Bruxelles, 14/09/2001 (Agence Europe) - Comme décidé par le Conseil Affaires générales, le 14 septembre a été un Jour européen de deuil pour les victimes des attaques terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis et, à cette occasion, aussi bien le personnel des institutions européennes que les citoyens de Bruxelles ont partagé trois minutes de silence, à midi. Peu avant midi se sont rassemblés au Rond-Point Schuman, dans le quartier des principales institutions européennes à Bruxelles, le Président du Conseil européen Guy Verhofstadt, le Président de la Commission européenne Romano Prodi, le Président du Conseil de l'UE Louis Michel¸ le Haut Représentant pour la PESC Javier Solana et plusieurs membres de la Commission.
Au PE, les députés se sont rassemblés devant l'hémicyle à Bruxelles. En outre, comme proposé par le Président du groupe libéral Pat Cox, des livres de condoléances en hommage aux victimes des attentats ont été mis à la disposition des députés et du personnel du Parlement: placés en face de l'hémicyle à Bruxelles, ainsi qu'à Luxembourg et à Strasbourg, ils seront transmis par le Parlement au Congrès des Etats-Unis.
Par ailleurs, le 14 septembre a été publiée une déclaration commune des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, de la Présidente du Parlement européen, du Président de la Commission européenne et du Haut Représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune (à laquelle se sont associés les pays candidats à adhérer à l'Union). Voici le texte intégral:
"En Europe comme ailleurs, l'horrible agression terroriste qui a frappé les Etats-Unis a bouleversé profondément nos citoyens. Pour exprimer sa solidarité avec la nation américaine, l'Europe a déclaré ce 14 septembre jour de deuil. Nous invitons tous les citoyens européens à observer à midi trois minutes de silence en témoignage de notre très profonde et sincère sympathie avec les victimes et leurs familles. Avant-hier, l'UE a condamné avec la plus grande fermeté les auteurs, les instigateurs et les complices de ces attentats terroristes. Elle a annoncé qu'elle ne ménagera aucun effort pour que les responsables de ces actes de barbarie soient traduits en justice et punis. Le gouvernement et le peuple américains peuvent compter sur notre solidarité entière et notre pleine coopération pour que justice soit faite. Nous n'admettrons en aucun cas qu'ils trouvent refuge, où que ce soit. Ceux qui portent la responsabilité d'aider, de soutenir et héberger les auteurs, organisateurs et commanditaires de ces actes devront rendre des comptes. Cette agression contre l'humanité a frappé au coeur une nation amie avec qui l'Union partage le combat pour un monde meilleur. Mais cette terrible attaque terroriste est aussi dirigée contre nous tous, contre nos sociétés ouvertes, démocratiques, multiculturelles et tolérantes. Nous appelons tous les pays qui partagent ces valeurs et ces idéaux universels à joindre leurs efforts dans le combat contre le terrorisme de tueurs sans visage contre des victimes innocentes. Rien ne peut justifier que l'on bafoue les valeurs éthiques et humaines. Il en va de la solidarité entre tous. C'est ensemble, quelles que soient notre origine, notre race ou religion, que nous devons lutter pour trouver les solutions aux conflits qui servent trop souvent de prétexte à la barbarie. Nous appelons tous les pays à intensifier leurs efforts dans le combat contre le terrorisme. Combattre le terrorisme, c'est assurer la sécurité de nos citoyens et la stabilité de nos sociétés. Les organisations internationales, et en particulier l'ONU, devraient en faire un enjeu prioritaire. Dans ce domaine, face aux lenteurs de toutes sortes, nous serons du côté de l'initiative et de l'ambition. Pour éradiquer ce fléau, les autorités policières et judiciaires de tous les pays doivent, dans les jours qui viennent, redoubler d'efforts. Le droit international permet de poursuivre les auteurs, les commanditaires et les complices, partout où ils se trouvent. Il est inacceptable que des pays tolèrent des agissements terroristes sur leur territoire.
Ces événements tragiques exigent de nous des décisions sur le rôle que l'Union européenne doit jouer pour répondre à ce défi:
* L'UE est appelée à s'engager davantage et sans relâche dans les affaires du monde pour défendre la justice et la démocratie, ainsi que l'intégration de tous les pays dans un système mondial de sécurité et de prospérité, et pour contribuer à l'émergence d'un mouvement antiterroriste fort et durable au niveau mondial.
* Nous continuerons à développer la Politique étrangère et de sécurité commune pour que l'Union puisse vraiment parler d'une voix forte et unie.
* Nous rendons opérationnelle la Politique européenne de sécurité et de défense au plus vite. Dans la lutte contre le terrorisme, nous développerons nos efforts en matière de renseignements.
*L'UE accélèrera la mise en oeuvre d'un véritable espace judiciaire européen commun, ce qui implique entre autres la création d'un mandat européen d'arrestation et d'extradition, conformément aux conclusions de Tampere, et la reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires et des jugements.
Nos citoyens ne se laisseront pas intimider. Nos sociétés continueront à fonctionner. Mais aujourd'hui nos pensées vont vers les victimes, leurs familles et le peuple américain".
Cour de Justice: message de M. Rodriguez Iglesias à M. Rehnquist
A Luxembourg, les drapeaux de la Cour de Justice des Communautés européennes ont été mis en berne, et le resteront jusqu'à la fin de la semaine. Par ailleurs, le Président de la Cour, Gil Carlos Rodriguez Iglesias, a adressé au Chief Justice de la Cour suprême des Etats-Unis, William H.Rehnquist, un message de sympathie et de solidarité dans lequel il souligne que, attachée, comme la Cour suprême, à la défenses des droits fondamentaux, la Cour de Justice des Communautés est profondément inquiète des menaces que des atrocités comme celles qui ont frappé les Etats-Unis représentent pour les fondements mêmes des sociétés démocratiques.
M. Verheugen: les attentats ont renforcé la cohésion européenne
Le Commissaire européen en charge de l'élargissement, Günter Verheugen, a déclaré pour sa part, lors d'une journée d'études de la Fédération des entreprises de Belgique, que les attentats ont finalement obtenu un renforcement de la cohésion européenne. Nous partageons les mêmes valeurs de liberté et de tolérance, et l'élargissement de l'Union est la meilleure garantie de stabilité en Europe, a-t-il dit en substance. Et Annemie Neyts, pour la Présidence belge du Conseil de l'UE, a estimé que, après les attentats du 11 septembre, les arguments politiques qui plaident pour l'élargissement de l'Union seront mieux compris par les gens, car l'idée selon laquelle l'Europe apporte paix et stabilité retrouve pleinement son sens.
Message de M. Lamy à M. Zoellick
Peu avant de quitter le Vietnam, où il a coupé court à sa visite en Asie du Sud-Est, le Commissaire Pascal Lamy a adressé un message de "sympathie, de condoléances et de solidarité aux familles des victimes" des évènements "tragiques" de mardi dernier, ainsi qu'un message personnel à son "homologue et ami Robert Zoellick". "L'heure est à la réflexion", a-t-il dit. "Ce n'est pas le moment de parler dollars et cents. C'est de vie et de mort qu'il s'agit et il n'y a rien de plus important que ça", a-t-il répondu à un journaliste qui s'enquérait de l'impact de ces événements sur les marchés financiers. "Si l'intention des auteurs de cet acte barbare est de pousser le monde à s'arrêter, je ne pense pas que nous devrions leur donner cette satisfaction", a-t-il ajouté. Le Commissaire s'est aussi associé à une déclaration commune des Ministres européens et asiatiques de l'Economie, "condamnant fermement" ces attaques et soulignant "la nécessité de renforcer la coopération internationale pour combattre le terrorisme à travers le monde".
PE: Imelda Read rappelle les mots de Jefferson et Monnet
La travailliste britannique Imelda Read, présidente de la Délégation PE/Congrès des Etats-Unis, a exprimé encore une fois la solidarité du PE envers les collègues américains (voir EUROPE d'hier, p.5). Elle l'a fait en rappelant les mots du Président Jefferson, qui disait avoir juré devant Dieu son "hostilité éternelle contre toute forme de tyrannie sur la pensée humaine", et ceux de Jean Monnet, qui affirmait que, pour organiser "l'action collective de nos civilisations", il était nécessaire d'unir, dans une action collective, l'Europe et l'Amérique, qui partagent la même civilisation.