Bruxelles, 18/10/2000 (Agence Europe) - Le président de la Délégation du Parlement européen pour les relations UE/Turquie, le Vert Daniel Cohn-Bendit, et Akim Birdal et Hüsnü Öndül, président d'honneur et président de l'Association turque des droits de l'homme (IHD), ont présenté mercredi à la presse, à Bruxelles, le rapport de l'IHD "The Copenhague Political Criteria and Turkey", dans lequel l'Association indique ce qui, selon elle, devrait changer en Turquie afin qu'elle remplisse les critères de Copenhague pour l'adhésion à l'UE.
M. Cohn-Bendit a rappelé que le Parlement européen adoptera le rapport Morillon sur la demande d'adhésion de la Turquie pendant la session plénière de novembre (du 23 au 27 novembre: pour le rapport, voir EUROPE du 12 octobre, p.12). Nos collègues du Parlement turc, a dit M.Cohn-Bendit, "nous promettent pour cet automne" l'adoption d'une série de lois concernant notamment la liberté d'expression et d'organisation et la pratique de la torture (un rapport officiel du Parlement turc reconnaît que la torture est généralisée dans les prisons du pays, a-t-il ajouté). Quant à Akim Birdal, il a affirmé que "les critères de Copenhague, ce sont les criètes que notre Association s'est fixés depuis quatorze ans", et que pour l'IHD ces critères doivent être respectés en Turquie de toute façon, qu'elle veuille adhérer ou non à l'UE. Les prisons regorgent de détenus, "commençons par une amnistie générale", s'est exclamé M.Birdal, qui a aussi insisté sur: - une réforme rapide de la législation sur la liberté d'expression; - l'abolition d'une série d'articles de la loi dite "anti-terrorisme"; - la signature et la ratification par la Turquie du Protocole 6 (sur l'abolition de la peine de mort) de la Convention européenne des droits de l'homme. La démocratisation et le respect des droits de l'homme en Turquie devront entraîner un règlement de la question kurde, a-t-il estimé, en notant: "il n'y a plus de guerre, les armes se sont tues, la Turquie a été acceptée comme candidat, il y a une période d'accalmie entre Turquie et Grèce - la première depuis 45 ans - les préalables qui empêchaient la démocratisation n'existent plus", et les Kurdes devraient pouvoir vivre en Turquie "avec leur langue, leur identité". "Le problème kurde n'est plus une question kurde, mais une question turque, européenne, régionale, voire caucasienne", a affirmé M. Birdal, en ajoutant que "les Zana" (Leyla Zana, la parlementaire kurde Prix Sakharov du Parlement européen, et son mari), avec qui il avait partagé la prison jusqu'à il y a peu de temps, doivent être libérés.
Enfin, Hüsnü Öndül a indiqué que le rapport de l'IDH, qui avait été remis en juillet dernier au gouvernement turc et au commissaire Verheugen, précise qu'il faut réviser 421 articles dans 77 lois turques, et que l'IHD a transmis le 13 septembre au gouvernement un rapport de treize pages au sujet du rapport de la Commission européenne et de la réponse que devra faire Ankara pour s'y conformer. Nous proposons, a-t-il précisé, l'ouverture d'un débat qui devrait s'achever le 31 mars 2001 sur une série de décisions importantes (notamment amnistie générale, révision des lois sur la liberté d'expression et d'organisation, suppression de la loi d'exception dans les régions kurdes et assurances du retour des Kurdes déplacés dans leurs foyers) et qui serait suivie d'une deuxième phase lors de laquelle, d'ici à la fin de 2001, seraient révisés 75 articles de la Constitution.