Bruxelles/Genève, 01/08/2001 (Agence Europe) - Le Directeur général de l'Organisation mondiale du Commerce a sonné le tocsin en début de semaine à Genève, où les ambassadeurs des 142 pays membres étaient réunis, en session informelle, pour jauger leurs chances de réussir le lancement d'un nouveau cycle, dès l'automne prochain à Doha. Selon Mike Moore, à moins d'entamer "immédiatement" de vraies négociations sur l'agenda, avec les échanges de concessions et les choix politiques que cela implique, ce sera l'échec - le second après la rupture de Seattle-, qui "conduirait beaucoup de personnes à remettre en cause la valeur de l'OMC comme forum de négociations", laisserait l'économie mondiale à bout de souffle et pousserait de nombreux pays en développement à la marge du système. L'optimisme gagne cependant les Américains, et plus encore les Européens, qui parlent aujourd'hui de "convergence autour d'un agenda de négociation large et substantiel". "La situation est fragile et sans générosité, bonnes manières et bonne volonté, le processus pourrait imploser et devenir ingérable", a averti M. Moore, estimant que "le moment de vérité est arrivé", pour sortir des positions retranchées et se rapprocher. Un nouveau cycle est, selon lui, la seule manière de "s'assurer que le système de règles incarné par l'OMC réponde à la réalité économique" et "de soutenir le mouvement des négociations sur l'agriculture et les services", qui sont dénuées de toute échéance. Certes, a-t-il concédé à la Tanzanie - porte-parole des pays les moins avancés qui craignent de se laisser à nouveau piéger par de vaines promesses occidentales - les règles existantes sont parfois inéquitables. Mais, a-t-il dit, "seule la négociation peut en venir à bout", et la refuser "signifie l'acceptation du statu quo que représente le compromis d'hier". La mise en œuvre des accords issus du précédent cycle dit d'Uruguay est un véritable noeud dans les préparatifs. Ces accords posent une série de problèmes au monde en développement, d'ordre technique et pécuniaire, et le sentiment de s'être laissés entraîner dans un schéma qui fait la part belle aux pays les plus riches (allant de l'arsenal antidumping dont leurs produits sont fréquemment la cible, jusqu'aux mesures sanitaires et phytosanitaires en passant par le Code antisubventions). Selon des sources proches des pourparlers, "beaucoup de pays en développement" suivent encore l'Inde, le Pakistan, la Malaisie et l'Egypte dans leur revendication de solutions à ces problèmes comme préalable à leur participation à un cycle, auquel ils ne disent cependant pas "non". Ce groupe de pays, tenté par une négociation limitée à l'accès au marché, ne semble guère convaincu à ce stade de l'intérêt de traiter des nouveaux sujets que l'Union a fait émerger dans les pourparlers, d'autant que l'accès au marché des produits agricoles - leur second cheval de bataille - et des services fait déjà l'objet de négociations sectorielles. La méfiance reste particulièrement forte à l'égard des visées, européennes notamment, sur l'environnement et la sécurité des aliments, qu'ils soupçonnent encore de protectionnisme déguisé malgré tous les efforts de clarification déployés par l'Union. En outre, la plupart des pvd n'en démordent pas: l'antidumping doit être mis sur la table de négociations.
La tendance est tout de même à l'optimisme à Bruxelles, comme à Washington. "Nous pouvons réussir à trouver une formule qui soit attrayante pour chacun, y compris les plus sceptiques", a estimé Peter Allgeier, le Représentant adjoint des Etats-Unis pour le Commerce. Le Directeur général pour le Commerce à la Commission européenne, Mogens Peter Carl, a dégagé des déclarations des uns et des autres, le sentiment que "un grand nombre de membres ont la volonté de parvenir à un consensus sur un agenda pour Doha qui soit suffisamment large et substantiel pour nous séduire tous". Selon lui, "le train est clairement en marche". Quelles sont les raisons de cette confiance ? "De nombreux participants ont formulé le voeu d'avoir un nouveau cycle commercial et ont appuyé ou se sont dits ouverts à un vaste agenda couvrant tant la libéralisation que l'élaboration des règles", a souligné M. Carl en évoquant aussi le soutien, parmi les pays développés et en développement et auprès de différents groupes régionaux, "pour traiter, entre autres, l'investissement et la concurrence dans un Round, à condition que des problèmes particuliers liés à ces questions soient réglés et que l'équilibre global de l'agenda soit le bon". Le fait que les Etats-Unis ont, pour la première fois, affiché publiquement leur intérêt pour ces deux nouveaux sujets est particulièrement confortant, soulignait-on à Bruxelles, en citant aussi le soutien du Brésil et des autres pays d'Amérique latine. Les Européens sont aussi rassurés d'avoir pu convaincre Washington de la nécessité d'aller à la rencontre des pvd sur la question de mise en oeuvre, a-t-on précisé de même source, en estimant que "l'agenda sera destiné à aider ces pays". Il reste encore du temps, a concédé M. Moore, et les ministres d'une vingtaine de pays qui sont parmi les principaux acteurs du système devraient se retrouver à Mexico (à une date à déterminer, mais en tout cas avant le prochain rendez-vous des 142 à Genève, en septembre).