Bruxelles, 27/09/2001 (Agence Europe) - A 96 jours de l'introduction de l'euro, le bilan des préparatifs des Etats membres pour faire face à cette échéance est largement positif, mais la vigilance reste de mise et les efforts doivent se poursuivre, dans la dernière ligne droite avant le 1er janvier 2002 et au-delà. Les conclusions du débat public qu'ont eu, jeudi, les ministres du Conseil Marché intérieur/Consommateurs sur les mesures mises en œuvre pour préparer leurs citoyens au passage à la monnaie unique en témoignent. Charles Picqué, ministre belge de l'Economie et président en exercice du Conseil, les a résumées ainsi: tous les Etats membres sont convenablement préparés, mais des préoccupations subsistent: la crainte des citoyens que la conversion en euro n'entraîne une hausse des prix, l'adaptation difficile à de nouvelles échelles de valeur monétaire, la préparation insuffisante des PME à une échéance dont elles ont sous-estimé les changements qu'elle entraînera.
Les ministres étaient invités à répondre aux trois questions suivantes: quelles difficultés concrètes avez vous identifiées ? Quelles mesures spécifiques avez vous prises pour éviter l'arrondissement des prix à la hausse lors de la conversion en euro et pour aider les petites entreprises et les petits commerçants à se préparer au basculement vers l'euro ? Quel dispositif avez-vous mis en place pour faire face aux difficultés éventuelles qui pourraient survenir dans les mois qui suivront l'introduction de l'euro, en particulier pour protéger les consommateurs contre les fraudes ?
Les nombreuses enquêtes réalisées dans les Etats membres semblent indiquer que la conversion en euro n'aura pas d'effet important sur les prix. Quelques phénomènes d'arrondis à la hausse sont observés, mais ils sont marginaux et n'ont pas d'effet global sur les prix. Pourtant, les craintes des citoyens subsistent. Pour les rassurer, des contrôles de l'évolution des prix sont effectués, et certains Etats membres ont confié la vérification de l'exactitude du double affichage des prix à un organisme de contrôle. La majorité des Etats membre a mis en place des observatoires pour assurer la supervision du double affichage, considéré comme une mesure de transparence des prix très utile pour créer la confiance chez les consommateurs. Certains Etats membres se sont dotés d'instruments contraignants pour réprimer les hausses anormales de prix. L'initiative « eurolabel » de la Commission européenne a été relayée par de nombreux Etats membres pour inciter les opérateurs à observer de bonnes pratiques. Des opérations d'information et des campagnes de sensibilisation ont été menées à foison, en direction en particulier de publics ciblés (personnes âgées, jeunes, personnes handicapées). Des mécanismes de règlement extrajudiciaires des litiges ont été mis sur pied. Les Etats membres se préoccupent de l'approvisionnement en pièces et billets pour les besoins du commerce et des distributeurs automatiques. L'augmentation de la production de pièces de 1 et 2 cents permettra d'éviter le manque de liquidités qui pourrait servir d'alibi à l'arrondi des prix à la hausse.
Les Etats membres accordent de l'importance à la recherche de nouvelle échelles de valeur. Le
double affichage des prix est considéré comme un instrument pédagogique utile à cet égard, au point que trois pays- Autriche, Grèce et Portugal - l'ont rendu obligatoire et seront probablement suivis par d'autres. La plupart des Etats membres notent que les PME affichent toujours un certain retard, dans leur degré de préparation, par rapport aux grandes entreprises. Aussi ont-ils développé des guides pratiques, des sites Internet, des aides à la formation du personnel, voire adopté des mesures fiscales pour les PME pour l'amortissement de leur frais ou pour la conversion de leur capital en euros. Tous les Etats membres sont sensibles à l'utilité de mesures d'accompagnement pour l'après-1er janvier 2002. De nombreuses initiatives - volontaires ou contraignantes -ont déjà été prises: distribution massive de calculettes, mesures policières de sécurité supplémentaires, sensibilisation des vendeurs et des banques au risque de contrefaçon, sanctions pénales pour la contrefaçon ou le blanchiment, introduction de cartes prépayées, instruments de lutte contre les pratiques abusives et anti-concurrentielles.
Le Commissaire David Byrne a indiqué que la Commission présentera en octobre un rapport au Parlement et au Conseil sur l'état d'avancement des préparatifs. Saluant l'intensification des efforts logistiques consentis par les Etats membres, il a souligné que l'information correcte sur le calendrier du basculement vers l'euro et la confiance de tous les consommateurs dans la nouvelle monnaie constituaient les deux principaux objectifs. « La Commission va continuer à coordonner les campagnes des banques centrales nationales. Il est irréaliste de penser que l'introduction des pièces et billets ira sans problèmes, mais ces problèmes seront limités. Les représentants des consommateurs, comme le Beuc, se sont penchés sur la question. Les efforts déployés pourraient être sapés si les consommateurs ont l'impression que les professionnels trichent », a-t-il déclaré. La Commission a obtenu le 2 avril, l'engagement des détaillants à ne pas tricher, et a encouragé les administrations à faire de même dans leurs tarifications publiques.
Au cours du débat, l'Allemagne s'est dite très optimiste, soulignant que « la confiance du consommateur constitue un axe central du passage à l'euro et qu'il appartient aux pouvoirs publics de la renforcer ». Evoquant l'approvisionnement en euros, elle a indiqué que la différence entre grandes et petites entreprises tenait à l'absence de capacité de stockage des petites qui préfèrent donc attendre la veille du 1er janvier 2002 pour se fournir. 35 millions de kits gratuits seront distribués aux consommateurs allemands à partir du 17 décembre. L'Italie a insisté sur l'avantage que présentent les cartes prépayées pour les groupes vulnérables pendant les deux mois où coexisteront "les deux monnaies": cela évitera les litiges de conversion. La Finlande a constaté que les arrondis avaient eu lieu à la hausse aussi bien qu'à la baisse, et s'est dite confiante que « le basculement se passera bien puisque la surveillance et le contrôle se poursuivront jusqu'à la fin de la période transitoire ». Qualifiant le passage à l'euro de "défi historique", la France a souligné la nécessité de distinguer les difficultés techniques, facilement surmontables, des difficultés psychologiques - un distinguo qui a conduit les autorités françaises à agir sur le double front de la confiance (euroconfiance) et la de sécurité des consommateurs (eurovigilance). Le ministre français a insisté sur le rôle joué par les organes décentralisés que sont les observatoires départementaux (ou les observatoires locaux dont le ministre espagnol a salué le bon fonctionnement) et sur l'importance de l'euro scriptural comme instrument d'initiation à l'euro. Selon lui, des efforts reste à faire pour la formation dans le secteur du commerce et pour la préparation des petites entreprises. Le Portugal a indiqué qu'il s'assurerait au 1er octobre du respect du double affichage obligatoire et des règles lors de l'arrondissement des prix. Les populations vulnérables (personnes âgées, personnes vivant à l'intérieur des terres et minorités ethniques en proie à des difficultés linguistiques) sont une préoccupation du gouvernement. La Suède, qui ne fait pas partie de la zone euro, a dit néanmoins devoir répondre à une demande croissante d'informations des consommateurs. Pour l'Irlande, qui a évoqué les codes de bonne pratique signés par de nombreuses organisations professionnelles, le meilleur moyen de lutter contre la hausse des prix est de donner au consommateur les moyens de surveiller les prix et de faire usage de son droit de plainte en cas d'abus. La Grèce a fait état de sondages qui révèlent une très large acceptation de la nouvelle monnaie et de craintes nationales inférieures à la moyenne européenne. L'affichage obligatoire qu'elle pratique depuis le 1er janvier dernier et l'obligation faite au secteur privé comme au secteur public d'arrondir les prix à la baisse, y sont sans doute pour beaucoup. L'Autriche, qui a adopté 600 textes d'adaptation, a annoncé que le double affichage serait obligatoire à compter du 1er octobre et a salué le degré de préparation de ses entreprises qui « reçoivent de l'information sur-mesure par l'Internet ». Le Luxembourg a indiqué que la vigilance se poursuivrait dans son pays où 63% de la population s'estime pourtant bien informée, où les craintes face à la tricherie sont les plus faibles de l'Union et le nombre de compte convertis en euros le plus élevé. La Belgique a insisté sur la nécessité de distinguer entre les effets inflationnistes marginaux imputables à l'euro et ceux liés à d'autres facteurs. Elle a indiqué qu'en Belgique, 600 000 convertisseurs électroniques avaient été distribués aux personnes âgées, 10 000 calculettes parlantes aux aveugles et malvoyants, et que des actions spécifiques étaient encore prévues en faveur des populations immigrées.