Bruxelles/Strasbourg, 17/05/2001 (Agence Europe) - "Le peuple italien vient de vous apporter une importante victoire. Chacun observe que votre part y a été décisive et je voudrais, à titre personnel, vous en féliciter très chaleureusement", écrit la présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, dans un télégramme adressé à Silvio Berlusconi. Et d'ajouter: "Recevez tous mes voeux pour que, sous votre direction, l'Italie prenne le nouvel élan que vous lui avez proposé et pour qu'elle continue d'apporter sa pleine contribution à la construction européenne et à la promotion des valeurs communes qui unissent nos Etats et nos peuples".
Mariotto Segni, élu européen du « Patto Segni » et membre du groupe de l'Union pour l'Europe des nations, a écrit à ses collègues pour attirer l'attention sur deux problèmes, suite à la victoire de Silvio Berlusconi. D'abord, la place qu'aura la Lega Nord. Selon M.Segni, les perplexités à son égard sont « légitimes et fondées », car , « après avoir longuement épousé la cause séparatiste, elle continue à suivre une ligne anti-européenne, parfois xénophobe, de rigide fermeture envers le Sud et les régions les moins développées d'Italie ». En revanche, selon lui, « il n'y a pas de raison de douter de la position correcte des autres alliés de Berlusconi, AN et CCD-CDU ». M.Segni pose surtout le « problème immédiat de l'extraordinaire concentration de pouvoir médiatique, surtout télévisuel », dans les mains de Berlusconi, en notant que le « duopole » qui existe actuellement (avec trois chaînes nationales publiques et trois appartenant à Berlusconi) risque de « se transformer, politiquement, en un monopole, étant donné le fort conditionnement que le gouvernement est en mesure d'exercer sur les télévisions publiques ». Ceci est « inacceptable dans un pays démocratique », affirme M. Segni, qui constate que, suite à « sa tumultueuse transition, l'Italie n'est pas préparée » à faire face à ce problème, mais aussi que ce qui se passe en italie « peut arriver dans n'importe quel pays ». M.Segni, qui espère que l'Italie « règle rapidement » cette question en assurant concrètement le pluralisme de l'information, ajoute: «Ceci est un problème européen (…) qui ne concerne pas un seul pays, mais (…) l'une des valeurs fondamentales de l'Union européenne. Nous avons le temps de réfléchir à la question de savoir si l'Europe peut prendre des initiatives (…). Ce qui est important, c'est que, au moins dans un cadre européen, on entame une réflexion sereine dépassant les différences entre la droite et la gauche, car cela concerne quelque chose (…) qui nous tient à coeur à tous (…). Il ne s'agit pas d'ouvrir un procès contre Silvio Berlusconi ».
Le président du Parti Populaire Européen (auquel appartient Forza Italia), Wilfried Martens, a, dans un communiqué, affirmé à propos de Silvio Berlusconi: « Je compte sur son engagement européen, sur son soutien et sa coopération continus au PPE ainsi que sur un leadership fort lorsque l'Italie assumera la présidence de l'Union européenne ».
Dans un communiqué, le président de l'Assemblée nationale française, Raymond Forni estime que "la démocratie donne en Italie des résultats que l'on n'attend pas d'elle; elle apporte la victoire à des hommes et à des partis pour qui la démocratie n'est, semble-t-il, pas une fin mais un moyen". "La formidable concentration des organes d'information entre les mains d'un seul homme, non plus que le recours à des dépenses extravagantes ne sauraient correspondre aux caractéristiques nécessaires d'un fonctionnement loyal de la démocratie", ajoute M. Forni qui souligne cependant que les revers subis par les dangereux alliés de M.Berlusconi modèrent l'étendue de la victoire de la coalition conduite par le "Cavaliere" et que les résultats obtenus par M. Rutelli ne correspondent en rien "à la déroute que souhaitait le vainqueur d'aujourd'hui". Et de conclure: "M. Berlusconi ne peut l'ignorer, pas plus qu'il ne doit méconnaître l'appartenance du pays qu'il est appelé à gouverner à cette Union européenne qui s'est donnée pour critère le respect absolu de la démocratie".
Par ailleurs, le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, a estimé mardi qu'il n'est pas question d'envisager à l'égard de l'Italie des initiatives comparables à celles qui avaient été décidées à l'encontre de l'Autriche. M. Michel, qui s'est exprimé à l'occasion d'une rencontre avec son homologue Français Hubert Védrine, a déclaré qu'il respecte le résultat des élections italiennes et s'est dit heureux que la Ligue du Nord d'Umberto Bossi ne se soit pas renforcée. Il a souhaité dissocier les situations italienne et autrichienne, en déclarant: "En Autriche, l'extrême-droite a avancé. En Italie, elle a considérablement perdu du terrain. Les rapports de force sont fort différents dans les deux pays". Il n'exclut cependant pas que, sous Silvio Berlusconi, l'Italie soit moins encline à stimuler l'intégration européenne. Il a aussi invité l'Italie à ouvrir une discussion sur l'accès démocratique aux médias.