Bruxelles, 27/09/2001 (Agence Europe) - Le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, qui était jeudi au Caire après une visite en Arabie Saoudite où « le message de l'UE a reçu un accueil très favorable » selon un porte-parole de la Commission européenne, a qualifié les déclarations du Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, de « presque barbares », « stupides et inacceptables ». « S'il a vraiment prononcé ces paroles, c'est très grave, c'est historiquement, culturellement et politiquement faux et injustifié et de surcroît en totale contradiction avec la déclaration par les Quinze au Sommet de Bruxelles », a dit M. Michel avant d'ajouter: « Prétendre que la civilisation occidentale serait supérieure est culturellement vieilli et presque barbare ». Ces remarques sont d'autant plus « stupides et déplacées que nous (la Troïka européenne: NDLR) sommes ici pour convaincre nos amis arabes et musulmans que nous voulons éviter ce genre de malentendus », a encore expliqué M. Michel qui venait de rencontrer le président Hosni Moubarak. Commentant lui aussi les propos de M. Berlusconi, le Commissaire Chris Patten a déclaré: « Nous Européens, nous devrions nous souvenir avec humilité que le monde islamique ne s'est jamais rendu coupable d'un holocauste ».
Avant de quitter Bruxelles pour Washington où il devait rencontrer, avec M. Prodi, le président Bush, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a dit que « ces propos peuvent de manière dangereuse avoir des conséquences: plutôt que d'avoir une rencontre des civilisations, cela peut alimenter un sentiment d'humiliation ». Le président de la Commission européenne, Romano Prodi, n'a fait aucun commentaire mais il a profité de son discours, jeudi matin, au centre islamique de Bruxelles pour affirmer que «nous ne tomberons jamais dans une guerre de civilisation » et insister sur le soutien à apporter aux « efforts que tant d'hommes et de femmes courageux consacrent à bâtir un pont entre réalités et civilisations différentes mais toutes également porteuses de valeurs profondes ». Un porte-parole de la Commission, qui s'est refusé à tout autre commentaire, a dit que ce discours montre que « nous ne partageons pas les idées de M. Berlusconi ».
Voici un bref aperçu des déclarations de M. Berlusconi: les civilisations de l'Occident et de l'Islam "ne peuvent pas être mises sur le même plan". "Nous devons être conscients de la supériorité de notre civilisation, faite de principes et de valeurs qui ont porté le bien-être dans la collectivité". "Chez nous, il y a un respect des droits de l'homme, des droits religieux et politiques, qui n'existent certainement pas dans les pays islamiques. Chez nous, il y a la compréhension des diversités, une capacité d'intégration, de tolérance et de solidarité qui font de notre civilisation quelque chose dont nous pouvons être fiers". Le devoir de l'Occident est de "continuer à conquérir les peuples" au point de vue de la culture et de la démocratie. La civilisation occidentale comporte des valeurs "d'amour pour la liberté en soi, pour la liberté des peuples et des individus" qui "ne font certainement pas partie du patrimoine des autres civilisations, comme celle de l'islam ». Silvio Berlusconi n'en était pas à son premier coup d'essai, puisqu'il avait déjà déclaré aux journalistes après le Sommet extraordinaire vendredi que l'Occident avait le "devoir de porter en avant cette civilisation plus avancée que celles qui sont restées dans la passé ou même au Moyen Age" (voir notre édition spéciale du 22 septembre p. 3)