Strasbourg, 15/05/2001 (Agence Europe) - Dans son premier discours prononcé en Europe (le 15 mai à Strasbourg, devant le Groupe du Kangourou présidé par le député européen Karl von Wogau), le Représentant américain pour les négociations commerciales Robert B.Zoellick a dit espérer que les députés européens seront « un allié dans le lancement d'un nouveau round mondial de négociations commerciales », et qu'ils insisteront pour une réforme de la PAC, l'élargissement de l'UE à l'Est et « l'ouverture des ports européens à des délicieuses nourritures du monde entier ». « Si, au lieu de nous parler, nous parlons à côté les uns des autres, les coûts risquent d'être élevés (…) Si les Etats-Unis et l'UE ne s'engagent pas à oeuvrer ensemble pour lancer un nouveau round commercial global en novembre, cela n'arrivera pas », a affirmé M.Zoellick.
Dans un discours axé sur la coopération entre les deux rives de l'Atlantique dans lequel il a néanmoins utilisé au moins trois fois le mot « souveraineté », M.Zoellick a dit qu'il s'agira en particulier d'examiner « une série d'idées permettant d'améliorer les conditions de travail et environnementales de nos partenaires commerciaux, dans la mesure où ces actions ne sont pas protectionnistes et tiennent compte des sensibilités en matière de souveraineté ». Le système commercial devrait respecter les différences locales qui « reflètent les décisions des gouvernerments souverains », a-t-il souligné, en esquissant cinq « élements particuliers de l' agenda commercial » de Washington, à savoir: - les Etats-Unis contribueront à lancer un nouveau round de l'OMC, tout en poursuivant des accords régionaux, comme la Zone de libre-échange des Amériques ou des accords bilatéraux avec des pays comme le Chili ou Singapour ; - Washington essaiera d'étendre les avantages du libre-échange au monde en voie de développement. Là, M.Zoellick a annoncé que les Etats-Unis contribueront à hauteur d 'un million de dollars au Fonds de l'OMC pour l'assistance technique destinée aux pvd ; - il faudra aider « ceux qui ont des difficultés à s'adapter aux changements provoqués par la technologie, le changement et d'autres forces » ; - il faut « aligner le système commercial mondial à nos valeurs », en encourageant « des marchés ouverts et efficaces, tout en respectant la souveraineté nationale » ; - la transparence devrait devenir une caractéristique de tous les futurs accords et négociations commerciales.
Lundi soir, devant la commission de l'industrie et du commerce du Parlement européen, M.Zoellick s'était exprimé de manière très explicite au sujet du contentieux entre les Etats-Unis et l'Union européenne concernant la législation américaine FSC (Foreign Sales Corporations), que l'Union conteste devant l'OMC. Il y a là une « arme nucléaire » qui, si on ne parvient pas à une solution d'ici là, risque d'exploser au sommet UE/Etats-Unis de Göteborg, a dit M.Zoellick.
EUROPE rappelle que ce différend qui vise les avantages fiscaux accordés à des sociétés exportatrices américaines, dont certains des fers de lance de l'Industrie américaine, est en instance d'arbitrage à l'OMC sur trois aspects: (1) la vérification de la légalité des nouvelles dispositions fiscales américaines censées corriger les aspects illicites du régime dit des "Sociétés de vente à l'étranger"; (2) l'autorisation demandée par l'Union de pouvoir sanctionner le négoce américain à hauteur de 4,043 milliards de dollars par an; (3) la contestation par les Etats-Unis de l'étendue du préjudice invoqué par les Européens.
Lors d'une conférence de presse, interrogé sur l'affaire FSC, M.Zoellick, en rappelant que l'OMC rendra son verdict à ce sujet au cours de ce mois, a déclaré: « Si nous ne gagnons pas (…), cela pourrait ouvrir la voie à des questions sur le système fiscal européen ». Il en va d'une somme de 4 milliards de dollars, a-t-il noté, en ajoutant que « cela pourrait nous forcer » à ouvrir avec l'UE des dossiers fiscaux ou « d'autres questions commerciales majeures », et devenir ainsi « un des plus graves problèmes à l'horizon ».
M. Zoellick a aussi été interrogé, en particulier, sur le contentieux sur Airbus, et a dit à ce sujet que les Etats-Unis essaient d'obtenir davantage d'informations sur les « subventions » dont bénéficie le projet. Il ne s'agit pas de subventions, mais de prêts qui sont remboursés, a rectifié la travailliste britannique Imelda Read, qui participait à la conférence de presse avec M.Zoellick. Nous essayons en particulier de vérifier si le remboursement des prêts est lié à des achats, a commenté M. Zoellick.