Bruxelles, 27/03/2001 (Agence Europe) - La Fédération bancaire de l'Union européenne (FBE) a publié ce mardi une étude dans laquelle elle s'oppose à la taxe Tobin, qu'elle décrit comme un "monstre du Loch Ness", dont elle craint le retour "suite aux troubles enregistrés sur les marchés de change et financiers internationaux". Le projet d'une taxe sur les transactions monétaires internationales avait été conçu en 1978 par le prix Nobel de l'économie américain James Tobin. Elle poursuit un double objectif: d'une part, de régulation, par la lutte contre l'instabilité des marchés financiers en freinant les mouvements de capitaux, et, d'autre part, de redistribution, par l'allocation du revenu vers des projets d'aide au développement, la reconstruction, la lutte contre le Sida, l'accès à l'eau potable. Son montant serait relativement faible (0,1%).
L'économiste George Martin, auteur de l'étude de la FEB, explique que la taxe "n'est pas la bonne réponse à l'instabilité des marchés" pour trois raisons: 1) elle est inapplicable, car elle suppose que tous les pays du monde l'introduisent en même temps afin d'éviter un détournement de l'activité financière; 2) elle aurait des effets secondaires perturbateurs et souvent injustifiés, car elle se répercuterait sur tous les acteurs économiques et pas seulement les spéculateurs; 3) inefficace, elle n'atteindrait pas son objectif initial, car elle ne s'attaque pas aux causes de l'instabilité des marchés financiers des nouveaux pays industrialisés, à savoir, selon la FBE, "une politique de change trop rigide et insoutenable, l'insuffisance de contrôle du secteur financier et l'endettement extérieur important". Le député européen Harlem Désir (socialiste français), président de l'Intergroupe "Taxation du capital, fiscalité, mondialisation", soutient au contraire que "le débat est incontournable et qu'il existe une demande forte pour introduire cette taxe, en faveur de laquelle plus de 505 parlementaires du monde entier ont signé un appel international". M. Désir souhaite que cette taxe soit appliquée de manière universelle, mais estime que l'UE peut l'appliquer seule car ses marchés financiers représentent plus de 50% du volume des transactions mondiales". Il rappelle que d'autres systèmes existent déjà sur les marchés de change, sous la forme de commissions perçues, par exemple, par l'autorité de surveillance, sans que les capitaux fuient les places financières. "La liberté totale des capitaux ne garantit pas leur meilleure allocation, et il est nécessaire de limiter la part spéculative", affirme M. Désir.
Le débat sur la taxe Tobin n'est pas nouveau, plusieurs groupes de travail parlementaires favorables à son introduction se sont constitués l'an dernier en France, en Belgique, en Italie, au Royaume-Uni, au Canada et au sein du Parlement européen. Certains gouvernements ont manifesté leur hostilité lors de débat aux Nations Unies (Etats-Unis, Suisse, Japon, Australie). La question sera à l'ordre du jour d'une conférence des Nations Unies sur le financement du développement, prévue en 2002. Le parlement suédois doit aborder la question la semaine prochaine, dans le contexte de la Présidence suédoise du Conseil de l'UE. La même démarche est en cours en Belgique pour la présidence suivante. Le Commissaire Frits Bolkestein, en charge du Marché intérieur, est contre l'initiative, car elle "entraverait la libre circulation des capitaux".