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Bulletin Quotidien Europe N° 7972
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/asie

La déclaration commune clôturant la réunion ministérielle UE/Asem n'élude pas les sujets délicats - Programme de lutte contre le trafic d'êtres humains

Bruxelles/Pékin, 28/05/2001 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'Asem ont endossé vendredi dernier à l'issue d'une réunion "positive, pragmatique" à Pékin, une déclaration commune témoignant d'une même volonté d'approfondir, améliorer et étendre la coopération interrégionale et de contribuer au développement d'un monde multipolaire, plus stable, harmonieux, durable, faisant tout sa place à "l'état de droit, aux droits de l'Homme, y compris le droit au développement, et aux libertés fondamentales". Les 26 y affichent leur soutien - plutôt difficilement acquis - en faveur du Protocole de Kyoto, du rapprochement intercoréen, du lancement d'un nouveau cycle de négociations à l'OMC dès l'automne prochain "sur la base d'un agenda équilibré et large", de l'intégrité territoriale et du respect des droits des minorités dans les Balkans. Ils conviennent de développer leur dialogue sur les Nations Unies, y compris dans le cadre de consultations préalables aux sessions de l'Assemblée générale, et sur l'équilibre stratégique mondial (désarmement, contrôle des armements), de renforcer leur coopération dans les domaines social, culturel, éducationnel, sociétal, et lancent enfin un programme d'actions - "qui seront très visibles" - pour lutter contre le trafic de personnes, en particulier de femmes et d'enfants, parmi cinq autres nouvelles initiatives.

Ce texte de sept pages, officiellement qualifié de "vaste et constructif" - mais copieusement édulcoré par rapport à la précédente mouture proposée par les Européens (plus substantielle, notamment dans sa charge politique), a le mérite de ne pas éluder la plupart des sujets véritablement délicats, qui divisent les partenaires de l'Asem (droits de l'Homme, participation à l'Asem, Balkans, Corée, NMD, etc.), de l'Asean (OMC, environnement), ou qui se heurtent à la nouvelle réserve des Etats-Unis (Kyoto, péninsule coréenne). Autant de thèmes abordés en usant par la force des choses -vu l'étendue des différences entre les deux régions, ainsi qu'au sein de l'Asean, parfois aussi de l'Union, comme sur le projet américain de défense anti-missiles (NMD)- du plus petit dénominateur commun pour parvenir à un terrain d'entente et à des formules consensuelles. En le lisant attentivement, ce texte "devient intéressant", faisait valoir un porte-parole européen, en rappelant: "le processus Asem est dix fois plus formel que les autres de par la nature hétéroclite du groupe asiatique (où le consensus est la règle: NDLR), et parce qu'il s'agit d'intergouvernemental strict". Le Ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel, qui reprendra la Présidence du Conseil de l'Union en juillet prochain, s'est quant à lui interrogé sur "l'utilité d'un dialogue qui n'est qu'une juxtaposition de points de vue", ainsi que de l'utilité "d'avoir des délégations aussi nombreuses (allant jusqu'aux 100 membres de l'équipe japonaise ou aux 74 de l'Allemagne, NDLR.) et un tel dispositif pour un résultat préconçu". Et de regretter, avec ses partenaires européens, les trop nombreuses questions soulevées et les agenda "trop variés pour avoir de véritables débats". Pour toutes les parties, et notamment la partie asiatique, le haut niveau de représentativité des délégations européennes, presque toutes conduites par les chefs de la diplomatie qui tendent habituellement à se désister en dernière minute, est une illustration du relatif succès de cette session et d'un regain d'ambition pour le forum eurasien.

"Cette réunion est centrée sur le dialogue politique, ce qui n'est pas tellement du goût des Asiatiques", qui préfèrent se focaliser sur le transfert de technologie de l'Ouest vers l'Orient et sur le développement économique, et "la difficulté de parler ensemble se manifeste déjà maintenant", soulignait un haut responsable européen à la veille de la session ministérielle, en référence à la nécessité de faire intervenir les dirigeants politiques pour trancher dans les dissensions euro-asiatiques à propos de:

la Corée. Les Européens, qui espéraient que l'Asem souscrive à un texte reconnaissant l'engagement nord-coréen à maintenir le moratoire sur les tests de missiles jusqu'en 2003 et se référant à l'ouverture prochaine de discussions avec Pyongyang sur les droits de l'Homme (à commencer par le séminaire qui se tiendra à Bruxelles les 11 et 12 juin prochains), ont essuyé un refus catégorique de la Chine à adhérer à un document signifiant à ses yeux une "ingérence", une "pression extérieure qui mettrait la Corée du Nord au pied du mur", selon un diplomate européen. L'Union a toutefois obtenu les félicitations de ses partenaires pour les résultats de la récente mission de la Troïka dans la Péninsule, bien qu'ils se limitent à "noter le compte-rendu fait par la partie européenne" des discussions sur la réconciliation entre les deux Corées, le moratoire et questions de sécurité connexes, les affaires humanitaires, les droits de l'homme et "autres sujets".

la description de la situation dans les Balkans, avec un inextricable "conflit de vocabulaire" entre la Grèce, "plus proche du point de vue serbe", et la Malaisie, "prenant fait et cause pour les musulmans de Bosnie" - dixit un proche des discussions. Le résultat a été un remaniement profond du texte proposé par les Européens, et un passage nettement plus vague, qui ne cite plus nommément l'ARYM, mais qui appelle au "respect des frontières internationales des Etats et des droits de l'Homme, y compris ceux de tous les groupes ethniques et minorités, tel que souligné par le Sommet de Zaghreb" et "appuie avec force la souveraineté et l'intégrité territoriale de tous les pays de la région et l'inviolabilité de leurs frontières internationalement reconnues".

la participation à l'Asem. Les candidats se pressent aux portes du forum: Norvège, Russie, Suisse, Pecos, Inde, etc... ainsi que les trois pays Asean pour l'heure encore "exclus", à savoir la Birmanie le Laos et le Cambodge, etc. Pour ce trio, soumis à un groupage des candidatures, la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères, qui se tiendra à Madrid en 2002, devrait entrer dans le vif du sujet et éventuellement permettre leur intégration, encore bloquée par l'exigence européenne d'une progression sensible de la situation des droits de l'Homme en Birmanie et du dialogue à peine noué entre la Junte au pouvoir et l'opposition.

La conférence de presse finale, à laquelle n'a pas participé le commissaire Chris Patten pour cause "d'affaires urgentes à régler", était largement dominée par les commentaires du ministre des Affaires étrangères chinois Tang Jia Xuan avec quelques précisions apportées par les co-présidents de la session, son homologue vietnamien Nguyen Dy Nien, la Présidente du Conseil de l'Union Anna Lindh et le Directeur pour les relations avec l'Extrême Orient à la Commission européenne, Fokion Fotiadis. Pour M.Tang, cette ministérielle consacrée au "partenariat réorienté pour le nouveau siècle" a atteint ses quatre objectifs - approfondir la compréhension mutuelle, étendre le terrain d'entente, rehausser la coopération et forger des relations plus étroites - et abouti à d'"évidents résultats": l'approfondissement des relations politiques (le plus souvent sur des problématiques globales ou régionales dans lesquelles les membres de l'Asem ne sont pas partie prenante), la promotion du partenariat et de la coopération, le mécanisme de consultations sur les affaires régionales européennes et asiatiques, le dialogue sur les Nations Unies, le renforcement de la coopération économique et commerciale, les discussions approfondies sur la globalisation et sur l'équilibre stratégique mondial, etc. "Le succès de cette rencontre montre que le monde va vers une multipolarisation à un rythme accéléré", a-t-il dit. Mme Lindh s'est surtout félicitée de l'approfondissement du dialogue politique, en complétant l'évaluation de M.Tang par une mise en exergue des "nouveaux éléments" apportés par la ministérielle: le soutien à un nouveau cycle de négociations commerciales, l'appel à une accession "dès que possible" à l'OMC des pays qui n'en font pas encore partie, du soutien aux processus de Kyoto et intercoréen et aux réformes de l'ONU. Et M. Fotiadis de faire valoir, en plus du soutien au nouveau round, l'intérêt des interlocuteurs asiatiques de faire de l'Asem un processus plus informel et interactif, qui fonctionne mieux.

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