Cork, 25/06/2001 (Agence Europe) - "Pourquoi avons-nous besoin du Traité de Nice? (...) Le but essentiel de Nice est de nous rendre capables d'accueillir, d'ici quelques années, tous les douze pays qui négocient actuellement leur adhésion" à l'UE, et de permettre "aux institutions de l'Union à 15 Etats membres de continuer à fonctionner efficacement dans une Union élargie qui pourra couvrir 27 pays". C'est ce qu' a dit vendredi, dans un discours prononcé à l'University College de Cork, devant un public essentiellement irlandais, le président de la Commission européenne Romano Prodi, en revenant implicitement sur ses remarques, lancées à travers les pages de The Irish Times selon lesquelles l'élargissement est possible même sans ratification du Traité de Nice (ce qui est techniquement correct: voir EUROPE du 23 juin, p.4).
Dans un article publié dans Le Figaro du 25 juin, M. Prodi affirme: "Le simple fait que j'ai évoqué cette question a donné lieu à des controverses ces jours derniers (...). La position de la Commission en faveur de la ratification du Traité de Nice est bien connue (...) Mais elle ne nous exonère pas de l'obligation d'envisager toutes les éventualités, sachant notamment que la ratification par l'Irlande ne peut plus être considérée comme acquise. Il se trouve des juristes - à l'opinion desquels j'en ai référé - pour dire que l'élargissement est possible sans Traité de Nice. Toutefois, la question véritable est politique et, en tant qu'homme politique, je me dois de mettre en garde contre toute tentation de croire que l'élargissement pourrait se dérouler comme prévu en cas d'échec de Nice. Ce serait là une grave erreur".
En regrettant le rejet du traité par les Irlandais, M. Prodi a affirmé que Nice ne porte pas sur "des questions comme l'avortement ou le divorce", "de nouvelles alliances militaires ou le service militaire obligatoire", ou sur l'opposition d'intérêts entre plus grands et plus petits Etats membres". Les réformes introduites dans le traité vont-elles "réduire le rôle des plus petits Etats membres ? La réponse est NON (...) Les plus petits Etats continueront à avoir une voix relativement plus importante sur les questions de l'Union que ce que justifierait leur population", s'est écrié M. Prodi, en assurant en particulier que "l'Irlande sera traitée exactement comme chaque autre Etat membre dans le processus de nomination d'un Commissaire européen". Quant à la création de la Force de réaction rapide de l'UE, nous l'avons voulue parce que "voulons, à l'avenir, pouvoir réagir rapidement lorsque nous sommes confrontés à des scènes déchirantes comme celles des Balkans il y a quelques années". "Nous avons trop longtemps compté sur l'aide et la bonne volonté des Américains", a estimé M.Prodi. Et il a ajouté: "Je sais que l'Irlande a une longue tradition de neutralité. Mais ceci n'a pas empêché votre pays de jouer pleinement son rôle dans des missions de maintien de la paix sous le drapeau de l'ONU. Il est difficile de voir pourquoi ce serait différent de jouer le même rôle sous un drapeau de l'UE (...) Il n'y a aucune intention de transformer la Force de réaction rapide en une armée de l'UE (...) Le déploiement de troupes irlandaises sera le résultat de décisions souveraines prises au cas par cas, ici en Irlande", a affirmé le président de la Commission.