Château d'Ecouen, 25/09/2000 (Agence Europe) - A l'issue de la réunion informelle des ministres de la Défense de l'UE, vendredi dernier au Château d'Ecouen (voir EUROPE du 23 septembre, pages 3 et 4), le ministre français de la Défense Alain Richard, qui a présidé la rencontre, a esquissé devant la presse les grandes lignes du catalogue des forces mis au point pour la future Force de réaction rapide européenne. Pour déployer 60.000 hommes "dans toutes les configurations d'emplois possibles" ( les "missions Petersberg" qui pourraient être confiées à la future Force - évacuation, aide humanitaire, séparation par la force de parties belligérantes et prévention des conflits), "notre objectif devra être supérieur, probablement plus proche de 80.000 hommes", a dit M.Richard. "Nous saurons ainsi couvrir toutes les hypothèses d'emploi possibles, tout en restant bien entendu dans le cadre de notre objectif de 60.000 hommes" pour les forces terrestres, a-t-il ajouté. Et il a précisé que pour les forces aériennes la fourchette d'objectifs se situe entre 300 et 350 avions de combat, et que pour les forces navales, "nous sommes sur une hypothèse de 80 bâtiments". M.Richard a précisé que, au Château d'Ecouen, les ministres avaient aussi abordé l'organisation de la conférence d'engagement des capacités du 20 novembre à Bruxelles et la structure du document d'engagement des capacités que devra adopter cette conférence.
M.Richard a noté qu'une première version du catalogue des forces avait été établie le 28 juillet par l'Organe militaire intérimaire , et que les chefs d'état-major de l'UE, réunis le 21 septembre à Bruxelles, ont fait le point en vue de l'établissement d'une deuxième version de ce catalogue, "plus détaillée, plus complète, qui sera achevée dans les semaines qui viennent". Le catalogue "se présente sous la forme d'un document extrêmement précis, synthétisé dans un tableau d'une cinquantaine de pages", a dit le ministre, en précisant: ce tableau comprend, "en colonnes, les quatre hypothèses de base, ou scenarii", pour les "missions Petersberg", et plus de 5.000 lignes correspondant aux besoins identifiés dans les domaines des forces terrestres, aériennes et maritimes. Pour donner une idée de la précision de ces lignes, M.Richard a cité les bâtiments amphibies, les avions de reconnaissance stratégique, les bataillons d'infanterie mécanisées, les drones, les antennes chirurgicales. A partir de là, les Etats membres pourront définir leurs contributions, et chaque pays, a dit M.Richard, sera invité à "apporter sa réponse sur chacune de ces lignes , en précisant le type d'unité qu'il s'engage à fournir, leur nombre ou leur taille, leur délai, exprimé en jours, de mise à disposition, et l'année à partir de laquelle on pourra compter sur cet engagement".
M.Richard a précisé par ailleurs que la conférence d'engagement des capacités prendra la forme d'une nouvelle réunion informelle des quinze ministres de la Défense, dans la matinée du 20 novembre au siège du Conseil à Bruxelles, au cours de laquelle les ministres annonceront officiellement les engagements de leur pays (Le ministre danois de la Défense Per Haekkerup participera seulement comme observateur). Dans l'après-midi, une réunion du Conseil Affaires générales élargie aux ministres de la Défense permettra de se prononcer sur ces résultats et sur leur transmission au Conseil européen de Nice, a indiqué M.Richard, qui a précisé que le 21 novembre, "au même endroit", il invitera "nos quinze collègues des Etats européens non membres de l'UE à participer à une nouvelle réunion avec les ministres de la Défense de l'UE", afin de prendre note de "leurs éventuelles contribution additionnelles" (Ces contributions seront les bienvenues, mais "il appartient naturellement aux membres de l'UE seuls de remplir les objectifs de capacités qu'ils se sont fixés", a ajouté M.Richard). En outre, également le 21 novembre, une réunion spécifique se tiendra entre les quinze ministres de la Défense de l'UE et leurs collègues des alliés européens de l'Otan non membres de l'UE.
Quant à la structure du document d'engagement de capacités qui sera adopté le 20 novembre, M.Richard a indiqué: (1) la première partie concernera l'objectif global, et fera probablement une distinction entre "ce que nous pourrons faire en 2003" (l'échéance fixée à Helsinki) et "ce que nous pourrions faire plus tôt, en 2001"; (2) une deuxième partie, "très importante pour la crédibilité de notre démarche", sur les "besoins apparus", couvrira sans doute le C3 (commandement, communication et contrôle), le transport stratégique, le renseignement, et éventuellement d'autres besoins". Nous disposons déjà d'éléments dans chacun de ces trois domaines, a dit M. Richard, en citant l'état-major de l'Eurocorps, qui a acquis une "capacité de commandement de composante terrestre" (il le montre actuellement au Kosovo, a-t-il noté), le Centre satellitaire de l'UEO à Torrejòn (qui passera sous l'autorité de l'UE), les projets italiens en matière de satellites radars et l'initiative franco-allemande de doter l'UE d'une capacité d'observation satellitaire indépendante (pour ce qui est du renseignement) et l'engagement de six Etats membres dans le programme Airbus de futur avion de transport stratégique, "en association avec nos partenaires turcs"; - une troisième partie comportera un "mécanisme d'évaluation permettant de mesurer les progrès accomplis vers la réalisation de ces objectifs".