Bruxelles, 14/09/2001 (Agence Europe) - Ce jeudi, lors d'une intervention programmée de longue date à propos de la relation transatlantique, l'Ambassadeur sortant des Etats-Unis auprès de l'Union, Richard Morningstar, a tenu à évoquer, "non seulement ce qui compte vraiment, mais aussi les raisons pour lesquelles cela vaut la peine de travailler d'arrache-pied pour nourrir et développer" ce qu'il a désigné comme "cette grande relation", en appelant à lui prodiguer "une attention spéciale, tout particulièrement à ce stade qui n'est après tout qu'un stade précoce". "Je quitte Bruxelles avec une forte confiance dans l'aptitude de la relation transatlantique à passer ce nouveau test" imposé par les terroristes qui ont endeuillé l'Amérique et certain, qu'avec "l'assistance de nos amis et alliés, nous parviendrons à mettre une formidable étendue d'expertise et de ressources dans cette lutte", a-t-il dit.
"J'avais préparé un discours sur la relation transatlantique (...). Une telle tragédie a néanmoins la capacité de concentrer l'esprit sur ce qui importe vraiment", a confié M.Morningstar à l'assemblée réunie par l'"European Policy Center" et le "Center for European Policy Studies", devant laquelle il a fait ses adieux et partagé les enseignements tirés de son expérience à Bruxelles (qu'il quitte vendredi) et des événements tragiques de mardi dernier. La Mission américaine est "comblée par les témoignages de sympathie et de soutien que nous avons reçus au cours des derniers jours", a déclaré l'Ambassadeur, qui a salué la réaction rapide et profondément amicale des Européens, au niveau institutionnel - en se disant "particulièrement ému par les propos du Président Prodi", et au niveau personnel, où s'est exprimée "une extraordinaire effusion de soutien". "Ce sens de la solidarité va être extrêmement important au cours des prochains mois", a-t-il dit, avant de faire état des "quelques choses claires" qui ressortent déjà de ces attaques "horrifiques": 1) l'ennemi des terroristes est "tout un mode de vie - une société fondée sur la démocratie, la liberté d'expression et l'Etat de droit"; 2) "ces terroristes sont convaincus que l'Amérique et l'Europe peuvent être intimidés par la violence"; 3) "ils cherchent à diviser notre alliance".
M.Morningstar est revenu longuement sur que "nous oublions trop facilement dans notre gestion quotidienne de la relation UE/Etats-Unis - le fait que c'est bien plus qu'une simple relation économique". Trop souvent nous évoquons "l'étendue des valeurs et intérêts que nous partageons", trop souvent "nous sortons une ou deux lignes rituelles dans un discours, avant de nous lancer dans une longue critique de l'une ou l'autre de nos différences politiques. Le résultat est que nos disputes et différences sont dans la ligne de mire plutôt que nos points communs. C'est une erreur", a-t-il dit, en soulignant à quel point "les Etats-Unis et l'UE arrivent à bien travailler ensemble, lorsque nous y consacrons tous notre esprit". Certes, des différends subsistent, ainsi "quelques réelles contraintes structurelles et politiques sur nous deux" mais, selon lui, "les disputes sont simplement des exceptions par lesquelles nous définissons l'énorme champ de notre coopération" et "la clé" pour en venir à bout est de "dépasser les moindres détails d'une question pour nous focaliser sur ce que sont nos objectifs sociétaux ultimes. C'est là que sont nos points communs", y compris en matière de sécurité et dans la sphère économique, a-t-il ajouté, en renvoyant "à nos succès croissants" dans les Balkans, à la coopération entre l'OTAN et l'UE en Serbie du Sud et en Macédoine, et en saluant "le dur labeur" de Pascal Lamy et Robert Zoellick dans l'espoir d'aboutir au lancement d'un cycle de négociations commerciales à Doha. Il s'en dégage, selon lui, "un sentiment renouvelé d'avoir un but commun qui n'ignore pas nos différences mais qui va nous permettre d'être au-dessus d'elles". Et d'inviter les partenaires à "simplement les restituer dans leur contexte", à "réfléchir de manière créative au moyen de garantir que la relation, à mesure qu'elle croît et évolue, continuera de délivrer tout son potentiel" et à se rappeler que "nous parlons de quelque chose très différent de la somme totale des relations bilatérales des Etats-Unis avec les 15 Etats membres de l'Union". Comme il apparaît clairement aujourd'hui, a-t-il dit, "les Etats-Unis ne sont pas juste un pays tiers pour l'UE" et "l'UE n'est plus simplement un groupe de pays souverains agissant en tant que bloc commercial. Nous sommes grands, et importants, et nous sommes spéciaux l'un pour l'autre. Consentons du temps et des efforts pour donner à ce partenariat l'espace dans lequel il va s'épanouir".