Strasbourg, 25/10/2000 (Agence Europe) - "Première", mardi soir à Strasbourg: un ministre de la Défense -le ministre français Alain Richard- est intervenu devant la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la sécurité présidée par le démocrate-chrétien allemand Elmar Brok. Et il participera, le 30 novembre à Bruxelles, au débat en plénière sur le rapport de Catherine Lalumière (groupe socialiste, française) sur le développement de la Politique européenne de sécurité et de défense. Il est « légitime » pour le Parlement européen d'exprimer ses préoccupations et de faire des suggestions en cette matière, a dit le ministre aux députés, en se déclarant « réceptif à l'idée d'établir un lieu d'échanges, un forum rassemblant le Parlement européen et les Parlements nationaux, en s'inspirant de l'actuelle Cosac », afin de « favoriser l'enracinement des questions de défense dans la culture parlementaire européenne ». Mais je ne pense pas qu'il faille inscrire le contrôle parlementaire de cette politique « au programme de la CIG », a-t-il ajouté; la Présidence française « souhaite éviter un débat institutionnel » en cette matière, a affirmé M.Richard, en constatant que « le choix délibéré d'une approche pragmatique s'est révélé fructueux ». Une révision du Traité n'est pas nécessaire parce que les organes de la Pesd n'ont pas de pouvoir de décisions, a-t-il souligné, même s'il est « imaginable qu'on change d'approche institutionnelle dans une étape ultérieure ».
M. Richard a rappelé l'important rendez-vous des 20 et 21 novembre à Bruxelles (la décision sur la projection des capacités pour la future Force de réaction rapide, qui sera prise par les ministres des Affaires étrangères et de la Défense) et a estimé que le besoin « s'élevait au total à plus de 80 000 hommes » (par rapport à l'objectif de 60 000 effectifs fixé à Helsinki), et que le besoin global, en tenant compte notamment de la nécessité d'une rotation, est de plus de 200 000 effectifs. « Cette architecture est largement à l'intérieur des capacités existantes dans les Quinze », a souligné le ministre.
M. Richard a dit que le « grand débat politique » sur les possibilités d'action de l'UE dans des situations de crise « doit se dérouler au Parlement européen », et que ceci conduira progressivement à une « doctrine européenne ». Quant à l'articulation entre la dimension militaire et la gestion civile des crises, il a souligné qu'il faut surtout assurer la « fiabilité de l'interface », tout en soulignant que les décisions sont prises par les ministres des Affaires étrangères. Quant à l'avenir de l'UEO. M. Richard a dit à Mme Lalumière que « ce serait dommage de se priver de ce forum » et de ses organes associés qui peuvent être utiles « pour la convergence en matière d'armements » (allusion au GAEO, le Groupe Armement de l'Europe Occidentale: NDR). Il y aura donc « maintien de l'UEO uniquement dans la dimension de forum », et maintien de l'Assemblée de l'UEO. Par ailleurs, il a rappelé que l'idée que le Haut Représentant assume la présidence du Comité politique et de sécurité (Cops) « est assez largement acceptée », et que « la France n'y fait pas obstacle ». Au sujet de l'industrie européenne de la défense, M. Richard a répondu que « l'essentiel, nous l'avons fait". Il a fallu deux ou trois ans, mais les restructurations ont eu lieu, et « le niveau de concentration » est analogue à celui des Etats-Unis: il y aura donc compétition avec ces derniers, et elle « sera équilibrée », a affirmé le ministre, en remarquant que la décision la plus significative est celle de sept pays qui sont d'accord sur la construction de l'avion de transport aérien (un projet d'un ordre de grandeur de « 22 à 24 milliards d'euros », a-t-il ajouté, en disant qu'il ne voulait pas être plus précis). M. Richard a aussi évoqué les questions suivantes:
1. "coopérations renforcées" dans la Pesd. M. Richard a dit à José Ignacio Salafranca (Partido popular) que, en cette matière, il y a pratiquement eu « depuis deux ans une coopération renforcée à Quinze" ». « Il faut que ça reste comme ça », les décisions doivent continuer à être prises à Quinze, et les coopérations renforcées pourront s'appliquer seulement aux « moyens » (en citant les exemples de l'Eurocorps, de l'Euromarfor….). Je suis contre un « groupe pionnier » en cette matière, car « le pari politique doit être de doter notre être politique d'une capacité d'agir dans des crises », et ceci ne sera pas crédible si certains Etats membres sont « passifs ». « Je suis un partisan farouche de la cohésion à quinze sur ce projet », a conclu le ministre français.
2. Une armée européenne » ? Au social-démocrate allemand Jannis Sakellariou qui se demandait pourquoi on doit l'exclure dès le départ une telle création, M. Richard a dit: « Celui qui vous parle est pour une Europe fédérale », mais actuellement les Etats membres ne me semblent pas prêts à effectuer des transferts de souveraineté permettant à l'UE d'agir entièrement comme puissance.
3. Classification « top secret » des documents Pesd. M.Salafranca a affirmé que « tous les Parlements du monde ont un mécanisme de consultation » en cette matière, tout en respectant la confidentialité. Je ne sais pas si ce sont vraiment tous les Parlements, mais « il faut certainement chercher dans cette voie », a répliqué Alain Richard, tout en soulignant qu'il y aura pendant un moment « très peu de documents de ce type venant d'institutions communautaires », et qu'il s'agira en grande partie de documents de pays qui demanderont un niveau de protection analogue au niveau national. « On ne peut pas se permettre de faire circuler des documents ayant des implications opérationnelles », a-t-il dit, en estimant qu'il ne saurait y avoir de « véritable partenariat avec l'Alliance atlantique si certains documents étaient accessibles au grand public ». Mais le Parlement doit être régulièrement informé, a reconnu M. Richard, qui a salué en passant l'initiative du PE de mettre en place une commission sur le réseau Echelon.
4. Envoi d'une force d'interposition de l'UE au Proche-Orient ? En répondant à M. Salafranca, M. Richard a dit que « trois raisons écartent » une telle hypothèse: d'abord, « nous ne sommes pas prêts »; deuxièmement, il n'y a pas de mandat de l'Onu, alors que, dans une crise si complexe, il faudrait « un mandat très détaillé »; troisièmement, la logique de « l'interposition » n'est pas valable dans cette situation, dans laquelle il y a un processus de négociation. En revanche, M. Richard s'est dit préoccupé par le « niveau de désintérêt » de l'Europe pour des crises, pourtant dramatiques, en Afrique.
5. Contentieux gréco-turc lors des manoeuvres de l'Otan qui viennent de s'achever en Mer Egée. Il n'est pas dans notre intérêt de donner "une importance européenne" à cette querelle, a estimé M. Richard, qui a par ailleurs assuré à M. Alavanos que la Turquie "n'a pas de moyen de s'opposer au développement de l'Europe de la défense; nous avons été nombreux à lui rappeler que c'est l'UE qui décide".