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Bulletin Quotidien Europe N° 7946
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Message d'optimisme et de confiance face à la morosité excessive qui entoure actuellement l'Europe, son activité et ses réalisations

Impact sur la vie des citoyens. Pâques étant le fête de la résurrection, quelle meilleure occasion de lancer un message d'optimisme et de confiance? Le message, le voici: l'activité de l'Union européenne est en cette période particulièrement intense. Les critiques et l'insatisfaction que suscitent les lacunes et les faiblesses de la construction européenne sont justifiées en raison du décalage qui subsiste entre les ambitions et la réalité, et des incertitudes sur l'avenir, mais elles ne doivent pas arriver au point de cacher ou de méconnaître la vérité. Les domaines d'action de l'Europe s'élargissent sans cesse et ses décisions ont souvent une influence positive directe sur la vie quotidienne de millions d'Européens.

Je sais que, parfois, on reproche justement à l'UE d'en faire trop; on critique l'excès de ses interventions, sa boulimie à s'occuper de tout. Mais je ne me réfère pas au nombre des textes ni à l'abus de réglementations (défauts que la Commission européenne combat et qui, pour l'essentiel, ne dépendent pas d'elle), mais à l'impact croissant et positif de l'activité européenne dans les domaines politique, économique et social. L'image qu'en donnent en général les médias est lacuneuse et partielle; les articles et les informations sont nombreux mais n'offrent pas, ne peuvent pas offrir, une vue d'ensemble. Si on manquait de modestie (vilain défaut, non pas la modestie mais son absence), nous pourrions dire que seule l'Agence EUROPE s'efforce de présenter chaque jour une vision globale.

Qui ne voit pas le chemin parcouru ces dernières années et les évolutions en cours a perdu le sens de l'Histoire ou plus simplement a oublié le passé. L'Europe est en train de construire, sur la base solide résultant du Traité de Rome, les autres volets essentiels qui manquaient à son unité: la politique étrangère commune, la politique de sécurité et de défense, l'espace unifié de liberté, de sécurité et de justice. Aujourd'hui, les instruments politiques et juridiques pour développer ces nouveaux domaines existent, et le débat sur l'objectif final a commencé. La "base économique" de l'édifice européen a connu et connaît elle aussi des évolutions parfois mal connues ou mal comprises. Un organisme sérieux comme le Ceri (Paris) résume ainsi la transformation qui se déroule sous nos yeux blasés ou distraits: "il faut avoir conscience qu'en une décennie la CE puis l'UE ont accompagné la fin de la guerre froide, achevé le marché unique, créé un embryon de politique étrangère commune, commencé à organiser un espace de liberté et de sécurité, jeté les bases d'une armée susceptible de participer à des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix", à quoi il faut ajouter la monnaie unique "étape majeure sur la voie de l'intégration". Voici quelques points de repère.

Le processus mal connu. Dans le domaine socio-économique, l'importance du processus de Lisbonne est perçue par les milieux directement concernés mais pas encore par l'opinion publique. Trop de textes, trop de projets dans toutes les directions, trop de réalisations en cours non encore tangibles. Romano Prodi semble l'avoir compris, car il a annoncé au Parlement européen (débat du 4 avril sur les résultats du Sommet de Stockholm) qu'à partir du "Sommet de printemps" de l'année prochaine, la Commission présentera un rapport unique afin de "rendre les travaux plus transparents et plus clairs" et de permettre aux chefs de gouvernement de se concentrer sur les aspects politiques plutôt que sur les détails techniques, en rendant l'enjeu "davantage compréhensible pour l'opinion publique". J'ai essayé de présenter dans cette rubrique (du 22 mars et des 26/27 mars) une vue d'ensemble de la signification et des ambitions du processus de Lisbonne, et de sa caractéristique essentielle consistant à réunir en une démarche unique le social et l'économique. Mais je suis bien conscient que l'Agence EUROPE n'est pas la voie la plus directe pour atteindre les opinions publiques…Nos lecteurs fidèles savent quelle masse de réalisations implique le processus de Lisbonne, et que par exemple tous les Etats membres sont déjà en train de préparer leurs programmes nationaux "contre l'exclusion".

Deux remarques. Les réactions des syndicats et de certaines autorités aux projets de restructuration (avec réduction de l'emploi) des multinationales Danone et Marks & Spencer s'appuient exclusivement sur des directives européennes; en leur absence, aucune démarche ou protestation ne serait même envisageable. La directive dont Mme Diamantopoulou et Mme Guigou réclament l'adoption rapide est celle relative à l'information/consultation des travailleurs par les entreprises nationales, alors que l'instrument pour les entreprises multinationales existe déjà, et son renforcement est à l'étude. Et il faut aussi souligner que le principe d'une autorité "économique" européenne (du moins pour la zone euro), à côté de l'autorité monétaire qu'est la BCE, progresse dans les esprits (et aussi, lentement, dans la pratique).

Une influence déjà déterminante. Les insuffisances de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) sont bien réelles, et il serait ingénu de s'attendre à des évolutions sensationnelles à court terme. Mais l'influence politique de l'Europe dépasse ce que les gens souvent s'imaginent, et elle est carrément décisive à l'égard des pays tiers qui aspirent à renforcer leurs liens avec l'UE. Sans elle, certaines évolutions vers la démocratie, la liberté et le respect des droits de l'homme, seraient beaucoup plus lentes et intermittentes. Dans certains pays d'Europe centrale et orientale, en Turquie, dans quelques pays méditerranéens, en Afrique, la pression européenne est déterminante. Le fait est tellement éclatant que je me propose d'y consacrer un commentaire spécifique.

Le "grand virage" en agriculture. La nouvelle conception de l'agriculture, qui s'affirme dans l'UE et progresse dans le monde, est européenne. Je suis bien placé pour évaluer ses progrès, car je n'oublie pas les sarcasmes qui accompagnaient mes premières prises de position en faveur des fonctions multiples de l'agriculture et contre l'assimilation des produits agricoles aux produits industriels du point de vue commercial. Comment oublier l'époque où le Conseil Agriculture paraissait une succursale des organisations des agriculteurs et la commission "agriculture" du Parlement européen était dominée par le lobby des producteurs et du commerce? Certes, beaucoup reste à faire sur le plan international; par exemple, l'OCDE est une fois de plus en retard, elle continue à calculer le soutien à l'agriculture en tant que "manque à gagner" pour les pays exportateurs (et coût supplémentaire pour les consommateurs), en ignorant le rôle de l'activité agricole pour l'environnement, la sécurité alimentaire, l'équilibre du territoire, la biodiversité, la qualité de l'alimentation. Mais la Commission européenne, le Conseil et le Parlement ont effectué le grand virage, même si beaucoup de batailles sont encore à gagner pour concrétiser la théorie. Il reste à convaincre les autorités et les économistes que l'expansion des échanges agricoles ne doit pas être considérée comme un objectif en soi, car elle peut avoir des répercussions négatives si elle amène les pays pauvres à développer la monoculture pour l'exportation au lieu d'encourager la production vivrière pour les populations locales. Si ce concept fait aussi son chemin, on pourra dire que l'Europe aura gagné une bataille vitale pour l'avenir du monde.

Les effets de l'euro sont déjà là. Qu'il est facile de médire de l'euro, de se moquer de son taux de change médiocre et de dénoncer les lenteurs de la préparation de son arrivée dans les poches des citoyens! Ces critiques sont en partie justifiées, l'Europe doit faire mieux. Mais on ne doit pas oublier qu'avant la naissance de l'euro, l'UE était secouée par des crises monétaires récurrentes, humiliantes pour les monnaies dévaluées et meurtrières pour le fonctionnement même du marché commun. L'Europe a traversé indemne les dernières crises monétaires (russe, asiatique, brésilienne, etc.); tous les observateurs sérieux reconnaissent que sans l'euro et les taux de change fixes qu'il implique, l'une ou l'autre monnaie européenne aurait été emportée par la tempête.

Poids croissant du Parlement européen. Malgré le demi-échec du Traité de Nice, la démocratisation de l'UE progresse sur un aspect: la montée en puissance du Parlement européen. Le poids des votes parlementaires, l'éclat de ses initiatives et prises de position et la qualité des débats ont sérieusement progressé. Il n'est pas loin le temps où les journalistes ne se rendaient à Strasbourg que pour écouter l'une ou l'autre personnalité qui s'exprimait devant le PE sans en faire partie. Aujourd'hui, le Parlement améliore la législation communautaire (les procédures de conciliation avec le Conseil aboutissent presque toujours à des textes améliorés), s'oppose parfois avec succès à des projets de la Commission qu'il juge négativement (calendrier de libéralisation des services postaux, réglementation des offres publiques d'acquisition des entreprises - OPA), conteste des orientations qui lui paraissent lacuneuses (document de la Commission sur le développement de la production européenne de protéines végétales; voir cette rubrique en date du 30 mars, p.4 et le résultat du débat parlementaire dans le bulletin du 6 avril p.11), prend des initiatives qui ont un retentissement mondial et peuvent influencer la situation dans une région du monde (invitation du commandant afghan Massoud en session plenière et soutien à sa lutte contre les sinistres talibans).

Un chantier quotidien. Cette énumération pourrait continuer. Je feuillette notre bulletin du 6 avril que je viens de citer, et je note les nouvelles significatives qu'il annonce: lancement de la phase de développement du projet Galileo (test décisif pour affirmer l'identité européenne), ouverture accrue du marché des télécommunications à la concurrence, débat parlementaire sur la "golden share" dans le contexte des privatisations, annonce de mesures contre le transport inutile d'animaux vivants, interdiction de l'expérimentation animale pour les cosmétiques…Tout ceci en un seul jour, choisi au hasard.

Mon message d'optimisme et de confiance est terminé. Nous, les Européens, ne devrions jamais oublier que l'UE est considérée dans le monde, par un nombre croissant de personnes, comme le lieu où l'on voudrait accéder, le lieu où les droits de femmes (dramatiquement bafoués dans des continents entiers) sont reconnus. Ceux qui se complaisent à mettre l'accent sur les lacunes et les retards encore malheureusement nombreux, ne devraient pas oublier combien de gens, des enfants parfois, risquent leurs biens et même leur vie pour la rejoindre.. Être européen, c'est aujourd'hui une responsabilité et un privilège. Sachons les mériter, en évitant de détruire par inconscience ce qui se construit depuis un demi-siècle. (F.R.)

 

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