Brasilia, 07/11/2000 (Agence Europe) - A la veille du troisième round de négociations UE/Mercosur qui a commencé ce mardi à Brasilia, le secrétaire d'Etat brésilien chargé de la politique agricole, Benedito Rosa, a défini dans un interview à EUROPE les objectifs agricoles du Brésil pour cette négociation. En premier lieu, "l'agriculture, qui représente 34% des exportations du Brésil en 1999, est nécessairement importante pour nous dans toute négociation commerciale. Augmenter nos exportations dans un secteur compétitif est une question de survie pour notre balance des paiements, afin que demeurent possibles nos importations de capitaux et de biens de consommation. Toute réduction de notre capacité d'importation affecterait aussi nos partenaires commerciaux". Le premier objectif est donc de résoudre les problèmes d'accès au marché européen pour les produits compétitifs brésiliens soumis à des droits de douane élevés, comme sucre, boeuf, fruits, volailles et pour les produits élaborés comme le café soluble et l'huile de soja. Selon un expert brésilien, en cas de succès des négociations, le futur accord permettrait de faire passer les exportations agricoles brésiliennes vers l'UE "de 3 à 5 milliards d'euros par an".
"Il n'y a pas de problème d'entraves brésiliennes aux exportations vers l'Europe de produits bruts dont l'Europe a besoin, comme le soja, le café non travaillé ou le jus d'oranges congelé", remarque le secrétaire d'Etat Rosa, en précisant: "Le soja, par exemple, entre sans droit de douane en Europe mais est soumis à un taux de 20% lorsqu'il s'agit d'huile de soja. De même, le café vert entre librement, alors que les barrières tarifaires et non tarifaires sont très élevées pour le café soluble. Le problème est le même avec les Etats-Unis, le Japon ou la Chine. Mais nous ne pouvons pas rester condamnés pour l'éternité aux produits bruts". Selon le secrétaire d'Etat, les principaux problèmes de l'agriculture sont:
Sucre: "les régions du centre et du Sud-Est du Brésil sont les plus compétitives du monde pour la production de sucre de canne, et pourtant nous n'arrivons pas à exporter vers l'Union européenne (ni aux Etats-Unis). L'Europe maintient artificiellement une production de sucre en la subventionnant à des prix trois fois supérieurs aux cours mondiaux." Actuellement, "le sucre brésilien ne peut entrer sur le marché européen qu'à des taux prohibitifs de 130% pour le sucre brut et 160% pour le sucre raffiné".
Viande: "la viande de boeuf est un produit fondamental pour les économies de l'Argentine, du Brésil et de l'Uruguay. Et le consommateur européen a intérêt à avoir accès à une viande qui soit produite sur le pâturage à des coûts de production faible. Mais pour ça, il faut baisser les barrières tarifaires et non tarifaires", remarque Benedito Rosa en soulignant que les droits de douane sur la viande de boeuf sont actuellement de près de 70%. "Le Brésil qui produit actuellement 600.000 tonnes de viande par an peut arriver en quelques années à une production d'un million de tonnes s'il peut élargir ses exportations", indique-t-il. Rappelons que le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay assurent plus de 66% de l'approvisionnement extérieur européen dans ce secteur.
Volaille: ce secteur "pose également un problème sérieux", selon le secrétaire d'Etat. "D'un côté l'UE subventionne la moitié de ses exportations pour conquérir le marché du Moyen-Orient, au moment même où nous pensions avoir là un débouché important, de l'autre, elle impose des droits de douane de 30 à 68% sur la volaille qu'elle importe". EUROPE rappelle que le Brésil est le deuxième exportateur mondial de volaille. Selon une note du ministère français de l'agriculture publiée en 1998, la production du Brésil est passée de 340 millions de tonnes à 900 millions et dispose encore d'un fort taux d'expansion potentiel. La différence des coûts de production entre l'Europe et le Brésil serait de 30%.
Fruits: "les préférences accordées par le Traité de Lomé pour les bananes ou l'ananas, par exemple, bloquent nos exportations au moment où le Brésil fait d'importants efforts pour développer sa production de fruits, par exemple la mangue ou le melon", indique le secrétaire d'Etat.
M. Rosa espère donc que "les Européens feront un geste d'ouverture. Les autorités brésiliennes ont déjà indiqué que les négociations avanceront si le chapitre agro-alimentaire est inclus dans la négociation. Si nous n'arrivons pas à exporter dans les domaines où nous sommes compétitifs, la négociation n'a pas d'intérêt". Il espère que les négociations de cette semaine "pemettront au moins d'entamer le chemin".
Le Brésil souhaite conclure un accord phyto-sanitaire avec l'UE, domaine qui devrait en principe être discuté entre l'UE et les pays du Mercosur si possible avant le début des négociations tarifaires en juillet 2001. "Nous sommes conscients des exigences des consommateurs européens et prêts à faire des progrès en matière d'équivalence phyto-sanitaire. Un accord dans ce domaine est de l'intérêt de tous: des consommateurs européens comme des exportateurs du Mercosur qui ne seront plus confrontés à des barrières non commerciales, et du Mercosur dans son ensemble, qui sera ainsi déjà dans la ligne des exigences de ses grands partenaires commerciaux", remarque le secrétaire d'Etat. "Les problèmes naissent lorsque les règles phytosanitaires sont utilisées comme obstacle au commerce. Il ne faut pas imposer de mesures qui ne reposent pas sur une base scientifique", précise-t-il. D'une manière générale, "nous comprenons les problèmes rencontrés par les Européens pour réformer la politique agricole commune, conserver la multifonctionnalité et préserver la biodiversité", a conclu le secrétaire d'Etat brésilien en ajoutant: "en revanche, nous sommes préoccupés lorsque l'argument de la sécurité alimentaire (qui n'est plus un problème d'aujourd'hui puisqu'il y a plutôt un excès d'offre) est utilisé pour justifier les aides internes et maintenir des excédents". En outre, ajoute le secrétaire d'Etat, "la question de la multifonctionnalité est importante aussi pour nous: pour notre industrie, pour le maintien de l'emploi et pour le développement". A plus long terme, les pays du Mercosur craignent les effets de l'élargissement de l'UE à des pays agricoles comme la Pologne, la Roumanie ou la Hongrie: "S'il y a des problèmes à Quinze, qu'en sera-t-il après l'élargissement ?", s'interroge Benedito Rosa.