Combattre les trafiquants d'êtres humains et l'immigration clandestine. Et voici que les premiers projets de "coopérations renforcées" font leur apparition. Tony Blair et Giuliano Amato en suggèrent une pour coordonner la lutte contre l'immigration clandestine; les commissaires européennes Michaele Schreyer et Margaret Wallström en préconisent une autre afin d' harmoniser la taxation de l'énergie. Il ne s'agit pour le moment que de suggestions, d' hypothèses, mais il est significatif qu'elles soient formulées alors que le Traité de Nice (qui facilitera la coopération renforcée entre les Etats membres qui entendent progresser dans un domaine où d'autres ne veulent pas s'engager) n'est même pas encore signé.
Le projet italo-britannique de guerre sans merci contre les trafiquants d'êtres humains (voir notre bulletin d'hier p.12) est de toute évidence le résultat d'un travail préparatoire approfondi, car il constitue un véritable plan en plusieurs points, avec des éléments de calendrier. D'emblée, M.Blair et M.Amato coupent court aux velléités de ceux qui saisiraient l'occasion pour relancer le refrain du protectionnisme européen. L'action envisagée n'est pas dirigée contre les demandeurs d'asile ni contre les personnes transportées, mais contre les trafiquants, qui sont aussi impliqués dans le trafic de drogue, la prostitution et la pornographie infantile, et qui n'hésitent pas à jeter en mer femmes et enfants pour éviter la police. L'UE doit "agir avec décision pour s'assurer que les Balkans occidentaux, longtemps en proie à des conflits ethniques, ne tombent pas aujourd'hui prisonniers des organisations criminelles". En détaillant les actions envisagées, les deux premiers ministres invitent tous les Etats membres à se joindre au Royaume-Uni et à l'Italie, et indiquent en même temps quelques échéances: avant la fin du semestre, le réseau d'officiels de liaison devrait être opérationnel; dans les quatre mois, les experts de l'immigration auprès d'Europol devraient être en place. Les intentions des autres Etats membres n'étant pas connues, M.Blair et M.Amato ont indiqué que le programme envisagé pourrait prendre la forme "si nécessaire, d'une coopération renforcée".
La fiscalité de l'énergie (si l'Espagne maintient son veto). Quant à la fiscalité de l'énergie, la suggestion de Mme Schreyer (formulée dans un discours prononcé le 4 février à Berlin) est simple: si la proposition de la Commission européenne à ce sujet, présentée il y a quatre ans, continue à demeurer bloquée au Conseil faute d'unanimité, ce thème pourrait faire l'objet d'une "coopération renforcée". La même idée avait été évoquée le 24 janvier par Mme Wallström comme une possibilité, et en citant explicitement l'Etat membre qui bloque le projet, c'est-à-dire l'Espagne (voir notre bulletin du 25 janvier p.9), et réaffirmée avec davantage de vigueur le 1er février dans un discours à Berlin, lorsqu'elle a déclaré: "Il est déplorable que le Conseil Ecofin n'ait pas été en mesure, depuis quatre ans, d'approuver la proposition de la Commission sur la taxation de l'énergie (…) Je suis personnellement convaincue que nous devons maintenant essayer d'appliquer les dispositions sur la coopération renforcée prévues par le Traité de Nice."
Ces suggestions sont importantes comme premières indications des difficultés qui pourraient être surmontées par des coopérations renforcées, et des orientations des Etats membres et de la Commission.