Au sein de la Présidence portugaise du Conseil de l'UE, Francisco Seixas da Costa a une place particulière en tant que secrétaire d'Etat aux affaires européennes et en raison du rôle qu'il va être appelé à jouer dans la conduite de la prochaine Conférence intergouvernementale (CIG) sur la réforme institutionnelle. EUROPE a fait amplement état de ses propos à l'occasion d'une visite de journalistes européens à Lisbonne (voir notre bulletin du 7 janvier pp.3/4), et a aussi indiqué ce qu'avait observé le Premier ministre Antonio Guterres: le Portugal était passé, à propos des "coopérations renforcées", d'une position relativement négative à une position positive, et cette évolution était "plus rapide chez les uns que chez les autres" à l'intérieur du gouvernement (voir notre bulletin des 10/11 janvier p.8). Ce qui signifie que les positions de M.Seixas da Costa ne correspondent pas nécessairement, dans tous leurs aspects, à celles du gouvernement dans son ensemble.
Ceci dit, l'interview de M.Seixas da Costa au journal français "Libération" nous paraît une contribution importante au débat en cours sur la réforme institutionnelle, pour compléter la vue d'ensemble que nous nous sommes efforcés de présenter aux lecteurs dans la rubrique "Au-delà de l'information" dans les bulletins des 10/11 et du 12 janvier. Il a confirmé ses convictions, tout en insistant sur le fait que la Présidence ne peut rien imposer mais doit faire la synthèse des positions des Etats membres. C'est pourquoi on ressent dans ses déclarations des espoirs et une volonté politique claire, mais en même temps un certain scepticisme et l'affirmation que les ambitions d'une Union à 27 ne peuvent pas être les mêmes que celles de l'Union à 15.
(F.R.)
INTERVIEW AU JOURNAL "LIBERATION" du 12 janvier 2000, recueillie par Jean Quatremer
"Nous allons voir jusqu'où les Etats membres sont prêts à aller. La question est de savoir si l'on veut faire une réforme institutionnelle à court terme, afin de procéder à un premier élargissement limité, ou si l'on doit procéder à une grande réforme destinée à préparer dès aujourd'hui l'Union à 27 pays. Il est clair que la plupart des Quinze sont plutôt réticents à l'idée d'emprunter ce dernier chemin: ils ne veulent pas prendre le risque de retarder l'élargissement qui doit pouvoir se faire dès janvier 2003.
A mon sens, la volonté de réformer en profondeur l'Union n'existe plus. Il y a un manque d'ambition général, comme l'a reflété le Conseil européen d'Helsinki.
Il y a des pays qui sont prêts à aller très loin. Le Portugal est prêt à accepter une réforme plus profonde (...). Mais la Présidence portugaise a-t-elle la possibilité de forcer la main d'une majorité de pays qui ne veut pas d'une réforme ambitieuse, ou doit-elle se contenter de trouver le plus petit dénominateur commun?
Afin de permettre l'élargissement de l'Europe aux pays de l'Est et leur offrir la stabilité politique et le développement économique, les Quinze ont fait un choix implicite, celui d'opter pour une Union différente de celle qui a existé jusqu'à présent. Le défi de l'élargissement a changé la qualité de l'Union et réduit l'ambition du projet européen. C'est peut-être regrettable mais on ne pouvait pas faire autrement.
Les coopérations renforcées entre les pays désireux d'avancer est la seule solution pour maintenir l'acquis de l'Europe des Quinze. Si on essaie d'aller de l'avant à 27, il est probable que le niveau moyen des politiques que l'on bâtira sera plutôt faible (...)
Parmi les "reliquats d'Amsterdam, la question fondamentale est celle de l'extension du vote à la majorité qualifiée au sein du Conseil: s'il n'y a pas d'accord, il sera très difficile de procéder à l'élargissement. Il y a encore 45 matières qui relèvent de l'unanimité: c'est trop. En revanche, le nombre de commissaires ou la pondération des voix entre grands et petits pays ne nous paraissent pas fondamentaux pour un premier élargissement. Contrairement à ce qu'on dit, on n'a jamais vu de coalition des petits pays contre les grands. Et nous estimons qu'il est difficile d'envisager une Commission sans un commissaire par Etat membre.
Je comprends l'argument qui veut que l'on profite de la CIG actuelle pour aller le plus loin possible: il faut en finir avec l'instabilité institutionnelle. Le problème est qu'une réforme plus profonde risque de retarder l'élargissement. S'il y a une volonté commune de le faire, pourquoi pas, mais à condition de l'expliquer aux pays candidats."