Paris, 07/11/2000 (Agence Europe) - Un large accord s'est dégagé parmi les ministres des Sports des quinze pays membres de l'Union européenne, à Paris lundi, pour inviter le sommet européen de Nice à adopter une déclaration sur la spécificité du sport. Ce texte serait annexé aux conclusions du Sommet afin de mieux définir quelques grands principes et clarifier la situation par rapport aux dispositions du Traité de l'Union européenne concernant les règles de concurrence ou la libre circulation des travailleurs. Sa formulation précise sera étudiée par les représentants des Quinze à Bruxelles (Coreper).
Le projet, présenté lundi par la Présidence française (voir EUROPE du 7 novembre, p. 7), a été largement soutenu, "sous réserve de quelques petites modifications", a indiqué Christophe Forax, porte-parole de la commissaire européenne chargée des Sports. Les deux aspects les plus controversés concernent l'adaptation des contrats à la spécificité sportive (notamment les règles des transferts internationaux des footballeurs, sur lesquelles des négociations vont débuter entre la Commission européenne et la FIFA) et le rôle dévolu aux fédérations sportives. La Commission européenne a réitéré ne pas détenir les moyens juridiques de garantir un monopole aux fédérations, mais plusieurs délégations (dont la France, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne et le Luxembourg) ont exprimé leurs vives préoccupations vis-à-vis de l'arrivée de nouveaux opérateurs économiques dans le sport de haut niveau. Elles ont estimé notamment que l'organisation de compétitions sportives en dehors des fédérations risque d'affaiblir le principe de solidarité. D'autres (Portugal, Grèce) ont, en revanche, considéré que certaines fédérations empiètent sur la souveraineté nationale des Etats membres, en faisant fi de toute réglementation.
Le projet de déclaration devrait être finalisé dans les prochaines semaines. "Il ne faut pas confondre cet exercice avec un éventuel protocole annexé ou un article du traité sur le sport, qui n'est certainement pas pour cette CIG (Conférence intergouvernementale pour la réforme des institutions européennes), a commenté Christophe Forax, mais les gens y pensent de plus en plus".
La rencontre de lundi a permis, par ailleurs, d'avancer sur la voie d'une participation communautaire à l'Agence mondiale antidopage (AMA). Dernier pays réticent, le Royaume-Uni s'est déclaré prêt à un compromis sur une formule de participation. Si cette volonté se confirme, la Commission européenne présentera début 2001 un projet de participation à l'AMA pour 2002 (date à laquelle l'Agence prendra son statut définitif). La commissaire européenne chargée des Sport, Viviane Reding, a lancé un sévère avertissement aux Quinze, afin qu'ils se mettent d'accord sur une candidature européenne unique pour accueillir le siège de l'AMA. Luxembourg a retiré, lundi sa candidature, mais sept villes de l'UE sont toujours en lice: Bologne, Lille, Nice, Bonn, Madrid, Barcelone, Vienne. L'AMA, qui se réunit le 14 novembre à Oslo, rendra publique à cette occasion une première liste de candidats retenus. "Dans la situation actuelle, nous aurons à choisir entre Montréal et Lausanne", avertit Christophe Forax. "Sans participation communautaire (les Etats membres ont adhéré à l'AMA uniquement sur base individuelle, ndlr), nous avons déjà perdu beaucoup d'influence au sein de l'AMA. L'Union européenne était à l'initiative du projet mais l'AMA est dirigée de fait par les Etats-Unis, le Canada et l'Australie", explique-t-il. La présidence du Conseil va tenter d'établir, avant la fin de l'année, une procédure permettant de s'accorder sur une seule candidature européenne. "Un gros travail de lobbying devra suivre sur les autres continents. Nous avons déjà pris beaucoup de retard, et ce sera de toute façon difficile", estime le porte-parole.