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Bulletin Quotidien Europe N° 8144
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/moyen-orient

M. Solana évoque un retour aux frontières d'avant 1967 -Appel de M. Patten aux modérés - M. Cohn-Bendit propose une force d'interposition européenne et une visite de MM. Arafat et Peres au PE, M.Wurtz une visite des ministres des Affaires étrangères des Quinze à Ramallah

Strasbourg, 05/02/2002 (Agence Europe) - « Frustration, voici la première expression qui me vient sur les lèvres en parlant en ce moment du Moyen-Orient », a affirmé mardi devant le Parlement européen Javier Solana, Haut représentant pour la PESC, tout en terminant son intervention par ces mots: « cette bataille, nous la gagnerons ». « Dans ce monde globalisé, la Méditerranée et le Moyen-Orient, c'est chez nous », a remarqué M. Solana, qui a regretté les trop nombreuses « occasions perdues » pour parvenir à la paix, mais qui voit maintenant un certain mouvement, un certain espoir. Ainsi, mercredi dernier, M. Sharon a reçu pour la première fois à son domicile privé trois dirigeants palestiniens de premier plan, et aujourd'hui même Colin Powell reçoit à Washington le président du parlement de l'Autorité palestinienne, a souligné M. Solana, en précisant qu'il a lui-même rencontré récemment le roi de Jordanie, et parlé seulement quelques heures auparavant avec le président Moubarak. Récemment, a rappelé M.Solana, Shimon Peres a déclaré aux ministres des Affaires étrangères des Quinze: « Je ne ferai jamais partie d'un gouvernement qui n'ait pas comme objectif deux Etats», l'Etat israélien et l'Etat palestinien. C'est sur cette base, insiste M.Solana, qu'il faut discuter, sans essayer de règler tout de suite les problèmes les plus difficiles tels que Jérusalem et le retour des territoires, mais en ayant comme but le retour aux frontières de 1967 (avec d'éventuels ajustements), et c'est ce que font Abou Ala, président du parlement de l'Autorité palestinienne, et Shimon Peres. L'Union discute aussi de cette option et continuera de le faire lors de la réunion de type « Gymnich » des ministres des Affaires étrangères, le week-end prochain à Caceres, a indiqué M.Solana. Sharon lui-même, a précisé M.Solana, m'a dit que cette solution n'est pas parfaite mais qu'il laissera Shimon Peres négocier dans ce sens.

Combien de gens devront-ils encore mourir avant que les voix des modérés ne soient entendues dans la région ? s'est écrié le Commissaire aux relations extérieures Chris Patten, en exhortant à interroger des hommes comme le député européen John Hume, qui a été la voix des modérés dans le conflit en Irlande du Nord. L'Europe a essayé de faire quelque chose, elle a aidé l'Autorité palestinienne afin d'assurer qu'elle puisse continuer à être un partenaire viable de dialogue et que les Palestiniens ne sombrent pas dans l'anarchie, a souligné M.Patten, qui a rappelé que cette aide a été d'environ 2 millions d'euros dans les deux dernières années, et qu'elle a été « soigneusement contrôlée » (si les comptables d'Enron avaient été aussi « diligents », que le FMI dans son contrôle sur ces dépenses, beaucoup d'emplois auraient pu être sauvés, a-t-il remarqué en passant). Quant aux effets des bombardements israéliens qui ont détruit des infrastructures palestiniennes financées par l'UE pour une valeur de 17 millions d'euros, M.Patten s'est exclamé: où est la preuve que la destruction d'égouts, de systèmes de santé et d'éducation améliore la sécurité d'Israël ? Ce ne sont pas là les calculs d'un « comptable dément », mais la reconnaissance du fait que la stabilité économique contribue à la stabilité politique, a dit le Commissaire.

Au cours du débat, la majorité des députés ont, tout en demandant au président Arafat de faire plus, critiqué surtout l'attitude d'Ariel Sharon. La valeur de la vie d'un juif à Tel Avis ou Jérusalem est la même que celle d'un Palestinien à Gaza ou Ramallah, a dit le président du groupe du PPE-DE Hans-Gert Pöttering, qui a jugé "irresponsable" la phrase du Premier ministre israélien qui regrettait qu'Arafat n'ait pas été éliminé. C'est dur à dire comme Allemand, mais je refuse qu'on nous accuse d'antisémitisme si on condamne de tels propos, a ajouté l'élu de la CDU (l'exigence israélienne du respect d'une trêve de sept jours est justement une "invitation aux extrémistes", a regretté un autre élu de la CDU, le président de la commission des affaires étrangères Elmar Brok. Le social-démocrate allemand Jannis Sakellariou a parlé, à propos des destructions israéliennes, d'une "guerre de moindre intensité, mais une guerre", et a insisté: il faut un Etat palestinien. Quant au co-président du groupe des Verts-ALE Daniel Cohn-Bendit, il a lancé: nous devons "faire un discours d'ingérence" à l'égard d'Israël, pour "obliger Sharon à comprendre que la paix chez lui sera possible seulement avec un Etat palestinien". En même temps, il faut, selon lui, dire aux Palestiniens que le retour des réfugiés "sera limité" et qu'il n' y aura pas de retour de tous les Palestiniens. M.Cohn-Bendit a tenu des propos très durs à l'égard aussi bien de Sharon que d'Arafat ("ces deux messieurs qui se battent depuis des années, qui se connaissent très bien" et qui sont aussi « hypocrites » l'un que l'autre), mais aussi des Américains et des Européens, et il a exhorté ces derniers à prendre leurs responsabilités, en mettant en place une force d'interposition européenne. Nous devons briser l'isolement d'Arafat et l'inviter au Parlement avec Shimon Peres, a-t-il aussi proposé (L'élu de l'UDF Philippe Morillon, pour qui le Parlement ne doit pas être "un jeteur d'anathème", a suggéré l'invitation de personnalités de haut niveau des deux parties, même si pas nécessairement MM. Arafat et Peres, comme cela avait été le cas en septembre 2002 avec les présidents de la Knesset et du Conseil législatif palestinien). Quant à Francis Wurtz, président du groupe de la Gauche unitaire européenne/NGL, il a proposé une visite commune des ministres des Affaires étrangères des Quinze à Ramallah (l'élu de la Lista Bonino Olivier Dupuis a ironisé sur l'idée d'un tel "voyage touristique", et a relancé une nouvelle fois l'idée chère aux radicaux italiens d'une « intégration complète d'Israël dans l'UE », seul moyen, selon lui, de parvenir à une solution). La politique d'occupation militaire des territoires « doit cesser », a réaffirmé M. Wurtz (voir EUROPE d'hier, p.3, au sujet de sa lettre à M. Solana). Le président du groupe libéral Graham Watson, qui a exprimé des doutes sur la politique des Etats-Unis à l'égard de la paix au Moyen-Orient. Le conservateur britannique Geoffrey Van Orden a déploré pour sa part la tonalité largement « unilatérale » de ce débat. Le Parlement européen doit adopter jeudi une résolution sur le conflit israélo-palestinien qu'il veut aussi concrète et précise que possible.

A l'issue du débat, Pat Cox a tenu à souligner que la Présidence du Conseil avait été présente pendant tout le débat en la personne du Secrétaire d'Etat Ramon de Miguel - ce qui est assez inhabituel, a-t-il commenté. Quant à Javier Solana, il a souligné la nécessité de « travailler avec la société »sur place et de continuer à négocier, sans se lasser: nous Européens n'avons pas la capacité de régler le problème, mais nous avons celle de pousser dans ce sens.

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