Bruxelles, 19/10/2001 (Agence Europe) - A l'occasion de la Journée internationale de la lutte contre la pauvreté, la commission de l'Emploi et des Affaires sociales du Parlement européen a tenu, le 17 octobre, une réunion extraordinaire sous la présidence de Michel Rocard, pour présenter la Déclaration sur les plans d'action nationaux (PAN) pour l'inclusion sociale élaborée par la Commission européenne. La Présidence belge de l'UE était représentée par les ministres Johan Vande Lanotte (Intégration sociale) et Frank Vandenbroucke (Affaires sociales, Pensions), la Commission par Anna Diamantopoulou. Y participaient également des représentants de la société civile (ONG, syndicats et réseaux de lutte contre la pauvreté).
"Plus de 65 millions de personnes dans l'UE, soit 18% de la population, vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Le Sommet de Lisbonne s'était donné comme objectif d'éradiquer la pauvreté d'ici 2010. On voit le chemin qui reste à parcourir", a indiqué Michel Rocard à l'ouverture des travaux. Se réjouissant de ce que la Présidence belge de l'UE "affrontera les problèmes d'exclusion au Sommet de Laeken" et devrait d'ici là établir des indicateurs pour la lutte contre la pauvreté, M. Rocard a insisté sur l'importance de "poursuivre la stratégie de Lisbonne dans une Europe en récession économique qui a commencé avec les événements tragiques du 11 septembre". Pour le président de la commission parlementaire, "le vrai défi consiste à intégrer la politique d'inclusion sociale dans toutes les politiques de l'Union. Pour combattre l'exclusion, il faut la connaître mieux. Il nous faut plus d'indicateurs qualitatifs pour aborder l'exclusion sociale qui est multidimensionnelle, et comparables en donnant notamment plus de moyens budgétaires pour Eurostat. Il nous faut mobiliser tous les acteurs concernés. On ne gagnera cette bataille qu'avec l'opinion, d'où l'importance d'utiliser pleinement le rôle des parlements", a ajouté le député.
Johan Vande Lanotte a déclaré: "la lutte contre la pauvreté doit traverser en filigrane toutes les politiques de l'UE. La pauvreté a non seulement un aspect financier mais aussi un volet droit au logement et droit à la santé. Il faut avoir une politique préventive en la matière, trouver des indicateurs communs, développer la méthode de coordination ouverte et procéder à des échanges d'expériences". Pour Frank Vandenbroucke également, il faut "promouvoir l'inclusion sociale dans une stratégie générale de l'UE par la méthode ouverte de coordination, c'est-à-dire qu'il faut avoir des objectifs communs au niveau de l'UE, ensuite des plans d'action nationaux et, enfin, un rapport ainsi que des résultats faits dans un cadre comparable et transparent".
"Voilà 5 ans qu'on célèbre la Journée des Nations Unies pour l'éradication de la pauvreté. C'est une excellente occasion de réfléchir et d'évaluer ce que nous faisons dans notre Maison Europe", a déclaré la Commissaire Anna Diamantopoulou. Et d'expliquer: "Il existe une pauvreté absolue dans certains pays et dans un monde où encore plus de 10 millions d'enfants meurent de maladies curables, plus d'1 milliard de personnes vivent avec moins d'un euro par jour et où des millions de femmes se voient privées de leurs droits fondamentaux". Mme Diamantopoulou a lancé un appel pour que "l'alliance militaire et de répression contre le terrorisme, sans précédant dans notre histoire, et créée par les événements du 11 septembre, soit étendue à d'autres questions comme la lutte contre l'exclusion et la pauvreté dans le monde, causes aussi de terrorisme". Par ailleurs, "en Europe, il existe une pauvreté relative: 65 millions de personnes vivent avec moins de 60% du revenu national moyen. La pauvreté a un impact sur la société en général, qui doit supporter une partie du coût social de cet échec qu'est la pauvreté. Il y a aussi un visage féminin de la pauvreté: 80% des pauvres dans le monde sont en effet des femmes". Pour Mme Diamantopoulou, il est nécessaire, malgré les progrès réalisés par l'UE en un court laps de temps (du Sommet de Nice avec l'établissement d'objectifs communs à la remise des PAN en juin dernier et la présentation d'indicateurs au Sommet de Laeken en décembre), de "renforcer nos politiques avec des stratégies à court et long termes pour que les problèmes disparaissent efficacement". La Commissaire a encore attiré l'attention sur "l'analphabétisme qui touche 15% de la population adulte et qui est le facteur qui empêche les personnes d'accéder à un emploi et qui freine leur avenir". Enfin, la Commissaire a indiqué que la Commission faisait des études sur le coût de la non-politique sociale et annoncé une communication relative à l'emploi local en 2002.
Le Président du Comité de Protection sociale, Raoul Briet, a présenté le rapport Stanton qui comporte une série d'indicateurs "dont 8 portent sur le volet financier et monétaire, 4 sur l'emploi, 2 sur l'accès à la formation et 2 sur la santé". Une fois l'assentiment donné ce jeudi par le Comité de Protection sociale, ce rapport sera transmis au Conseil Social du 3 décembre et puis au Sommet de Laeken. "Ce que nous voulons, c'est engranger des accords, donner une impulsion nouvelle pour que le travail se poursuive en 2002, et donc réfléchir à la manière d'institutionnaliser la participation des exclus eux-mêmes à la mise en place d'indicateurs de pauvreté", a-t-il conclu.
Au cours du débat, Ilda Figueiredo (GUE/NGL, Portugal) et Marie-Françoise Wilkinson (Réseau de lutte contre la pauvreté) ont insisté sur la nécessité de trouver de nouvelles ressources financières pour la pauvreté, des emplois de qualité et d'aider les pays en situation d'extrême pauvreté et les pays candidats à l'adhésion. Mme Wilkinson a noté qu'il fallait plus de coordination entre les différents comités (de politique économique, d'emploi, de protection sociale) et permettre aux associations d'exclus et de pauvres de participer au processus de lutte contre l'exclusion. Marie-Hélène Gillig (PSE, France) a demandé "d'aller vers des lignes directrices comme c'est le cas en matière d'emploi, la méthode de coordination ouverte étant, selon elle, limitée". Ioannis Koukiadis (PSE, Grèce) a souligné "l'aspect quantitatif et qualitatif de la pauvreté qui est parfois importée dans une région". Quant à Olivier Gérard (Plate-forme des ONG), il a dit que les PAN doivent encourager la responsabilité et l'action de tous les citoyens dans la lutte contre la pauvreté. Pour Anne Van Lancker (PSE, Belgique), "la qualité des indicateurs doit déboucher sur une redistribution des richesses en Europe". Enfin, le représentant de la Confédération européenne des Syndicats (CES), M. Lourdel, a notamment insisté sur l'importance d'associer la CES à ce processus dans toutes ses phases, e.a. par le biais d'une consultation par le Comité de Protection sociale. Il a rappelé que la CES s'inscrivait dans la démarche qui veut procurer un emploi de qualité aux exclus, ceci afin d'éviter les working poor, et qu'elle demandait une cohérence entre le processus européen de l'inclusion sociale et de l'emploi.