Bruxelles, 08/03/2001 (Agence Europe) - Passé au crible de l'analyse du Conseil Environnement, réuni ce lundi à Bruxelles, le sixième programme d'action pour l'environnement, proposé par la Commission pour la période 2001 - 2010, a reçu l'assentiment général des ministres pour les quatre domaines d'action identifiés comme prioritaires (changements climatiques, nature et diversité biologique, environnement et santé, utilisation durable des ressources naturelles et gestion des déchets - voir EUROPE du 25 janvier, p. 8), mais il a surtout essuyé les critiques quasi-unanimes du Conseil pour son absence d'objectifs précis, d'indicateurs environnementaux et de calendrier, qui le prive de tout contenu concret. Très déçu , le ministre danois, Svend Auken, s'est montré le plus virulent. Reprochant au programme d'accumuler « les banalités et les lieux communs », il a estimé que les attentes suscitées par ce programme après l'échec du 5ème programme d'action n'avaient pas été satisfaites, que la Commission avait manqué l'opportunité de placer l'élargissement de l'Union au cœur du programme en soulignant l'apport que représentera la biodiversité intacte dans les pays candidats, mais aussi les risques liés à la politique agricole intensive, à la politique des transports et à la politique énergétique de l'Union. «De tout cela, la Commission ne dit rien ; elle se contente de mentionner la nécessité d'un dialogue élargi avec ces pays et avec les ONG. Des lapalissades ! Nos collègues des autres formations du Conseil ne risquent pas d'avoir l'impression d'être face à un agenda contraignant», s'est-il exclamé. La plupart des délégations ont abondé dans son sens, déclarant être restées sur leur faim avec un programme jugé beaucoup trop vague et général pour afficher la volonté politique requise et pouvoir, comme il le devrait, renforcer la dimension écologique de la stratégie de développement durable de l'Union.
Les Pays-Bas sont le seul pays à avoir exprimé de la compréhension pour la démarche de la Commission. Le ministre Jan Pronk, bien que déçu de ne pas disposer d'un « programme à brandir » pour convaincre ses collègues au niveau national, a estimé que « les objectifs et les mesures à prendre au cours de la prochaine décennie », tels qu'énoncés dans le programme, constituaient déjà un calendrier en soi. Et de suggérer à la Commissaire Margot Wallström a) d'expliquer en réunion ministérielle restreinte « les limites auxquelles elle s'est heurtée au sein du collège » ; b) de solliciter l'avis de l'Agence européenne de l'environnement sur la capacité du programme à relever les défis environnementaux; c) de définir, sur la base du programme d'action global, des programmes d'application plus détaillés pour les différents secteurs.
Le Président Kjell Larsson, qui avait instamment invité les ministres à se livrer à un véritable débat interactif (plutôt qu'à une succession de déclarations), a reconnu avec regret que le Conseil n'avait, à cet égard, pas vraiment innové, mais il s'est félicité des « critiques constructives formulées », se disant convaincu qu'elles déboucheront en juin sur une bon programme d'action », avec le concours du Parlement européen, « qui se montre très ambitieux ». Le consensus des ministres sur la nécessité de renforcer le programme d'action, d'insister sur l'aspect intégration de l'environnement dans les différentes politiques sectorielles, de mettre au point des indicateurs pour suivre la mise en œuvre du programme, de donner à l'élargissement l'importance qu'il convient et d'intégrer l'environnement urbain dans les priorités d'action sont, à ses yeux, de bon augure. Il conviendra toutefois que le programme reste court, simple, lisible et praticable, a-t-il précisé.
La Commissaire Margot Wallström a refusé de se laisser abattre. « En fixant des objectifs précis et des calendriers, vous allez vous engager. Je m'en réjouis », a-t-elle dit aux ministres, après avoir précisé que la Commission s'était concentrée sur les priorités, sans vouloir se substituer aux gouvernements. «Seul le Conseil européen est en mesure de forcer les gouvernements à agir », a-t-elle déclaré en faisant implicitement allusion au sommet de Göteborg, en juin, où devra être entérinée une stratégie de développement durable. Et de préciser toutefois: « La Commission s'attachera à parfaire le programme, grâce à vous ».