Bruxelles, 15/05/2001 (Agence Europe) - Les ministres de la Défense de l'UE et des pays européens membres et non membres de l'OTAN ont évoqué mardi, lors de réunions conjointes, la participation des pays partenaires de l'UE aux mécanismes européens de gestion des crises et les relations entre l'UE et l'OTAN. Le différend avec la Turquie n'a pas été traité directement durant les rencontres, mais les nombreux commentaires des diplomates en marge tablaient sur une solution d'ici à la fin de l'année, avec des étapes lors de la rencontre ministérielle de l'OTAN en Hongrie fin mai, puis lors du Sommet de Göteborg en juin.
Les ministres de la Défense ont constaté "l'importance des engagements annoncés par les pays partenaires" dans le domaine militaire et l'intention de certains de participer aux missions civiles, a indiqué le ministre suédois de la Défense, Björn von Sydow, à l'issue des réunions. "L'importance du lien entre les composantes civiles et militaires des opérations" a été soulignée, a-t-il remarqué. Les ministres ont estimé qu'"il est fondamental de poursuivre dans la voie de la coopération avec l'OTAN, même s'il faut encore trouver des solutions sur certains détails", a déclaré Björn von Sydow. Les ministres ont tenté de clarifier les mécanismes de participation des pays tiers aux mécanismes européens de gestion des crises. "Nous avons demandé des informations sur notre participation au programme d'exercice annoncé hier", a indiqué par exemple un diplomate tchèque.
Plusieurs délégations ont évoqué plus clairement devant la presse le différend entre l'UE et la Turquie à propos de la participation d'Ankara au processus de décision européen en matière de défense, qui bloque un accord sur l'utilisation automatique des capacités de planification de l'OTAN en cas de crise. "Les choses évoluent, nous avons pu utiliser il y a quelques semaines les capacités d'expertise de l'OTAN en matière d'analyse des capacités par exemple, mais au niveau général, il n'y a pas d'assouplissement", a reconnu Björn von Sydow. Il a espéré que d'ici au premier exercice conjoint entre l'UE et l'OTAN en 2003, "nous pourrons trouver un accord".
L'objectif serait de trouver une solution d'ici la fin de l'année, toutefois, personne ne s'attend à un ompromis lors de la réunion ministérielle de l'OTAN à Budapest, les 29 et 30 mai. La Turquie espère en revanche que l'UE donnera un signe de flexibilité lors du Sommet européen de Göteborg en juin, en adoptant un texte reconnaissant une "participation active" des pays partenaires au processus de décision en matière de gestion des crises.
"Nous espérons des progrès à Budapest, mais rien n'est certain et s'il n'y a pas d'accord: ce n'est pas la fin du monde", a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Ismail Cem. "Il y a un large consensus au sein de l'UE pour dire que la solution doit être trouvée dans le cadre de l'OTAN", a déclaré le ministre suédois. L'UE a fait des efforts de son côté pour préciser avec les pays partenaires les conclusions du Sommet de Nice dans ce domaine, a-t-il ajouté. "La Turquie demande que les exercices européens soient plus transparents. Nous le comprenons puisque la Suède demande également la transparence des procédures de l'OTAN, dont nous ne sommes pas membres. Mais nous respectons son autonomie de décision", a déclaré Björn von Sydow. Sans se prononcer sur l'opportunité d'offrir à la Turquie le statut d'observateur évoqué par des sources diplomatiques turques, le ministre suédois a assuré que l'UE a offert "une solution détaillée pour résoudre le problème". L'UE conserve "une attitude paisible" et "nous avons déjà un accord de 19 membres de l'OTAN et nous ne voyons pas l'intérêt de multiplier les démarches de pression (...) nous pouvons déjà avancer sur toute une série de points et il est inutile de se concentrer sur la question turque", a déclaré devant la presse le ministre français de la Défense, Alain Richard. Dans la même ligne, l'Allemagne estime que l'UE a déjà fait "une offre substantielle à la Turquie et aux autres membres européens de l'OTAN, comme la Norvège, la Hongrie, la Pologne et la République Tchèque" qui n'ont pas de problème avec la participation proposée. "Il faut distinguer deux aspects: le processus de décision et la prise de décision" soulignent ces même sources en ajoutant que "Lorsque l'OTAN devra décider de participer à une opération proposée par l'UE, la Turquie participera aux décisions comme tout les autres membres de l'OTAN. Lorsque l'OTAN aura décidé de ne pas participer, il appartiendra à l'UE seule de décider sa politique".
La Turquie aurait adressé il y a une quinzaine de jours une lettre à la Présidence suédoise, pour tenter de trouver une solution à la crise. Elle souhaiterait s'assurer que sa position soit prise en considération dans le cadre du mécanisme de consultation, lorsque l'UE prendra des décisions d'intervention dans le sud-est et le sud méditerranéen, a indiqué le ministre turc Ismael Cem, cité par la presse turque.