Bruxelles, 10/09/2001 (Agence Europe) - A la veille de son départ pour une mission humanitaire au Pakistan et en Afghanistan (voir EUROPE du 7 septembre, p.7), Poul Nielson, Commissaire européen à la politique de développement et l'aide humanitaire, a dressé devant la presse un bilan positif des activités d'Echo (Office humanitaire de la Communauté) au cours de l'année 2000, bilan marqué par l'accélération des interventions et le déboursement effectif des dépenses engagées. La publication du rapport annuel d'Echo a fourni l'occasion de ce constat. Intitulé « Crises humanitaires loin du projecteur », ce rapport « traduit la volonté de la Commission d'améliorer l'efficacité de l'aide aux populations les plus démunies et se concentre sur les crises oubliées, mais pas par nous », a précisé Poul Nielson en rappelant que la prise en compte des seuls besoins humanitaires, indépendamment de considérations politiques, gouverne l'action d'Echo, « que les caméras soient là ou non ».
Le rapport 2000 recense les événements clés qui ont jalonné l'année et motivé les interventions de la Communauté en faveur des populations victimes de catastrophes naturelles, comme au Mozambique, en Asie du Sud-Est et dans la Corne de l'Afrique ou de conflits armés comme en Tchétchénie, en Afghanistan, en Colombie et dans plusieurs régions d'Afrique, il souligne les progrès réalisés par Echo pour accélérer les financements dans les situations d'urgence et prend la mesure des défis qui restent à relever. Ainsi donc, l'an dernier, Echo a financé des opérations humanitaires à concurrence de 492 millions d'euros dans plus de 65 pays, au profit de 18 millions de personnes. Les pays africains ont été les principaux bénéficiaires. Près de 1000 contrats ont été signés.
Le budget d'Echo pour 2001 s'élève à 500 millions d'euros. 450 millions ont déjà été engagés et 593 contrats d'ores et déjà signés. Voici la répartition des fonds alloués à la date du 31 août 2001: pays ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique): 171,3 millions d'euros (35%); Balkans occidentaux: 80,1 Meuros (18%); Asie: 63,9 Meuros (14%); Moyen-Orient et Afrique du Nord: 50,4 Meuros (11%); Nouveaux Etats indépendants issus de l'ex-Union soviétique: 35,4% (8%); Amérique latine: 31,1 Meuros (7%); autres dépenses (experts, etc.): 18,3 Meuros (4%).
Pour Poul Nielson, ces chiffres sont la preuve que « Echo travaille, fonctionne et fonctionne bien. Les performances 2000 sont bonnes en termes de rapidité d'intervention et de dépense des crédits sur une base annuelle ». Pour ne prendre que quelques exemples, le Commissaire a cité l'intervention d'Echo en Tanzanie, pays qui a reçu 27 millions d'euros en 2000 et 32 millions en 2001, et représente l'engagement le plus important d'Echo en Afrique, au profit d'un pays accueillant plus de 500 réfugiés du Burundi et de la RDC, « sans faire la Une de l'actualité ». En versant 14 millions d'euros en 2000 et 15 Meuros en 2001 aux 160 000 réfugiés sahraouis en Algérie, « la Commission est l'un des quelques rares donateurs pour l'une des crises les plus oubliées », a ajouté le Commissaire. Evoquant l'intervention d'Echo au Tadjiskistan (15 millions d'euros en 2000 et 12 millions en 2001), pays victime de la famine consécutive à la sécheresse, il a rappelé que pour « sauver des vies, soulager la misère », l'aide empruntait souvent les voies les plus modestes: fourniture d'abris temporaires, d'ustensiles de cuisine, de vêtements chauds, de suppléments alimentaires.
Dépenser les crédits est un devoir vis-à-vis des bénéficiaires et des contribuables, a déclaré le Commissaire en saluant les progrès qu'a permis la nouvelle procédure d'intervention urgente adoptée en juin 2001 pour permettre de réagir dans les 48 heures à des crises soudaines par des opérations de secours initial jusqu'à concurrence de 3 millions d'euros. Cette procédure a pu être immédiatement testée avec succès lors du tremblement de terre au Sud Pérou et en début d'année aux séismes en El Salvador et en Inde. Les efforts consentis pour améliorer les capacités opérationnelles d'Echo et la coordination avec les autres donateurs dans le cadre de la réforme des services de l'aide extérieure à la Commission vont dans le bon sens, a estimé Poul Nielson. « Nous sommes parvenus à une situation où Echo fonctionne comme doit le faire tout fournisseur d'aide. Je suis très heureux de cette amélioration notable en deux ans », a-t-il déclaré.
Tout n'est pas rose pour autant. L'augmentation des risques menaçant les travailleurs humanitaires et les difficultés d'accès aux victimes, le nombre croissant de crises persistantes créées par l'homme et l'extrême violence de phénomènes climatiques dont les causes sont imputables en partie à l'activité humaine demeurent, selon lui, des sources de préoccupations majeures pour Echo et soulignent la nécessité d'agir sur les causes profondes des crises que l'aide humanitaire ne peut que soulager.
Le problème de la sécurité des travailleurs humanitaires en Afghanistan sera sans doute abordé
avec les talibans, mais ne constitue pas l'objet de la mission
Annonçant sa mission en Afghanistan où il sera dès mercredi (après une visite au Pakistan: voir EUROPE du 7 septembre, p.7), Poul Nielson a regretté que la crise afghane ne suscite de flambées d'intérêt que de loin en loin, lors de la destruction de statues ou de l'arrestation de personnel humanitaire par les talibans, « alors que la population réfugiée afghane est l'une des plus importantes au monde, après les réfugiés issus du conflit au Proche-Orient ». Au million de personnes déplacées s'ajoutent les populations menacées de famine, victimes de la sécheresse qui sévit depuis trois années consécutives. Echo est actif dans ce pays depuis le début des années 90, et les financements ont été considérablement augmentés en 2001 avec un engagement de 23 millions d'euros, ce qui porte le total à 426 millions d'euros (aide alimentaire d'urgence, projets de rapatriement et de réinsertion des réfugiés afghans revenus d'Iran et du Pakistan, aide aux personnes déplacées à l'intérieur de l'Iran), a souligné le Commissaire. « L'objectif de ma mission est de visiter des projets humanitaires financés par Echo et mis en œuvre par 25 ONG partenaires actives sur le terrain », a expliqué Poul Nielson. L'évaluation de la pertinence et de l'efficacité des projets, des conditions de vie des victimes et des conditions de travail des travailleurs humanitaires ainsi que la rencontre avec les représentants des talibans et de la Ligue du Nord, «pour insister sur le respect des principes du droit humanitaire international et pour prouver aux deux parties au conflit que la Commission est impartiale dans l'octroi d'aide humanitaire », sont les objectifs qu'il s'est assignés. Par principes humanitaires, il faut entendre « l'accès sûr et sans entraves du personnel humanitaire aux populations en détresse », a-t-il précisé.
A un journaliste qui lui demandait s'il envisageait d'annuler sa mission qui sera jalonnée par le verdict du procès en cours du personnel humanitaire arrêté par les talibans, Poul Nielson a répondu: «Il vaut mieux effectuer la mission et faire passer un message. Il ne faut pas laisser tomber les 25 ONG que nous finançons. Cette période délicate (NDLR: le procès) n'est pas représentative de l'activité générale des ONG. Celles-ci travaillent tant dans la partie aux mains des talibans qu'ailleurs dans le pays. Taper du poing sur la table serait malencontreux ». Invité à préciser s'il allait aborder le sujet avec les talibans, Poul Nielson a répondu: « C'est inévitable, mais je ne vais pas en Afghanistan à cette seule fin. Les trois ONG visées par les talibans ne sont pas nos ONG. Il faut rester prudent, peser les risques ». C'est l'objet du dialogue permanent qu'entretient la Commission avec ses partenaires sur le terrain, a-t-il précisé. Et d'ajouter: « Il est important d'aller sur place pour la crédibilité de notre aide ».