Lille, 03/11/2000 (Agence Europe) - "Pour préserver l'acceptabilité politique de l'élargissement de l'Union, il faudra accorder davantage d'argent à la politique régionale", a déclaré le commissaire Barnier à Lille, jeudi, à l'occasion de la Conférence sur l'aménagement du territoire en Europe. Il faudra en effet continuer à aider les régions de l'actuelle Union européenne après l'élargissement, et en même temps tenir compte des nouvelles régions de l'UE pour lesquelles la politique régionale aura une importance particulière. Ainsi, le commissaire a pour la première fois fait un appel clair, en public, pour que les Etats membres acceptent d'augmenter à partir de 2007 les crédits alloués à la politique régionale - qui s'élèvent actuellement à une trentaine de milliards d'euros par an, soit 30% du budget communautaire.
En 2007 commenceront à la fois une nouvelle période de programmation de la politique régionale et le prochain cadre financier multiannuel de l'UE, qui succéderont au cadre 2000-2006 de "l'Agenda 2000". A cette date aussi, l'UE devrait compter plusieurs nouveaux membres, dont les régions seront pour leur grande majorité plus pauvres que celles de l'UE à Quinze, ce qui fait craindre à bien des régions des Etats membres actuels de perdre les bénéfices de la politique régionale communautaire. L'UE, a rappelé Michel Barnier, "verra son territoire augmenter de 35%, territoire qu'il faudra souvent désenclaver et dépolluer. Sa population augmentera de 30%, et le Produit intérieur brut de seulement 7% (…), l'écart entre la région la plus riche et la plus pauvre doublera dans l'Union à 27 par rapport à l'Union actuelle". Le commissaire s'est donc dit "convaincu" que la politique régionale ne pourra être efficace "si l'on restait à budget égal". Cette politique, destinée à réduire les écarts de développement entre régions, "ne sera crédible que si le budget est à la hauteur du défi".
L'enjeu est donc de décider de l'avenir de la politique régionale, question à la fois liée à l'élargissement de l'UE et au budget communautaire. La Commission européenne présentera en janvier son deuxième "Rapport sur les progrès accomplis dans la réalisation de la cohésion économique et sociale". Ce rapport fera une photographie de la situation actuelle, tirera un premier bilan de la mise en oeuvre de l'Agenda 2000 et présentera les orientations de la Commission pour l'avenir de la politique régionale, après 2006. Ainsi s'ouvrira le débat sur l'avenir de la politique régionale, a souligné le commissaire Barnier, en précisant qu'il aimerait que le Conseil Affaires générales en débatte. La Commission va organiser une conférence sur cette question fin mai 2001, "afin d'en débattre avec les gouvernements, le Parlement européen et les responsables régionaux de l'UE et des pays candidats". Ensuite, d'ici fin 2003, la Commission procédera à une analyse détaillée sur les régions de l'Union, afin d'affiner son analyse et de faire des propositions concrètes pour la nouvelle politique régionale. "Il est évident que la politique régionale va changer", a souligné à Lille Jean-Charles Leygues, directeur à la DG Politique régionale.
Parallèlement, les négociations d'adhésion sur la politique régionale ont été ouvertes avec les pays candidats du "groupe de Luxembourg" (Hongrie, Pologne, Estonie, République tchèque, Slovénie et Chypre), mais elles ne sont pas encore entrées dans le vif du sujet, les Quinze estimant qu'ils doivent attendre d'avoir des statistiques précises sur le développement des régions de ces pays avant de prendre position.