Bruxelles, 28/12/2000 (Agence Europe) - L'augmentation des problèmes de santé liés au travail (comme le stress) l'intensification du travail et le développement du travail flexible entraînent une détérioration des conditions de travail en Europe. Les conditions de travail ne s'améliorent donc pas, voire même se dégradent à certains égards: telle est la principale conclusion de la troisième enquête, menée en l'an 2000 par la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, agence de l'UE située à Dublin. La Fondation lance donc un signal d'alarme sur la situation des travailleurs en Europe.
Au cours de l'année 2000, la Fondation a interrogé 21500 travailleurs (1500 pour chacun des Etats membres, à l'exception du Luxembourg dont l'échantillon était de 500 travailleurs) sur leurs conditions de travail dans le cadre d'entretiens en tête-à-tête. L'échantillon est représentatif de la population active de l'UE (159 millions de personnes), soit 83% de salariés et 17% de travailleurs indépendants. Cette enquête montre que de nombreux travailleurs européens souffrent de mauvaises conditions de travail. Les problèmes de santé qui y sont liés et qui sont le plus souvent cités sont: douleurs dorsales (33% des travailleurs), stress (28%), douleurs musculaires (cou et épaules, 23%), fatigue générale (23%). Le pourcentage des travailleurs exposés aux bruits intenses, à des positions douloureuses ou pénibles, ou encore au port de charges lourdes s'est accru, entraînant des souffrances de stress et d'épuisement.
"Ces résultats - qui représentent une moyenne européenne - montrent très clairement la nécessité d'un débat sur la qualité du travail en Europe, dans le climat actuel de concurrence accrue et d'évolution de la nature des emplois", a indiqué Raymond-Pierre Boulin, directeur de la Fondation, en présentant cette enquête à la presse. "On a tendance en Europe à supposer que les conditions de travail s'améliorent automatiquement, ce qui faux. Mais il est vrai que le fort niveau de chômage en Europe a longtemps occulté d'autres sujets comme celui des conditions de travail. Notre rôle aujourd'hui est de questionner cette situation au sens politique fort du terme", a poursuivi Raymond-Pierre Boulin. "Une mauvaise santé coûte de l'argent. En Europe, on demande aux salariés de relever le défi d'un concurrence accrue dans une économie globale. Il est clair qu'il faut améliorer la santé et la sécurité au travail", a-t-il conclu.
Pour Pascal Paoli, chargé de recherche de la Fondation et coordinateur des différentes enquêtes, "l'une des conclusions les plus frappantes de cette enquête est la nette intensification du travail, les Européens travaillant sans doute moins longtemps mais à un rythme plus accéléré. En outre, la population au travail se féminise et vieillit, les emplois changent dans leur nature via la tertialisation (davantage d'emplois dans les services et moins dans l'industrie)". M.Paoli a noté les points suivants: 1)"la flexibilité sous toutes ses formes (temps de travail, organisation, marché du travail) est devenue une des caractéristiques du travail en l'an 2000 et a d'importantes implications sur la vie sociale et familiale des travailleurs. Cette flexibilité du temps de travail (horaires irréguliers et parfois connus au dernier moment)a un impact sur les autres temps sociaux (loisirs, écoles etc..); 2) plus de 15 millions de travailleurs et travailleuses se disent victimes de violence ou de harcèlement sexuels ou moral sur leur lieu de travail; la violence reste un problème majeur et il est extrêmement préoccupant que l'intimidation (harcèlement moral) au travail augmente régulièrement".