Strasbourg, 09/04/2002 (Agence Europe) - En ouvrant le débat mardi sur la "situation dramatique, tragique et dangereuse" au Proche-Orient, le Haut représentant pour la PESC, Javier Solana a réaffirmé la condamnation du terrorisme et il a dit: "avec toute l'amitié et toute la franchise, nous devons dire à nos amis israéliens que l'action militaire doit être arrêtée immédiatement (…). Nous savons déjà combien souffre la population civile (…). On viole les droits humanitaires et les droits civils(…). Ce n'est pas seulement une action contre le terrorisme mais une action qui dérive vers la guerre". "Les résolutions des Nations unies doivent être appliquées et le droit international doit être respecté par tous", a affirmé M. Solana en se demandant à quoi servent réellement ces opérations militaires et en estimant qu'elles ne permettront pas de mettre fin au terrorisme ni d'assurer une sécurité durable pour la population. "L'une des conséquences sera la destruction de l'Autorité palestinienne", a constaté M. Solana en se demandant avec qui on négociera et en estimant qu'il faut "restaurer l'Autorité palestinienne si nous voulons une base pour la paix". Il faut "agir sur tous les fronts", a-t-il estimé en affirmant que "le président Arafat doit être libre pour rencontrer ces collaborateurs" et en rappelant que "M. Zinni a pu le rencontrer mais pas les Palestiniens qui sont censés négocier". "Nous voulons deux Etats reconnus avec des frontières sûres et qui puissent vivre l'un à côté de l'autre", a dit M. Solana en ajoutant qu'il faudra, à Madrid, élaborer un mécanisme permettant de sortir de cette impasse, c'est-à-dire viser non seulement un cessez-le-feu mais aussi une solution politique durable. Il a indiqué qu'il viendra au Parlement le 24 avril pour faire le point sur la situation.
Pour le Conseil, Ramon de Miguel a souligné que le conflit ne prendra pas fin tant que l'occupation durera et que les attentats terroristes n'auront pas cessé, et il a dit que la Présidence espagnole soutient sans réserve le Haut représentant. "Le droit d'Israël à lutter contre le terrorisme ne peut pas aboutir à limiter la liberté du président élu de l'Autorité palestinienne", a-t-il dit en plaidant notamment pour une application totale et immédiate de la résolution 1204, le retrait des troupes israéliennes, une liberté de mouvement totale de M. Arafat, l'accès des diplomates ainsi que des personnels humanitaires à l'ensemble de la région.
Le Commissaire Christ Patten (nous reviendrons sur son intervention) a dit en particulier "l'alternative à l'Autorité palestinienne, c'est l'anarchie, et c'est ce que veut Israël".
Le groupe PPE/DE veut promouvoir la coexistence pacifique de deux Etats, a affirmé le Finlandais Ilka Suominen. "Si la terreur continue, nous pouvons agir contre Israël et suspendre l'accord d'association", a-t-il averti. Le président du groupe socialiste Enrique Baron a estimé que "les Européens ont une responsabilité politique énorme à laquelle ils ne peuvent se soustraire". "Israël est né d'une décision de l'ONU et doit respecter les décisions des Nations unies", a-t-il souligné en appelant notamment à l'envoi d'une force internationale d'interposition ainsi qu'à la suspension de l'accord d'association jusqu'à ce que l'on reçoive un signe positif du gouvernement Sharon et l'instauration d'un embargo sur les armes en provenance de l'UE à l'égard des deux parties. Le président du groupe libéral, Graham Watson, a lui aussi plaidé pour un embargo immédiat sur les exportations d'armes et l'envoi d'une force d'interposition sous l'égide de l'ONU, et a demandé une réunion d'urgence du Conseil d'association. Et il a conclu par cette phrase: "M. Sharon devrait peut-être réfléchir: est-ce qu'il souhaite être l'un des premiers clients de la future Cour pénale internationale?" La verte française Alima Boumédiene-Thiery a relaté, avec émotion, la visite de plusieurs députés à Ramallah le week-end dernier et elle a dit que "nous n'avons pas le droit de garder le silence". Elle s'est aussi prononcée pour la suspension de l'accord d'association et l'envoi d'une force d'interposition. "J'ai pleuré pour notre impuissance (…), j'ai pleuré lorsque je n'ai pas pu porter secours à un blessé palestinien", a dit, au nom du groupe de la Gauche, l'Italienne Luisa Morgantini (PRC) et en plaidant à nouveau pour qu'il soit mis un terme aux velléités "colonialistes" du gouvernement Sharon. Pour le groupe de l'Union de l'Europe des Nations, le Français Charles Pasqua a constaté que l'UE n'a pas trouvé jusqu'à présent les moyens de peser de tout son poids pour mettre un terme à cette situation et il en a souligné les conséquences dans les pays européens. Pour le groupe de l'Europe des démocraties et des différences, le Néerlandais Bastiaan Belder a pris la défense de la politique de M. Sharon. Le radical italien Benedetto Della Vedova a dit que Sharon veut détruire le terrorisme mais il prépare de nouveaux terroristes, tout en rappelant la demande des radicaux d'offrir une pleine intégration à Israël au sein de l'UE.