut-il formaliser un Conseil de la défense? Il ne s'agit pas de supplanter le Conseil Affaires générales, mais de "faire notre travail", a dit M.Trillo, en saluant l'initiative de tenir une première réunion de ce genre, sous l'égide du Conseil Affaires générales, en mai à Bruxelles; (c) la création d'une véritable industrie européenne des armements. Cette industrie doit être au service de la PESD, et pas le contraire, et doit répondre aux principes d'une coopération de volontaire et de la transparence; (d) la sensibilisation de l'opinion publique à l'importance de missions de prévention des crises et de la lutte contre le terrorisme. Après le ll septembre, a conclu M.Trillo, il est de plus en plus important de savoir quel est le droit qui s'applique dans les situations de crise, notamment en ce qui concerne les droits de l'homme. En outre, il faut que l'Union en tant que telle ait la capacité de se défendre contre des armes de destruction massive ou des armes chimiques et biologiques.
La sécurité et la défense ne sont pas une affaire intergouvernementale, mais une "affaire hybride", a affirmé le président de la commission des affaires étrangères, Elmar Brok (CDU): si l'Union est en mesure d'avoir une monnaie commune, pourquoi ne pourrait-elle avoir une défense commune? Et aussi une politique commune des armements, en mettant fin à de trop grandes disparités de développement industriel. Et la Commission européenne, dans tout ça? Elle n'a pas un rôle direct dans les aspects militaires de la politique de sécurité, mais elle est étroitement impliquée dans cette politique dans son ensemble, a rappelé Chris Patten, en ajoutant: et c'est ainsi que doivent être les choses. D'autre part, la Commission est prête à utiliser le potentiel du traité pour créer une industrie des armements forte et viable (M. Patten s'est félicité de l'initiative "Star 21", à laquelle participent aussi deux membres du Parlement européen, M.von Wogau et M.Westendorp). M. Patten conclut: il faut améliorer la capacité d'intervention de l'Union en cas de crise, mais sans créer des structures parallèles, et sans oublier qu'on navigue ici dans des eaux très périlleuses. Le président Bush vient de demander une augmentation de l4 % du budget de la défense: quel membre du Parlement européen pense-t-il qu'il pourrait être élu en demandant quelque chose de semblable ? Le général Morillon (EUROPE reviendra sur son intervention) a répliqué: personnellement, je demanderais que des crédits plus importants soient consacrés à la défense.
Le Commissaire Erkki Liikanen a fait le point sur le plan d'action pour l'élaboration d'une politique européenne d'armement: des progrès sont constatés en ce qui concerne onze - sur quatorze - actions, et une révision et mise à jour du plan est prévue. La Commission fera rapport en juillet.