Bruxelles, 28/12/2000 (Agence Europe) - La Commission européenne sera "le bouclier d'Airbus". Telle est la réplique de Bruxelles à la mise en garde lancée par le Président des États-Unis à la veille du lancement industriel du très gros porteur A380 sur un créneau qui était la chasse gardée de Boeing depuis 30 ans (voir EUROPE du 20 décembre, pages 10/11).
L'argument de la Maison Blanche, selon lequel les prêts accordés au consortium européen violeraient les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) "ne tient pas la route", a estimé le commissaire responsable de la politique commerciale commune Pascal Lamy, samedi dernier. "Que dans ces cas là, on essaie, par divers moyens, dessus ou dessous la table, de remettre en cause les règles du jeu, c'est normal; dans une bagarre comme celle-là, tous les arguments sont bons", a-t-il déclaré sur les ondes de la radio française EUROPE 1. Et d'avertir: "Nous sommes là pour être le bouclier. On est solide, on est épais, on tient notre place et je peux vous dire que nous défendrons Airbus". M. Lamy a rappelé que les États-Unis accordent eux-mêmes des subventions à l'avionneur de Seattle, par le biais de crédits militaires, alors que "nous, nous le faisons avec des crédits remboursables". Citant l'exemple de l'A320, Il a souligné que "le contribuable européen a été intégralement remboursé, intérêts compris, des aides qui avaient été données à Airbus".
Quelques jours plus tôt, son porte-parole avait insisté sur la compatibilité des prêts remboursables avec les règles de l'OMC. "Si les États-Unis décident de lancer une procédure contre l'Union (à Genève), la Commission n'hésitera pas à proposer au Conseil (des ministres européens) de prendre des mesures similaires, en remettant en question les subventions indirectes dont bénéficie Boeing, par le biais de ses contrats avec la NASA et le Pentagone", avait lancé M. Lamy, en observant que "ces subventions indirectes dépassent largement" la limite de 3% du chiffre d'affaires annuel des groupes aéronautiques, établie par l'accord euro-américain de 1992 sur les aides publiques à la construction d'avions civils. Cet accord, que Washington a semblé remettre en cause au cours des derniers jours, impose également un plafond sur les crédits directs à hauteur de 33% du coût total de la construction d'appareils d'au moins 100 places. Cette affaire sera au centre des consultations sur les différends aéronautiques transatlantique, prévues de longue date pour le 11 janvier à Washington.