Bruxelles, 04/07/2001 (Agence Europe) - La visite que le Commissaire européen Pascal Lamy a effectuée au Maroc du 28 juin au 1er juillet avait pour but de « consolider une relation économique et commerciale exemplaire sur le papier mais qui reste encore très limitée », a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec le patronat à Casablanca. M. Lamy a renvoyé aux chiffres « un peu décevants » de l'investissement, aux progrès nécessaires pour permettre un cumul d'origine « paneuroméditerranéen » au profit de secteurs où la spécialisation internationale des activités devient incontournable (comme celui des textiles), et au « gisement de développement potentiel important » que constitue le secteur des services, encore jalonné d'obstacles qui freinent les échanges. Mais, selon lui, les leviers de la relation euro-marocaine sont déjà là: l'accord d'association que « nous devons exploiter à fond », le processus régional Euromed dont le volet commercial, encore « virtuel », a récemment reçu un nouvel élan, l'intégration du Sud amorcée par la « belle idée » d'une zone de libre-échange à quatre et le cadre institutionnel de l'OMC où le « Maroc veut jouer un rôle d'intermédiaire actif entre le monde développé et en développement avec une attention particulière aux pays africains ». M. Lamy, qui s'est aussi entretenu avec les membres du gouvernement, des parlementaires des représentants de l'industrie textile, des milieux d'affaires, du monde académique et de la société civile, s'est employé à démontrer que « l'Europe qui s'unit et le Maroc qui se développe ont un projet commun qui est de consolider l'espace économique et culturel qu'ils partagent ». Néanmoins, leur intégration « n'est pas aussi riche qu'elle devrait être » comme le démontrent les limites des flux économiques actuels, a-t-il aussi insisté. Et de rappeler: le Maroc reçoit moins de 1% des investissements européens, alors qu'il réalise les deux tiers de son commerce extérieur avec l'Europe , et «nos échanges progressent en volume certes, mais moins vite que le commerce mondial ». Alors que faire ? La réponse de Pascal Lamy est « sans ambiguïté »:
1. « Exploiter à fond les possibilités qui nous sont offertes par l'accord d'association », dont la « première vertu » est de procurer une prévisibilité « essentielle » pour les choix des opérateurs économiques. Il peut être aussi « un support utile pour guider et accompagner le processus de réforme structurelle dans lequel le Maroc (…) a encore du chemin à parcourir », a-t-il ajouté, en indiquant que le patronat lui a fait part « de rigidités persistantes dans les règles d'investissement, d'accès à la propriété foncière ou de l'adaptation encore insuffisante du secteur financier aux besoins des PME ». L'accord offre en outre un cadre pour « anticiper les problèmes, étudier ensemble la manière d'en limiter l'impact et de faciliter la mise en conformité de la production marocaine avec des exigences nouvelles » de l'Union, et représente plus généralement « un véritable ticket d'entrée dans une mondialisation maîtrisée ». Quant au désaccord persistant sur la pêche, M. Lamy n'en a officiellement pas parlé, l'idée étant d'en minimiser l'impact sur une relation «par ailleurs très riche ». « Le Maroc partage le même souci de durabilité que nous et il faut du temps pour reconstituer les stocks halieutiques », a-t-on précisé à la Commission.
2. Une plus grande intégration Nord-Sud et Sud-Sud, un domaine où le « Maroc avance en éclaireur », notamment en s'efforçant de « donner corps au projet de ZLE à quatre » avec la Tunisie, l'Egypte et la Jordanie. Les Européens "sont à votre disposition pour vous apporter l'assistance technique" que vous souhaiterez et la Commission sera « heureuse d'être « associée à la première réunion de travail des quatre », a-t-il indiqué en réponse à l'invitation de Rabat. L'intégration Nord-Sud et Sud-Sud est encore « insuffisante », a-t-il dit en regrettant que « les investissements étrangers ne représentent que 8% de l'investissement total dans les pays méditerranéens » et que les échanges entre ces pays se situent « à moins de 5% de leur commerce extérieur total ». Dans le cadre d'Euromed, deux défis se présentent dans l'immédiat pour « dépasser les belles paroles et les accords commerciaux virtuels »: - harmoniser les règles d'origine sur une base régionale (huit différents régimes de cumuls existent actuellement pour les pays méditerranéens), l'objectif de M. Lamy étant « de mettre rapidement en place un système de cumul paneuroméditerranéen permettant une circulation harmonieuse des intrants et des produits finis entre l'UE, la rive sud de la Méditerranée, les Pays d'Europe centrale et orientale et les pays de l'AELE » ; - identifier les obstacles qui freinent le développement des échanges de services, un secteur où « les cartes à jouer sont nombreuses » pour le Maroc, y compris le tourisme, les télécoms et les services financiers « pour lesquels la qualité des réseaux et le niveau de formation des cadres peuvent (lui) permettre de jouer un rôle régional significatif ».
3. promouvoir, dans le cadre d'un nouveau cycle de négociations multilatérales, « l'approche d'ouverture organisée et orientée vers le développement » que partagent l'UE et le Maroc, « à juste distance des tenants d'un libéralisme débridé qui écrase les spécificités nationales et ignore les inégalités croissantes, et de ceux qui, au nom d'une conception étroite de la souveraineté, se réfugient derrière l'immobilisme, le marché national et la protection».