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Bulletin Quotidien Europe N° 8044
JOURNEE POLITIQUE / (eu)ue/gymnich/macedoine

Consensus sur le maintien de troupes européennes sous l'égide de l'Otan avec mandat de l'Onu - observateurs et aide financière

Genval, 10/09/2001 (Agence Europe) - La diplomatie européenne devait être lancée tous azimuts lundi matin pour persuader les Macédoniens, l'OTAN et le Conseil de sécurité de l'ONU d'accepter qu'après la fin de la mission "Moisson essentielle", le 26 septembre, des forces de l'Alliance et de pays partenaires (pays scandinaves, et peut-être Russie et Ukraine) restent en Macédoine, et obtiennent pour cela un mandat des Nations Unies. Sur cette position, "l'option considérée comme la plus réaliste" par les ministres des Affaires étrangères des Quinze réunis à Genval, les discussions se poursuivront aussi entre Etats membres, parce que plusieurs questions ne sont pas définitivement réglées (définition précise du rôle de cette force, recours à l'ONU...). Javier Solana devait parler au téléphone lundi au président macédonien Boris Trajkovski pour tenter de le persuader du bien-fondé de cette position, alors que ce dernier, contrairement aux Albanais de Macédoine, est opposé à ce que l'OTAN reste dans son pays. Si chacun à Genval insistait sur le fait qu'une force militaire devait évidemment être acceptée, et même demandée par la Macédoine elle-même, on estimait que Skopje ne pourrait pas refuser une telle présence. "Nous n'avons pas besoin que l'OTAN reste pour garantir la paix. Les forces de sécurité macédoniennes seront le seul garant de la paix, et les Albanais de souche doivent le comprendre", avait déclaré samedi M. Trajkovski.

A Genval, tous étaient d'accord sur la nécessité de maintenir une présence de l'UE, mais aussi sur l'impossibilité de suivre la proposition de l'émissaire européen François Léotard d'envoyer des troupes européennes, puisque la future force européenne n'est pas encore opérationnelle. Tous ont aussi donné leur accord de principe pour augmenter le nombre d'observateurs civils, qui devraient passer de 29 à 58, et pour maintenir un Représentant spécial de l'UE. "Nous ne pouvions pas partir, purement et simplement, après la mission de l'OTAN et celle de Léotard. Nous savions bien qu'on ne s'engageait pas en Macédoine pour trois semaines. Si la défense européenne était opérationnelle aujourd'hui, ce serait très bien, mais comme ce n'est pas le cas, c'est plus facile d'utiliser le cadre de l'OTAN, avec une résolution des Nations Unies", a ainsi déclaré Hubert Védrine. Il faut avant tout "éviter le vide sécuritaire", a déclaré M. Michel.

Après de longues discussions, les Quinze ont fini par se rallier à la proposition faite par l'Allemagne de faire appel à l'OTAN et à quelques autres pays, sous mandat des Nations Unies. Le Royaume-Uni estime que le fait de chercher un mandat de l'ONU "complique les choses encore davantage". "Nous ne sommes pas contre, c'est juste très compliqué, et cela prend du temps", estime une source britannique. L'Espagne et les Pays-Bas auraient aussi partagé cet avis, mais la très grande majorité des Etats membres ont insisté pour suivre la position allemande. Le délai est en effet court - jusqu'au 26 septembre - mais on assure de source diplomatique que "puisqu'il y a des troupes sur place, il n'y a pas de problème de délai opérationnel, c'est une question politique". Josckha Fischer avait présenté un texte dans lequel il estimait qu'une présence militaire restera nécessaire après la fin de "Moisson essentielle", mais qu'elle "ne doit en aucun cas servir à tracer une ligne entre les groupes ethniques (risque de division)". Selon lui, les principaux problèmes de sécurité seront "le retour des forces armées macédoniennes dans les régions albanaises, le retour des réfugiés, la protection des observateurs". La présence militaire devra être plus réduite que la mission "Moisson essentielle", dotée de 4.500 hommes, et "d'une durée limitée". Une des questions à régler est celle du mandat de cette force: doit-elle se borner à protéger les observateurs civils ou doit-elle avoir une mission plus large? En tout cas, la simple présence de cette force sera une source de stabilité, disait-on dans l'entourage de M. Michel.

"Le militaire n'est pas tout, nous perdrons toute crédibilité si l'aide n'arrive pas"

A Genval, tous ont insisté sur le fait qu'avant d'être militaire, la présence de l'UE était politique et économique, tout en restant subordonnée à la poursuite des réformes et des efforts de paix. "Le militaire n'est pas tout", avertit la Commission européenne, pour qui l'UE "perdra toute crédibilité si l'aide n'arrive pas, alors que nous devons faire tous les effort possibles pour persuader les Macédoniens qui, dans leur grande majorité, ne croient pas dans cet accord dont ils pensent qu'il leur a été imposé par la communauté internationale". Lors de la conférence de presse finale, le Commissaire Patten a rappelé l'aide promise par l'UE (42 millions d'euros pour la reconstruction et le développement, auxquels devraient s'ajouter 30 millions; au moins 2,5 millions par le mécanisme de réaction rapide, 4 à 5 millions d'Echo; une probable aide macrofinancière de 50 millions) et la tenue d'une Conférence des donateurs pour la Macédoine le 15 octobre. Dans son document sur la Macédoine, l'Allemagne évalue les besoins à 250 millions d'euros pour les années à venir (mais du côté de la Commission on estime que cela ne se base sur aucune étude). "Toute assistance économique qui n'est pas humanitaire reste subordonnée aux progrès dans le règlement politique de la crise", a souligné M. Michel, en insistant sur "la nécessité de maintenir la pression pour que les parties respectent le parallélisme prévu par l'accord entre le désarmement et les réformes constitutionnelles". L'idée d'une conférence régionale est aussi évoquée. Enfin, "les Etats membres ont renouvelé leurs encouragements aux parties (c'est-à-dire la Macédoine/Arym et la Grèce) pour trouver un accord sur le nom de l'Ancienne république yougoslave de Macédoine".

Qui doit faire quoi en Macédoine: texte de Javier Solana

Javier Solana avait aussi soumis aux Quinze, comme base de discussions, un texte qui retrace les grandes lignes de l'Accord-cadre signé le 13 août par les parties et explicite sa vision de la répartition des rôles en Macédoine, hors présence militaire. Pour lui, il faut rappeler que « la responsabilité première de le mise en œuvre (de l'accord) doit relever des autorités macédoniennes. Un engagement fort de la communauté internationale est nécessaire pour (…) maintenir le processus sur la bonne voie, mais pas pour prendre la main. Le scénario de la Bosnie-Herzégovine doit être évité ». L'UE a un rôle de coordination général des efforts de la communauté internationale, mais ce rôle changera selon les sujets, « le Secrétaire général/Haut représentant continuera à diriger la coordination générale pour les questions politiques », c'est-à-dire le suivi du processus de paix et de réforme, les contacts avec les partis... Depuis Bruxelles et en coopération avec la Commission, M. Solana assurera le suivi, les contacts, et avertira le Conseil de toute évolution. « Un engagement fort de la Commission sera essentiel » pour l'assistance, la reconstruction et l'aide humanitaire », et la mise en œuvre de l'Accord de stabilisation et d'association. Pour la reconstruction, la Commission travaillera avec la Banque mondiale. Par ailleurs, l'UE aura « toujours besoin » d'un Représentant spécial à Skopje parce que « la coordination sur le terrain est essentielle ». L'ONU serait chargée du retour des réfugiés et de l'aide humanitaire, avec le soutien de l'Office européen d'aide humanitaire (il faudrait au plus vite discuter des retours des réfugiés, démarrer vite le déminage de Tetovo…). L'OSCE et les Etats-Unis seraient chargés de la sélection et de l'entraînement des 100 premiers officiers de police albanais, mais l'UE pourrait y contribuer. La Commission et le Conseil de l'Europe aideraient à la rédaction des projets de loi sur les collectivités locales et sur les finances locales, ainsi qu'au suivi de recensement et des élections, avec l'OSCE. L'observation et la sécurité seront du ressort des observateurs européens (EUMM) et de ceux de l'OSCE.

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