Strasbourg, 04/07/2001 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté mardi une longue résolution sur le Sommet de Göteborg, dans laquelle il se prononce sur les questions suivantes:
1. Traité de Nice/avenir de l'Europe. Le PE prie le Conseil européen d'admettre que la méthode non transparente utilisée pour la révision du traité a directement contribué au verdict négatif du peuple irlandais sur le Traité de Nice, et espère que le gouvernement irlandais respectera les délais de ratification du traité. En outre, il exige qu'une Convention dûment constituée soit instituée par le Conseil européen de Laeken.
2. Développement durable. Le PE: - se félicite de l'accord sur les principes généraux, mais déplore l'absence de décisions sur des mesures concrètes, mesures (et objectifs chiffrés) que la Présidence belge devra préciser à Laeken, à temps pour le Conseil européen de Barcelone, en 2002. - souligne qu'il est nécessaire et urgent de réviser la politique agricole et la politique de la pêche dans l'optique du développement durable, en respectant un calendrier précis.
3. Suivi du Conseil européen de StockholM. Le PE: - se félicite de la poursuite des négociations sur le paquet fiscal, en demandant que l'on fixe un délai pour la conclusion d'un accord définitif sur l'ensemble de ce paquet, et en insistant sur l'accélération des négociations avec les pays tiers; - demande au Conseil d'accélerer l'adoption formelle de la position commune sur la directive concernant l'information et la consultation des travailleurs dans l'UE, en prévoyant des sanctions en cas de non-respect.
4. Relations transatlantiques. Le PE: - manifeste sa déception pour la "position unilatérale et non coopérative" des Etats-Unis concernant le Protocole de Kyoto; - espère que la définition par l'UE et les Etats-Unis de cinq thèmes stratégiques, portant aussi bien sur les défis relatifs à la sécurité que sur le développement économique et sur un système commercial multilatéral, entraînera plus de cohérence et de convergence dans les relations transatlantiques.
5. Relations extérieures. Le PE demande: - en ce qui concerne la politique de sécurité et de défense, que des efforts supplémentaires soient déployés pour parvenir à un accord autorisant l'accès permanent de l'Union aux moyens et capacités de l'OTAN; - pour le Moyen-Orient, que Javier Solana prépare un plan général pour la région, en vue de contribuer, une fois la crise passée, au retour de la confiance et de la coopération. Le PE renouvelle aussi son appel en faveur du déploiement d'une mission internationale d'observation dans les territoires occupés; - concernant l'ARYM, que MM. Solana et Léotard mènent une action diplomatique en vue d'obtenir un accord entre le gouvernement de l'ARYM et la minorité albanaise. En outre (amendement des Verts), il soutient la détermination du Conseil de lier les aides financières ultérieures à la Macédoine à des progrès tangibles dans les négociations entre les parties.
Quant aux manifestations violentes qui ont lieu pendant le Sommet de Göteborg, le PE estime que ce comportement est totalement inacceptable dans une société démocratique, tout en insistant sur l'importance de la liberté de manifester pacifiquement. La plénière a rejeté un amendement de M. Fiori (Forza Italia, au nom du PPE/DE) qui demande à l'UE et à ses Etats membres de coordonner l'action des services de sécurité nationaux afin qu'ils échangent des informations sur les émeutiers, leurs organisations et les modes de financement de ces dernières, en vue d'interdire aux "perturbateurs avérés" de se rendre aux sommets à l'étranger.
Göteborg a clairement indiqué que le processus d'élargissement est irréversible, à la satisfaction de M. Berthu (rassemblement pour la France) qui a estimé pendant le débat qu'il fallait dire tout aussi clairement que l'élargissement n'est pas lié à la ratification du traité de Nice. Nous voulons accueillir les pays candidats dans une Europe démocratique, et c'est pour cela que nous approuvons le choix "lucide et courageux" des Irlandais, a dit M. Berthu. Un choix qui n'est pas partagé par M. Cushnahan (PPE/DE, irlandais), qui a mis en garde contre le fort élément eurosceptique au sein du gouvernement irlandais, en citant nommément le ministre des Finances. Les manifestations de Göteborg peuvent servir de leçons à des gouvernements trop réticents face à des conceptions de l'Europe qui s'éloignent des leurs, a estimé le radical italien Dell'Alba, qui a tenu par ailleurs à féliciter la Présidence suédoise pour la position commune qu'elle a fait adopter sur le Tribunal pénal international. M. Rutelli (groupe libéral, italien) a invité quant à lui le Parlement à être plus fier de lui-même: nous sommes le premier exemple de parlement supranational, qui continue à grandir, et c'est ce rôle que nous devons développer dans le cadre de la réflexion sur l'avenir de l'Europe, a-t-il affirmé. Pour M. Lamassoure (UDF, français), deux décisions contradictoires ont été prises à Göteborg: le calendrier de l'élargissement a été confirmé mais, en même temps, on a décidé d'ignorer les conséquences du "non" irlandais au traité de Nice. Ceci crée une grande incertitude sur la suite: il faudra attendre le résultat des élections irlandaises (l'année prochaine), et les nouveaux dirigeants devront trouver des arguments pour convaincre leur peuple. Ainsi, au lieu d'un "sésame", le traité de Nice est un "verrou", fermé par les Irlandais. On a eu tort de choisir l'approche "business as usual" après le référendum irlandais, a confirmé le conservateur britannique M. McMillan-Scott qui, en ce qui concerne l'avenir de l'Europe, se prononce non pas pour une Convention", mais pour une "conférence parlementaire" (avec des membres des parlements nationaux et du Parlement européen) qui préparerait le terrain pour la prochaine Conférence intergouvernementale. Tout en saluant un certain nombre de remarquables succès de la Présidence suédoise, le travailliste britannique Corbett a remarqué que le début de chaque présidence est entouré d'une attente souvent excessive, alors que chaque présidence doit travailler avec un ordre du jour dont elle a hérité, pendant une période finalement très courte.
En clôturant le débat, M. Persson a tenu à répliquer à la polémique sur les responsables des violences à Göteborg (voir EUROPE d'hier, p.8): si ces derniers s'appellent anti-fascistes, leur attitude vis-à-vis de la politique et leurs méthodes sont, a-t-il affirmé, celles du fascisme.