Réunis à Dublin jeudi 16 juillet, les ministres de l’Intérieur des États membres ont discuté d'un durcissement de la politique européenne des visas, sur la base de la stratégie globale adoptée en janvier par la Commission européenne (EUROPE 13797/10). L’objectif est d’adapter le cadre européen aux menaces sécuritaires (attaques hybrides, sabotage, espionnage) qui se multiplient sur le continent.
Les ministres se sont concentrés sur les mesures restrictives ciblées contre les pays dont les relations avec l’UE « se sont gravement détériorées » et qui représenteraient une menace pour la sécurité intérieure. Ce nouveau régime permettrait ainsi la suspension, le rejet ou la restriction des visas délivrés.
Il s'agirait de prioriser des sanctions sur « les services diplomatiques, les combattants actuels ou anciens et les élites » affiliés aux régimes des pays concernés, voire à restreindre tout voyage « non essentiel », selon un responsable européen.
Sur ce point, la Russie a cristallisé les discussions, notamment sous l'impulsion des ministres baltes et suédois, qui demandent une interdiction de visas touristiques pour les ressortissants du pays. Une option que Magnus Brunner, commissaire aux Affaires intérieures et à la Migration, a dit « comprendre » en conférence de presse, arguant que « l’on ne peut pas dire aider l’Ukraine tout en octroyant des visas aux Russes ».
Il a donc appelé les États membres « qui octroient peut-être trop de visas » à revoir leurs pratiques, saluant malgré tout une nette baisse des visas délivrés aux citoyens russes depuis le début du conflit - qui sont passés « de quatre millions à environ 500 000 ou 600 000 ».
Des divisions persistent toutefois entre les États membres sur la procédure législative à adopter. Si un consensus se dessine pour que la Commission ou « plusieurs États membres » puissent initier de potentielles sanctions, certains ministres ont suggéré qu'« un seul État membre » puisse suffire à déclencher le processus, a précisé un officiel européen.
Les avis divergent également sur la nature même de l'acte d'exécution des mesures : certains plaident pour une décision de la Commission afin d'agir avec « rapidité », tandis que d'autres pencheraient pour une implication directe du Conseil.
Les États membres entendent globalement d’abord définir « des critères plus objectifs pour attribuer ou retirer l'exemption de visa à un pays », en plaçant les intérêts de l'UE au centre des décisions. (Justine Manaud)