Bruxelles, 28/12/2000 (Agence Europe) - La Délégation permanente de la Turquie auprès de l'Union européenne a réagi aux multiples commentaires suscités par l'intervention musclée des forces de l'ordre dans les prisons du pays. Dans un communiqué, elle rappelle que l'adaptation des conditions de détention aux normes internationales figure parmi les conditions du partenariat pour l'adhésion à l'Union européenne. Citant une déclaration datant du 21 décembre, le communiqué souligne que la ministre suédoise des Affaires étrangères Anna Lindh, qui va assurer la présidence du Conseil de l'UE durant le premier semestre 2001, a implicitement confirmé l'utilité de cette réforme des prisons. Mme Lindh avait dit: "La mise en conformité des prisons et des conditions de détention en Turquie avec les normes internationales est très importante à la fois pour la Suède et pour l'UE". La délégation turque rappelle aussi qu'avant de lancer l'assaut des prisons, le gouvernement turc a tenté de trouver une solution pacifique pour mettre fin aux grèves de la faim menées dans différentes prisons pour s'opposer au transfert des détenus vers de nouveaux centres pénitenticiaires. Des tentatives de médiation ont été menées par la commission d'enquête sur les droits de l'homme de la Grande Assemblée nationale, diverses organisations de la société civile turque et le Comité européen pour la prévention de la torture (voir EUROPE du 22 décembre, p.4), mais ces tentatives se sont soldées par un échec.
Après quatre jours d'intervention, les forces de l'ordre ont pris le contrôle de l'ensemble des prisons, y compris de celle de Bayrampasa (Istanbul) où les autorités n'avaient pas réussi à pénétrer depuis dix ans, et les transferts de prisonniers ont pu commencer. L'assaut s'est soldé par 31 morts: la majorité des prisonniers se sont immolés par le feu tandis que d'autres et des membres des forces de l'ordre ont été tués lors des affrontements. Le fait que les détenus possédaient des armes et des téléphones portables prouve "la faiblesse de l'Etat", a souligné le ministre de l'Intérieur Saadettin Tantan, qui a salué une opération par laquelle, selon lui, "la honte de l'Etat a été lavée".
De nombreux détenus ont été libérés dans le cadre de l'application de la loi d'amnistie votée le 8 décembre par le Parlement turc, et qui doit permettre de vider les prisons de la moitié de leurs 72 000 détenus. Elle prévoit une réduction de peine de dix ans avec sursis pour tous les prisonniers sauf ceux condamnés pour séparatisme, viol et blanchiment d'argent, et suspend les peines allant jusqu'à 12 ans pour des délits d'expression dans les médias ou lors de discours pendant des rassemblements.
Le ministre turc de la Justice Hikmet Sami Turk, par ailleurs a affirmé que la Turquie avait demandé à la Belgique de prendre des mesures contre les dirigeants de l'organisation d'extrême-gauche DHKP-C, considérés par Ankara comme les instigateurs de la grève de la faim dans les prisons. Une mission belge, composée de parlementaires, médecins et avocats, s'est rendue mercredi en Turquie où elle devrait séjourner jusqu'à dimanche, pour visiter les anciens et les nouveaux centres de détentions et s'informer sur les conditions de détention et le déroulement de l'assaut de ces derniers jours.