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Bulletin Quotidien Europe N° 7878
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Notules

Une demande au commissaire Vitorino - Traduire Sénèque

Si M. Vitorino s'expliquait… Les initiatives des gouvernements des pays communautaires dans le domaine de la Justice et des Affaires intérieures (JAI) se multiplient. La dernière publiée au Journal Officiel est une initiative commune de la France et de la Suède visant à instituer un "réseau européen de prévention de la criminalité" (J.O. n° 362 du 16 décembre 2000). Plusieurs décisions du Conseil ont déjà été prises par cette procédure qui déroge au droit exclusif d'initiative de la Commission.

Bien entendu, dans le domaine JAI, cette procédure est licite, étant explicitement prévue par l'art.34 du Traité d'Amsterdam. Mais ne serait-il pas indispensable, notamment pour le Parlement européen et pour nous journalistes, que la Commission prenne position sur ces initiatives nationales? Qu'elle expose soit son accord, soit ses réserves éventuelles? Ou du moins que le commissaire responsable Antonio Vitorino fasse connaître son opinion sans attendre le moment du vote parlementaire? Les perplexités sont nombreuses. Si la Commission considère qu'une initiative est opportune et utile, pourquoi ne la propose-t-elle pas elle-même? Dans le cas contraire, pourquoi n'exprime-t-elle pas ses réserves ?

Sur un plan général, on aimerait savoir si la Commission estime que ce droit d'initiative des Etats membres représente une exception inopportune à son exclusivité, ou si elle se justifie par la nature et le caractère partiellement intergouvernemental de ce domaine.

Traduire Sénèque. Une maxime de Sénèque citée dans cette rubrique il y a deux jours, avec quelques essais de traduction, a intéressé un certain nombre de lecteurs au point que le jour suivant j'avais déjà reçu deux suggestions de traductions; excellentes, il faut le dire. Le sujet en discussion était la nécessité que l'Europe se donne des objectifs pour pouvoir progresser (voir cette rubrique dans le bulletin du 9 janvier). Le texte original du poète/philosophe latin dit:

"Ignoranti quem portum petat nullus ventus suus est" (malheureusement, il avait été cité avec une faute, "portus" au lieu de "portum", alors qu'il s'agit évidemment d'un complément d'objet. L'erreur nous a été immédiatement signalée par M.Johannis P. Anemaet, de Bruxelles; merci, un bon point pour lui).

La traduction que suggère le même M. Anemaet est la suivante: "pour celui qui ne sait pas vers quel port il veut se diriger, nul vent est favorable". Elle a le mérite de la clarté, et celui de sauvegarder la signification volontariste du verbe "petat" (il veut se diriger), qui était perdue dans la traduction de M. Bourlanges que nous avions citée.

De son côté, M.Michel André s'est efforcé de maintenir autant que possible la concision du texte latin, en proposant: "Nul vent favorable pour qui ne sait quel port il veut gagner". Et il constatait avec satisfaction ne pas avoir dépassé les 12 mots, comme la traduction de Montaigne, tout en étant plus clair (face aux 8 mots de Sénèque).

L'important est que maintenant, dans l'une ou l'autre traduction, la maxime soit comprise et suivie par les responsables de la construction européenne…

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