Bruxelles, 25/06/2001 (Agence Europe) - La réunion des ministres de la Recherche qui se tient se mardi à Luxembourg permettra aux ministres de tenir un débat d'orientation sur la proposition de 6ème programme-cadre de recherche (PCRD) dont l'examen en première lecture par le Parlement européen n'interviendra qu'à l'automne. Aucune décision n'est attendue à ce stade mais ce tour de table permettra aux ministres de préciser les premières observations qu'ils avaient émises lors de la réunion informelle à Uppsala (voir EUROPE du 5 mars, p.10). La Présidence devrait proposer aux ministres de faire des commentaires sur les priorités thématiques de ce programme, qui doit couvrir la période 2002-2006, mais aussi sur les nouveaux instruments (projets intégrés, réseaux d'excellence, notamment) dont certains avaient suscité des inquiétudes dans quelques Etats membres. Entre-temps, la Commission a approuvé un certain nombre de propositions sur les programmes spécifiques et la mise en oeuvre de la coopération au titre de l'article 169 du traité (voir EUROPE du 31 mai, p.6 et du 1er juin, p.13). Ce débat devrait permettre de mesurer si les informations complémentaires apportées par la Commission ont permis de lever les réticences de certains Etats membres. La dimension budgétaire du programme devrait être évoquée lors du déjeuner. Sur le contenu du projet de 6ème PCRD, voir EUROPE du 21 février, p.6.
Voici les autres points de l'ordre du jour:
Espace européen de la recherche: le Conseil devrait adopter une résolution sur la science et la société et les femmes dans la science qui donne des orientations pour la suite des travaux concernant ces deux questions. Il doit aussi approuver des conclusions sur les infrastructures. Tout en soulignant que «la construction et l'exploitation des infrastructures de recherche incombent au premier chef aux Etats membres», le Conseil devrait reconnaître «la nécessité de procéder à un examen approfondi des questions qui se posent en ce qui concerne les infrastructures de recherche dans le cadre de l'Espace européen de la recherche». A cette fin, il pourrait inviter la Commission, en étroite collaboration avec les Etats membres et en associant le cas échéant les pays candidats et les pays associés aux programmes de recherche, à (1) étudier les meilleurs moyens de fournir des conseils scientifiques indépendants en ce qui concerne la mise en place et l'utilisation d'infrastructures de recherche et de faciliter la coordination et la prise de décision mais aussi à (2) apprécier la nécessité et, le cas échéant, étudier l'établissement de nouveaux mécanismes pour appuyer les politiques liées aux infrastructures de recherche en associant toutes les parties concernées par le processus décisionnel et les questions de financement. EUROPE croit savoir que l'Espagne et le Portugal ont des réserves sur la mention des questions de financement. Rappelons aussi que la référence à une possibilité de financement des infrastructures dans le 6ème PCRD avait suscité une réaction du ministre français lors de la réunion informelle d'Uppsala.
Le Commissaire Philippe Busquin présentera aux ministres les premiers résultats de l'exercice d'étalonnage des performances des politiques nationales de recherche. Ces résultats confirment très clairement le fossé qui sépare l'Union européenne des Etats-Unis et du Japon même si le tableau n'est pas aussi sombre que certains avaient eu tendance à le brosser. Les chercheurs ne représentent que 5,3% de la population active de l'UE contre 8,1% aux Etats-Unis et 9,3% au Japon. En valeur absolue et équivalent plein temps, cela représente environ 850 000 chercheurs pour l'UE et 1,1 million pour les Etats-Unis, soit un écart de 250 000 chercheurs. Mais l'Europe dispose d'un atout important, puisque 32 000 jeunes obtiennent chaque année un doctorat en science et technologie alors qu'ils ne sont que 18 000 aux Etats-Unis, ce qui devrait lui permettre de réduire progressivement cet écart. Le Commissaire soulignera cependant que pour y parvenir des mesures doivent être prises. Celle-ci devraient en particulier contribuer à renforcer l'attrait de la recherche pour les jeunes et inciter au retour les chercheurs qui ont quitté le territoire de l'UE tout en développant un environnement qui permettra de rivaliser avec la politique américaine qui favorise l'accès au territoire des Etats-Unis pour les chercheurs de pays tiers. A l'augmentation du potentiel humain requis par l'industrie s'ajoute en effet le dramatique vieillissement de la population des chercheurs de l'UE, en particulier dans certains grands pays comme la France où 50% des chercheurs actuels partiront en retraite dans les dix prochaines années. Même si la fuite des cerveaux n'est pas aussi dramatique qu'on a pu le dire, ce sont près de 14 000 chercheurs de l'UE qui partent aux Etats-Unis chaque année sur la base du programme de visas temporaires appelé H-1B (3 ans renouvelable une fois). Le taux de retour est certes passé de 45% en 1980 à 55% aujourd'hui, mais l'UE ne perd pas moins de 7000 chercheurs par an. Depuis le début des années 90, les Etats-Unis n'ont pas cessé d'augmenter le quota annuel de visas H-1B, le faisant passer de 60 000 à 195 000 actuellement, et le Commissaire Busquin n'hésite pas à parler d'une «bataille de l'attractivité» dont l'Europe doit impérativement relever le défi. Selon les calculs des services de la Commission, le nombre de nouveaux chercheurs nécessaires pour compenser l'écart avec les Etats-Unis et répondre aux besoins de l'industrie serait de 50 000 par an, ce qui reviendrait à devoir doubler le nombre de doctorants en science et en technologie. D'où la nécessité de favoriser l'arrivée de chercheurs étrangers. «Je ne trouve pas que cette solution d'immigration sélective soit particulièrement morale, mais c'est une nécessité mathématique», a dit le Commissaire à des journalistes. A noter que deux pays de l'UE (la Finlande et la Suède) dépassent les Etats-Unis en nombre de chercheurs par millier d'habitants, mais ces deux Etats membres, avec le Danemark qui les suit dans le peloton de tête de l'UE, sont les seuls à accorder des incitations fiscales pour le recrutement de chercheurs à l'étranger. Ainsi, en Finlande, la loi limite à 35% l'impôt sur le revenu pour les chercheurs étrangers pendant une période de deux ans. C'est aussi ce type d'informations que fournit cet exercice de benchmarking qui devrait avoir un effet d'émulation entre les Etats membres de l'UE.
Même si chaque pays a des forces et des faiblesses, cette volumineuse compilation de chiffres fait apparaître clairement un trio de tête (Suède, Finlande et Danemark) qui dispose du plus grand nombre de doctorants et de chercheurs pour 1000 habitants. La Suède et la Finlande remportent aussi les palmes de l'investissement global dans la recherche (rapporté au PIB), du nombre de brevets par million d'habitants et du nombre de publications scientifiques. Ces deux Etats membres figurent aussi de manière assez systématique parmi ceux qui ont le plus fort taux de croissance pour les mêmes agrégats, mais d'autres pays (Irlande, Portugal et Espagne) enregistrent de bonnes progressions. Les mauvais élèves sont sans conteste l'Italie, la Grèce et, dans une moindre mesure, l'Espagne où 13% des chercheurs sont au chômage.
M. Busquin présentera aussi aux ministres les deux communications de la Commission sur la mobilité (voir EUROPE du 23 juin, p.13) et la dimension internationale de l'Espace européen de la recherche qui a été adoptée lundi (voir nouvelle suivante).
Biotechnologies: le Commissaire Busquin informera les ministres sur les suites données par la Commission à la demande du Conseil européen de Stockholm qui avait souhaité l'élaboration d'une stratégie pour les biotechnologies et les sciences du vivant. Il présentera le programme de travail du groupe de pilotage qui a été constitué à cette fin.
EST: le Commissaire fera le point sur l'inventaire des recherches en matière d'encéphalopathies spongiformes transmissibles (voir EUROPE du 25 avril, p.13).
Culture scientifique et technologique en Europe: le ministre portugais Mariano Gago a demandé l'inscription de ce point à l'ordre du jour pour présenter les résultats d'une conférence qui s'est tenue à Lisbonne et plaider en faveur d'une initiative européenne pour développer l'attrait des sciences et du métier de chercheurs auprès des jeunes.